‹ 17941830Chapitre 27 sur 118 · CALOMNIES DIVERSES : RAPPORT DE COURTOIS · texte numérisé non relu

CALOMNIES DIVERSES : RAPPORT DE COURTOIS

que lui-même, y sera jeté comme contre-révolutionnaire et y perdra la raison, tandis que sa jeune femme y sera jetée de même avec son fils à peine né, pour la punir d'être aussi héroïque que son mari et d'approuver son dévouement pour Robespierre.

La mémoire de Robespierre se trouvera donc écrasée sous le poids d'une calomnie universelle, en France, en Angleterre, en Europe, comme celle des Gracques pendant un grand nombre de siècles.

Et cependant, le fait seul de ce dévouement inouï qu'inspire Robespierre à ses amis ne devrait il pas suflire pour convaincre qu'il est calomnié ?

jji 43. — Calomnies diverses : Rapport de Courtois.

Que de calomnies n'avons-nous pas déjà vues contre ce malheureux Robespierre! Que de contradictions môme dans ces calomnies n'avons-nous pas dîi remarquer ! Car nous avons vu Garnier de l'Aube l'accuser d'avoir immolé Danton (p. 94) tandis que Billaud et Vadier l'accusent de l'avoir défendu quand ils l'ont eux-mêmes dénoncé (p. 91) ; nous avons vu Billaud l'accuser de cruauté (p. 91), tandis que Barrère l'accusait d'indulgence (p. lOli).

II est impossible d'imaginer jusqu'où vont les outrages des folliculaires après sa mort, ou plutôt rien ne doit plus étonner quand on voit Barrère, à la tribune, au nom du Gouvernement, transformer Robespierre en un contre-révolutionnaire , en un usurpateur qui voulait être Roi ou faire un Roi.

On le peindra comme l'homme le plus grossier, le plus ignorant, le plus brutal; ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter; s'enivrant au cabaret; fréquentant les mauvais lieux ; se promenant scandaleusement avec des filles publiques; et faisant guillotiner les riches dont elles désiraient les hôtels. Des hommes graves soutiendront même longtemps qu'il était dévoré de l'amour de l'argent, et que. pour satisfaire cette passion, il se faisait scélératement payer pur

128 convention. 1794.

Us Bourbons et par la Coalition pour trahir, dépeupler, désorganiser et livrer la France...

Mais ce n'est pas assez que les valets de F Aristocratie lui donnent tous les défauts et tous les vices ; voici ce que, à la tribune de la Convention, Courtois dira de lui, le 16 nivôse an 3, en faisant son rapport sur les papiers trouvés chez lui.

- Robespierre voulait ramener les hommes à la tyranuie : il devait, en conséquence, leur rendre la liberté odieuse.

« Ces hommes (Robespierre, Saint-Just, Couthon), au sortir de leurs criminelles orgies, ivres de vin et de sang, surprenaient à l'humanité trompée des législateurs ces décrets nationicides, par qui des milliers d'innocents tombaient tous à la fois à la même heure, d'une extrémité à l'autre de la République ; ces hommes, pour nous amener au bonheur de Sparte, voulaient anéantir \% ou 15 millions de Français, et espéraient bien, après ce lté- transpiration révolutionnaire, nous distribuer à chacun une charrue et quelques landes à défricher pour nous sauver des dangers du luxe.

- Robes'pierre était un ennemi public, un tyran, que chacun pouvait y tuer sur la place publique.

« C'était un homme de paille, qui n'avait qu'une valeur d'emprunt ; un ignorant, un homme corrompu... A ses yeux, le plus impardonnable des crimes était d'être au-dessus de lui... Il était envieux et haineux... 11 se fît tyran par impuissance d'être autre chose... Quelques hommes superficiels ou peureux ont pris Vinsolence de Robespierre pour du courage ; ils n'ont pas voulu voir, au contraire, qu'il n'était que lâche, puisqu'il était insolent...

. Il n'avait ni génie ni talent... Ses discours étaient chargés de ratures... Son style était lâche et diffus.

« Ses yeux, petits et ternes, se rougirent de taches sanglantes; son teint se mélangea de la liveur de l'envieux et de la pâleur du criminel. V assassin de la Patrie ne rêva plus qu'assassinats ; son sommeil était celui de Néron ; son réveil était encore celui de Néron.

« Cécile Renaut (p. 27) n'était coupable que de curiosité. Le Comité la fit condamner avec 60 autres (et avec Ladmiralt p. 25 ), comme tous coupables d'assassinat contre Robespierre (et Collot). Que d'hommes immolés à la conservation d'une bête féroce ! »

Mais c'est le Comité de Sûreté générale qui les a fait condamner, le 1 7 juin, après la retraite de Robespierre et à son

OPJMO\ DV ROYAI.ISTK DE MAISTUE. 150

insu , en leur mettant pour la première t'ois une robe rouge et en assistant à leur exécution ! ! ï

En parlant de cette lettre si noble , écrite par Saint-Just à Robespierre en 1190 (p. 3!) et saisie dans ses papiers, Courtois appelle Saint-Just un Courtisan cupide qui courtiserait la peste si elle avait des emplois et des trésors à distribuer.

Quelle responsabilité sur la mémoire d'un Législateur sans ihérite, sans services et sans nom, qui se permet de donner tant de coups de pied aux cadavres des lions !

Remarquons néanmoins que, quoique ce rapport soit un véritable acte d'accusation dressé contre la mémoire de Robespierre, longtemps après sa mort, par un ennemi furieux, il n'ose "pas l'accuser de s'être vendu aux Bourbons ou à la Coalition.

$44. — Opinions de Garât et de lia Harpe

On trouve dans les papiers de Robespierre la lettre suivante, écrite par l'ex-ministre Garât :

. « Votre discours à Louvet, votre discours sur le jugement de Louis Capct , et votre rapport sur l'Être-Supréme, sont, à mon avis, les plus beaux morceaux qui aient paru dans la Révolution. Us passeront dans les écoles de la République comme des modèles classiques de l'éloquence, et dans les tableaux de l'histoire comme les causes qui auront agi le plus puissamment sur les destinées de la France... »

« On sait (dit Léonard Gallois) que La Harpe , frappé des beautés que renfermait le discours de Robespierre sur le rapport entre les idées religieuses et morales et les principes républicains , écrivit à son auteur une lettre de félicitation qui tenait de V enthousiasme; et La Harpe était assez difficile. »

Nous avons déjà dit que Boissy-d'Anglas appelait Robespierre Y Orphée de la France... Et nous verrons Cambacérès reconnaître que son dernier discours renfermait les plus grandes beautés.

^ 45. — Opinion du royaliste De Maistre.

On se rappelle sans doute que Rouillé attribuait principalement à Robespierre le salut de la France en 1 792 (T. III , p . 1 2 i ) . t. iv. 9

130 t:o\\ i:\tiov — I7yi.

Voici un autre royaliste, de Muistre, qui lait le môme aveu.

- Comment, dit-il, résister à la Coalition ? Par quel moyen surnaturel briser l'effort de l'Europe conjurée? Le génie infernal de Robespierre pouvait seul opérer ce prodige , et fut le seul moyen de sauver la France... Le mouvement révolutionnaire une fois établi , la France et la Monarchie ne pouvaient être sauvées que par le Jacobinisme... Nos neveux, qui s'embarrasseront très-peu de nos souffrances, et qui danseront sur nos tombeaux , riront de notre ignorance actuelle ; ils se consoleront aisément des excès que nous avons vus , et qui auront conservé Vintégralité du plus beau royaume. »

Et c'est bien malgré lui que l'écrivain royaliste laisse échapper un pareil aveu , puisqu'il appelle infernal le génie surnaturel qui seul pouvait produire et qui a produit le prodige de résister à la Coalition étrangère, et de conserver Vintégralité du territoire à des Générations qui se consoleront des excès et se réjouiront du bienfait 1

% 46. — Opinion de Napoléon sur Robespierre et sur le»

Gracques.

• L'histoire , disait Napoléon , présente les Gracques comme des séditieux, des révolutionnaires, des scélérats ; et , dans les détails, elle laisse échapper qu'ils avaient des vertus, qu'ils étaient doux, désintéressés, de bonnes riïœurs; puis ils étaient les fils de l'illustre Cornélic , ce qui , pour les grands cœurs , doit être tout d'abord une forte présomption en leur faveur. D'où pouvait donc venir un tel contraste? C'est que les Gracques s'étaient généreusement dévoués pour les droits du Peuple opprimé , contre un Sénat oppresseur, et que leur grand talent, leur beau caractère, mirent en péril une Aristocratie féroce, qui triompha , les égorgea et les flétrit. Les historiens du parti les ont transmis avec cet esprit. Sous les Empereurs, il a fallu continuer : les seuls mots droits du Peuple , sous un maître despotique , étaient un blasphème, un vrai crime. Plus tard , il en a été de même sous la Féodalité, fourmilière de petits Despotes. Voilà la fatalité sans doute de la mémoire des Gracques: leurs vertus n'ont jamais cessé, dans la suite des siècles, d'être des crimes; mais aujourd'hui que nous nous sommes avisés de raisonner, les Gracques peuvent et doivent trouver grâce à nos yeux.

« Dans cette lutte terrible de V Aristocratie et de la Démocratie qui vient de se renouveler de nos jours , dans cette exaspération du vieux terrain contre la nouvelle industrie qui fermente dans toute CEu-

OPIMOX UE NAI'OI.LOX Sl'U ROBLSPiinnf: . 13!

ropc. mil doute que si l'Aristocratie triomphait par la foive , elle ne montrât partout beaucoup de Gracques et ne les traitât pas aussi bénignement que l'ont fait leurs devanciers. • ( Esprit du Mémorial de Sainte-Hélène. T. I, p. 346.)

Nous verrons si l'Empire français ne fera pas, à l'égard des Diinocrates^ccquel'EinpireroinainfitàrégarddesGracques.

- Robespierre était un fanatique, un monstre ; mais il était incorïuptible et incapable de voter ou de causer la mort de qui que ce fût par inimitié personnelle ou par le désir de s'enrichir. II était un enthousiaste; mais il croyait agir selon la justice, et il ne laissa pas un sou après sa mort. Sous quelques rapports , on peut dire que Robespierre était un honnête homme. On lui imputa tous les crimes commis par Hébert, Ghauraette, Collot-d'Herbois et autres; Marat, Billaud-Varennes , Fouché, Hébert et plusieurs autres , étaient infiniment plus féroces que lui. » (O'Meara , T. II, p. 134.)

Et cependant, l'Empereur choisira pour Ministre ce même FoiîcnÉ, infiniment plus féroce que Robespierre !

» Les Terroristes et leurs doctrines ont survécu à Robespierre ; et si leurs excès ne se sont pas continués , c'est qu'il leur a fallu plier devant l'opinion publique. Ils ont tout jeté sur Robespierre ; mais celui-ci leur répondait , avant de périr, qu'il était étranger aux dernières exécutions, et que depuis six semaines il n'allait plus aux Comités.

« Napoléon disait qu'à l'armée de Nice il avait vu de longues lettres de Robespierre à son frère , blâmant les horreurs des Commissaires Conventionnels, qui perdaient, disait-il, la Révolution par leur tyrannie et leurs atrocités...

« Cambacérès , qui doit être une autorité sur cette époque (observait l'Empereur), avait répondu, sur l'interpellation que Napoléon lui adressait un jour sur la condamnation de Robespierre : • Sire, cela a été un procès jugé, mais non plaidé, » ajoutant que Robespierre avait plus de suite et de conception qu'on ne pensait ; et qu'après avoir renversé les Factions effrénées qu'il avait eues à combattre, son intention avait été le retour à f ordre et à la modération. Quelque temps avant sa chute, ajouta Cambacérès, il prononça un discours à ce sujet (celui du 8 thermidor) plein des plus grandes beautés. On ne Ta pas laissé insérer au Moniteur, et toutes les traces nous en ont été enlevées.» ( Mémorial de Sainle-Hélène, T. II , p. 4*3.)

Ainsi , Napoléon reconnaît que Robespierre était incorruptible , incapable de vengeance et d'injustice , honnête homme, désintéressé, enthousiaste... Et cependant il cora-

C0.WKXT10.V — 1791.

mence par Tappeler un fanatique, un monstre... Mais comment concilier tout cela? — Quand Bonaparte assiste à la prise des Tuileries au 10 août (T. 111, p. 40); quand il écrit le Souper de Beaucaire en 1793 (T. 111, p. 450) ; quand il se lie avec Robespierre jeune, en mission à l'armée de Nice : quand celui-ci lui fait lire les lettres qu'il reçoit de son frère ; quand il correspond lui-même avec lui ; il ne trouve pas que Robespierre est un monstre; il l'admire au contraire, à tel point que ses lettres, saisies par les Thermidoriens (et qu'il aura bien soin de se faire rendre plus tard), le feront destituer comme complice de Robespierre.

Il est tout naturel et tout simple ensuite que, devenu l'ami de Barras, que Robespierre voulait punir et qui a tué Robespierre, devenu l'époux de la maîtresse de Barras (amie de madame Tallien), devenu l'ennemides Démocrates par ambition, devenu Consul et Empereur, il devienne le détracteur officiel de Robespierre et de son système, tout en accordant à sa sœur, sur la proposition de Fouché (qui avait dû Tépouser), une pension de 3,000 francs (qui sera continuée et réduite à 1 ,500 francs par Louis XV111). Mais, parce que Robespierre aura cru, avec toute la Fiance, que la Terreur était nécessaire pour sauver le pays, comment peut-il l'appeler un fanatique et un monstre , lui qui se croira soumis à d'horribles nécessités, lui qui croira nécessaire de mitrailler la Garde nationale au 13 vendémiaire, de faire massacrer, à Jaffa, 4,000 prisonniers à qui la capitulation aura promis la vie, de déporter 37 Représentants du Peuple, de faire fusiller le Duc d'Enghien, et de faire tuer des millions d'hommes sur les champs de bataille, sans savoir comme lui électriser la Nation pour empêcher l'invasion étrangère ; car n'oublions pas que c'est à Robespierre que Bouillé et De Maistre (p. 129) attribuent le salut de la France en 1792 et 1793 I

Du reste, écoutez comme on traitera Napoléon lui-même ï

- Le règne de Bonaparte était le plus odieux des opprobres pour quiconque est digne d'être Français. La bouche de ce Corse, au teint de plomb et à Vceil de tigre, n'a jamais souri qu'au carnage I

nOMMAGE A LA MÉMOIRE DE ROBESPIERRE. 133

• Le 20 mars, leTyran, protégé par une soldatesque parjure, vint usurper la place dans un palais en deuil et dans une capitale orpheline...

« La souplesse de jarrets avec laquelle il a grimpé si rapidement *ur l'échelle du Northumberland pour s'enfuir en Amérique , toutes ces belles menaces de passer de cette vie dans l'autre, se sont bornées à passer du Bellérophon sur le Northumberland , et à déployer dans ce passage tout le talent d'un danseur de corde.... Cet homme est un des meilleurs acteurs qui aient paru ; le mélodrame lui convenait comme la farce; il pleurait avec la même facilité qu'un Crocodile. »

Voilà ce que dira de Napoléon un grave Journal (les Débats), en juin 1815; et voici ce que le même journal dira du même homme, en mai 1840 :

- Napoléon ne fût-il qu'un grand guerrier, nous' nous inclinerions devant lui, comme devant un nom sans égal peut-être dans Vhistoire : mais notre époque , qui sait être juste envers tous , ne peut oublier que c'est Napoléon qui a dompté l'anarchie révolutionnaire , qui a relevé la France humiliée , qui a ramené la Religion proscrite ; que tout ce que nous possédons aujourd'hui d'institutions fortes et durables , le Conseil d'État, l'Université , le Code, c'est à lui que nous les devons ; que cette centralisation énergique , que cette forte administration qui nous a permis de survivre à tant de convulsions politiques, c'est Vouvrage de Napoléon. Aussi nous associons-nous complètement au noble projet qu'a conçu le Gouvernement La reconnaissance pour les services rendus, Vadmiration pour le génie, le culte des souvenirs, c'est là le premier devoir des Nations, le signe le plus certain de leur grandeur, l'encouragement le plus efficace qu'elles puissent accorder aux grandes vertus politiques. »

Nous n'examinerons pas si ces éloges neconviennent pas un peu à Robespierre mous remarquerons seulement que, puisqu'on a fini par rendre justice aux Gracques et à Napoléon, longtemps calomniés et flétris, les calomnies accumulées sur Robespierre n'empêcheront pas la justice de la Postérité.

§47. — Tardif hommage à la mémoire de Robespierre.

Un grand nombre des ennemis de Robespierre finiront par regretter sa chute et rendre hommage à sa mémoire, même les plus acharnés d'abord, notamment Cambon et Vadier, qui l'ont attaqué dès le 8 thermidor; Thuriot, qui l'a empêché de parler le 9 ; Léonard Bourdon, qui l'a arrêté ;

f3i co.wkstion. — I TU â .

Merlinde Thionvilk, Amar, Lecointre, Lesage-Senaut , mêirrr Louvet qui a commencé de l'accuser de Dictature.

Exilé en Belgique , le vieux Vadier, l'inventeur du sceau à fleurs-de-lis, ne parlera de Robespierre qu'en étant son chapeau, et dira souvent avec douleur, à la porte du tombeau : ce grand homme, nous l'avons assassiné!

$ 48. — Opinion de M. Thiers.

■ Il était impossible à Robespierrede remplir le rôle d'Usurpateur (Une l'ambitionnait pas) : mais pourquoi lui fut-il donné de survivre à tous ces révolutionnaires fameux qui lui étaient si supérieurs (non) en génie et en puissance, à un Danton, par exemple?.... Robespierre était intègre, et il faut une bonne réputation pour captiver les masses ; il était sans pitié (non), et elle perd ceux qui en ont dans les révolutions. (11 en avait autant que Danton et tous les autres , plus que ses vainqueurs , et c'est ce qui Ta perdu lui-même) ; il avait un orgueil opiniâtre et persévérant (pas prouvé, calomnie), et c'est le seul moyen de se rendre toujours présent aux esprits (non; le zèle, le dévouement, l'enthousiasme, la vertu, le talent, sont des moyens plus sûrs). Avec cela il dut survivre à tous ses rivaux (non; il fallait d'autres qualités). Mais il fut de la pire espèce des hommes : un dévot sans passions, sans les vices auxquelles elles exposent, mais sans le courage , la grandeur et la sensibilité qui les accompagnent ordinaire*ment , un dévot ne vivant que de son orgueil et de sa croyance , se cachant au jour du danger ( est-ce qu'il s'était caché à l'Hôtel-de- Ville ? Est-ce "qu'il y avait un homme plus compromis chaque jour depuis 5 ans? Est-ce qu'il n'est pas mort sur Péchafaud et avec courage?), revenant se faire adorer après la victoire remportée par d'autres , et un des êtres les plus odieux qui ont dominé les hommes , et on dirait des plus vils , s'il n'avait eu une conviction forte et une intégrité reconnue. »

Et nous nous 'soutenons que c'est la plus monstrueuse des contradictions de dire qu'un homme qui a une conviction forte et une intégrité reconnue puisse être un des êtres les plus odieux 1 Moïse, Socrate, Jésus-Christ (qui s'indignait contre les Pharisiens et les riches , qui les appelait race de vipères et qui les vouait aux enfers), n'avaient-ils pas aussi des convictions fortes ?

Nous soutenons que c'est l'une des plus inconcevables er-

LA CHUTE DE ROBESPIERRE EST-ELLE HEl RELSE ? 13Ô

reurs ou Tune des plus étonnantes inconséquences, ou même l'une des plus révoltantes calomnies, après tous les laits cidessus racontés , d'appeler dévot , homme de la pire espèce et des plus odieux, ce Robespierre nourri de la philosophie de Rousseau qu'il étudiait sans cesse , ce même homme dont M. ïhiers disait à l'époque du 7 mai (car c'est par la bouche de M. Thiers que nous voulons répondre à M. Thiers) <p. 13).

« Robespierre doit être le rapporteur du projet de décret pour la reconnaissance de l'Être-Supréme plutôt qu'aucun des autres membres des Comités : il est leur chef a tous , est consulté sur toutes les matières, ne prend la parole que dans les grandes occasions, tl traite les hautes questions morales et politiques. On lui réserve ces beaux sujets comme plus dignes de son talent et de sa vertu... Aucun ne s'est prononcé plus fortement contre l'athéisme ; aucun n'est aussi vénéré; aucun n'a une aussi grande réputation de pureté et de vertu ; aucun enfin , par son ascendant et son dogmatisme, n'est plus propre à cette espèce de Pontificat. »

Et c'est ce même Robespierre que le même historien appelle un être de la pire espèce et des plus odieux !!

$ 49. — lia chute de Robespierre est-elle heureuse ou malheureuse ?

« Telle fut, dit M. Thiers, celte heureuse catastrophe qui termina la marche ascendante de la Révolution pour commencer sa marche rétrograde.

- Mais si Robespierre eût été vainqueur, il aurait fallu ou yu'a cédât au sentiment général ou qu'il succombât plus tard. Comme tous les usurpateurs , il aurait été forcé de faire succéder aux horreurs des Factions un régime calme et doux. »

C'est encore ici une des innombrables contradictions de M. Thiers ; car nous l'avons vu reconnaître bien souvent que ses collègues et ses adversaires , Billaud-Varennes , Collotd'Herbois, Vadier, Amar, Vouland , etc. , étaient plus encore que lui partisans de la Terreur et de sa prolongation.

Si Robespierre avait fait épurer les deux Comités, s'il avait obtenu des collègues partageant complètement ses vues et ses plans, ou s'il avait fait organiser un Triumvirat sous

<K Diqitizeo

l'autorité Suprême de la Convention , ou s'il avait été investi delà toute-puissance sous le titre de Président, ou de 1er Consul ou de Dictateur, nous ne doutons pas qu'il aurait bientôt supprimé la Terreur, en rétablissant graduellement , sans réaction et sans secousse, l'empire des lois douces et humaines ; nous ne doutons pas qu'il aurait organisé définitivement la Démocratie et fondé solidement le bonheur général d'après ses principes déjà proclamés d'Égalité, de probité, de moralité, de justice, de Divinité et de vertu.

11 n'y avait plus qu'un moment à attendre, et la Révolution triomphante assurait la Réforme sur la Terre au profit de l'Humanité.

Loin d'être heureuse , la catastrophe du 9 thermidor est peut-êtrece qui pouvait arriver alors déplus malheureux pour la Prance et pour le Monde ; car la France va se retrouver lancée dans l'anarchie , les luttes , les vengeances, les réactions, les intrigues, les corruptions, les immoralités, la Terreur, les massacres, les guerres civiles et le Despotisme.

§ 50. — Contre-pied de la vérité.

De tous les faits qui précèdent ne résulte-il pas manifestement, en résumé, que les historiens qui ont sacrifié Robespierre aux Thermidoriens ont pris le contre-pied de la vérité? Pour nous, nous dirons à ses ennemis vainqueurs :

Vous l'accusez d'être cruel... Non, c'est vous ; —d'être la principale cause de la Terreur. . . Non ; il l'est moins que vous ; — d'être l'auteur du redoublement d'exécutions . . . Non , c'est vous;— d'avoir voulu prolonger les supplices... Non, c'est vous;— d'être l'ennemi du Peuple... Non, c'est vous ; — d'être un contre-révolutionnaire. . . Non , ce sont beaucoupd'entre vous; — d'être un usurpateur, un tyran... Non , c'est vous ;— d'êtreen vieux , j aloux , orgueilleux . . . Non , c'est vou s ; il est plutôt trop modeste , et n'a pas assez le sentiment de sa force et de sa supériorité ; — d'être ambitieux... Non , c'est vous ; etc'est un malheur qu'il n'ait pas plus d'ambition . —Vous l'appelez assassin de la Patrie... Non, c'est vous.

COSTHE-PIEI) DE l.\ VÉRITÉ. 137

Vous vous dites les amis de la vertu, de la modération, de l'humanité, de la République, du Peuple... Non, c'est lui.

Plus tard, quand nous aurons vu la Réaction thermidorienne, le Directoire, le Consulat , l'Empire et la Restauration, nous jetterons, à notre dernière page, un dernier coup d'oeil sur leshommes de la Révolution, et nous achèverons dédire toute notre pensée sur Robespierre : mais dès aujourd'hui, dussions-nous être maudit par une partie des hommes, nous ne retiendrons pas l'expression que nous arrache une conscience indépendante de notre volonté, et nous dirons :

Les ennemis de Robespierre ont torturé son agonie; une fouleaveuglée l'a poursuivi, jusqu'à l'échafaud, de sesoutrages,deses malédictions et de sesanathèmes; sa mémoire, calomniée et proscritedanstoutel'Europe, est accablée d'ignominie... Mais Jésus-Christ, condamné par les Prêtres et les Aristocrates de Jérusalem , comme un séditieux , comme un révolutionnaire, comme un usurpateur, comme un démagogue, comme un ami de l'ouvrier, du pauvre et de l'esclave, comme un prédicateur de l'Égalité, de la fraternité et de la communauté des biens, na-t-il pas été torturé par ses ennemis, moqué par une soldatesque aveugle . outragé par une population égarée, crucifié comme un voleur et un misérable, et couvert de tous les opprobres, tandis que ses sectateurs ont été martyrisés comme le rebut et la peste du Genre humain? et néanmoins, trois siècles après sa mort, l'Univers ne se prosternait-il pas au pied de ses autels?... Le jour de la justice ne manquera pas d'arriver aussi pour le martyr du 9 thermidor; et nous en avons la plus profonde conviction, son désintéressement, son amour du Peuple et son dévouement à l'Humanité, reconnus enfin , lui donneront une place élevée dans la reconnaissance et l'estime des Peuples.

Mais la calomnie n'est pas encore réduite au silence ; l'erreur et le préjugé ne sont pas encore détruits : toute invocation du nom de Robespierre, toute démonstration qui tend à remettre publiquement sajnémoire en honneur, ne peuvent

i:o\vii\Tiox. — 1794.

encore que serv ir de prétexte aux ennemis du Peuple pour ealomnieret compromettre sacau.se; Robespierre, si prudent, si prononcé contre tous les emblèmes matériel s que des traîtres peuvent adopter pour les déshonorer, conjurerait luimême ses plus ardents admirateurs de s'abstenir de toute manifestation qui peut être nuisible sans être nécessaire : c'est la vérité qu'ilest utile de délivrer des chaînes du mesonge;et c'est assez que quelques soldats de l'Humanité se dévouent personnellement pour préparer sa délivrance et son triomphe .

§ SI. — Pensée* de Saint-Just.

Nous regrettons de ne pouvoir citer en détail les noies trouvées sur Saint-Just au moment de sa mort, et qu'il destinait à entrer dans ses futurs rapports, si la victoire leur eût permis de développer leur plan d'organisation sociale : nous ne pouvons citer que les pensées suivantes :

- Faire exécuter les lois sur Véducation , voilà le secret...— Ne pas admettre le partage des propriétés, mais le partage des fermages... — Les circonstances ne sont difficiles que pour ceux qui reculent devant un tombeau: je V implore , le tombeau, comme un bienfait de la Providence , pour nôtre plus témoin de l'impunité des forfaits ourdis contre ma Patrie et l'Humanité. Certes , c'est quitter peu de chose qu'une vie malheureuse dans laquelle on est condamné à végéter le complice ou le témoin impuissant du crime... Le jour où je serai convaincu qu'il est impossible de donner au Peuple français des mœurs douces , énergiques , sensibles , inexorables pour la tyrannie et l'injustice, je me poignarderai.... — La Révolution doit s'arrêtera la perfection du bonheur et de la liberté par les lois... — Il faut que tout le monde travaille : alors l'abondance reprendra son cours ; il faudra moins de monnaie; il n'y aura plus de vices publics.... — Je défie qu'il n'y ait plus de malheureux , si l'on ne fait en sorte que chacun ait des terres. Là où l'on voit de très-yros propriétaires, on ne voit que des pauvres.... — Il ne faut ni riches ni pauvres.... — Le domaine public est établi pour réparer V infortune des membres du Corps social... — Il faut une doctrine qui assure V aisance au Peuple tout entier : il faut détruire la mendicité par la distribution des biens nationaux aux pauvres... — Il faut tâcher de donner à tous les Français les moyens d'obtenir les premières nécesssité* de la vie sans dépendre d'autre chose que des lois... — Les collatéraux autres que les

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