‹ 17941830Chapitre 34 sur 118 · VIOLENCES DE LA JEUNESSE DORÉE · texte numérisé non relu

VIOLENCES DE LA JEUNESSE DORÉE

C'est surtout une calomnie vis-à-vis les Jacobins en masse. — S'il y a vraiment un assassin, ce peut bien être un Aristocrate, ou un Girondin, ou un patriote, dont il a fait périr un parent ou un ami soit à Bordeaux, soit à Paris au 2 sep- • tembre ou depuis le 9 tbermidor.— Les Jacobins soutiennent même qu'il s'est fait tirer un coup de pistolet et s'est fait faire une légère écorchure pour se rendre plus intéressant et pour avoir un prétexte de les accuser et de les dissoudre. Nous avons vu nous-même le chirurgien envoyé par les Jacobins pour le visiter, et ce chirurgien nous a affirmé qu'il n'avait aucune blessure.— Le renégat Merlin n'en montre que plus de violence à demander leur dissolution , sachant bien que tous les Girondins, tous les Aristocrates et tous les Contre-révolutionnaires, se réuniront aux Thermidoriens contre les Jacobins, et qu'il suffira d'un prétexte pour les perdre... Il va jusqu'à les accuser de conspirer contre la Convention... Et la Convention ordonne que le Comité de Salut public lui fera un rapport sur cette question et sur l'état général de la République... Ce rapport, confié à Robert-Lindet, doit être présenté le 20 septembre (ou 4rae Sans-culotide de l'an 2).

$ 19. — Violences de la Jeunesse dorée contre les Jacobins.

Nous avons dit que la Jeunesse dorée, qu'on appelle aussi les Muscadins (parce qu'elle porte du musc ou parce que, comme les escamoteurs de muscade , elle porte de hautes cravates qui couvrent le menton), se réunit habituellement au Palais-Royal, sous la protection des Thermidoriens et sous la direction de Fréron et Tallien. Souvent elle part de là pour aller troubler les séances des Jacobins réunis rue Saint- Honoré. — Deux jours avant le rapport de Robert-Lindet , une rixe s'engage entre quelques Jacobins et le rassemblement du Palais-Royal. Vive la Convention ! A bas les Jacobins! A bas la queue de Robespierre! disent les uns... A bas les Aristocrates et les Muscadins! Vive la Convention et les Jacobins! disent les autres... Les Jacobins, peu nombreux,

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sont maltraités ; et le combat pourrait devenir plus sérieux, si la Garde ne dispersait l'attroupement.

§20. — Rapport de Robe rt-Iiin Jet sur le passé et le présent.

Après avoir montré les progrès de la puissance de Robespierre jusqu'au 9 thermidor, Robert- Lindet (au nom des trois Comités) signale les deux Partis en présence.

« Des esprits inquiets, dit-il, s'imaginent que le Gouvernement va manquer d'énergie... Ces craintes sont chimériques : dans vos mains, le Gouvernement conservera toute sa force. Les patriotes, les fonctionnaires publics, peuvent-ils craindre que les services qu'ils ont rendus s'effacent de la mémoire?... Ils ne doivent pas craindre que la France les abandonne aux ressentiments et aux vengeances. »

Mais qui a rendu plus de services que Robespierre, Couthon, Saint-Just, etc., qu'on a tués, et que ces Jacobins qu'on veut tuer ou proscrire!!!

« Quant à l'autre parti, continue le Rapporteur, rendez la liberté à ceux que des haines, des passions, l'erreur des fonctionnaires publics, et la fureur des derniers conspirateurs (Robespierre, Saint- Just, etc.), ont fait précipiter en masse dans les maisons d'arrêt... Les arts ont été persécutés ; protégez-les ! »

Mais n'est-ce pas infâme de la part de Robert-Lindet de représenter Robespierre comme un conspirateur, et d'attribuer à sa fureur l'incarcération en masse des Suspects , quand c'est la Convention qui a décrété toutes les lois contre les Suspects ; quand lui-même a tout approuvé comme Député et comme membre du Comité de Salut public ; quand il a signé, tout-à-1' heure, en l'absence de Robespierre, les plus effroyables boucheries, tandis que Robespierre a été étranger aux innombrablesarrcstationsetexécutionsdesi? derniers jours, et tandis que Saint-Just a été presque toujours aux armées? N'est-ce pas aussi infâme de dire qu'on a persécuté les arts, quand tous les arts utiles à la défense ont été appelés, honorés, encouragés? Si le chimiste Lavoisier a péri, c'est parce que tout le Comité et ce Robert-Lindet lui-même l'ont voulu comme nécessaire, sur le rapport du chimiste Fourcroy, actuellement membre du Comité de Salut public !

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Oui, il est désolant de voir un homme comme Robert- Lindet, qu'on dit honnête et patriote, mais qui n'est qu'une Spécialilé administrative, qu'un Ministre, qu'un Commis, et nullement un homme d'État (p. 86), montrer tanl de faiblesse et d'inhabileté politique, se laisser tromper et égarer, et répéter ainsi de funestes calomnies contre les hommes et la cause dont il est réellement l'ami !...

« Rendons la paix aux grandes villes maritimes et manufacturières !... Révoquons les lois destructives du commerce !... Surtout efforçons-nous de ramener parmi nous l'union et la confiante! Cessons de «» nous reprocher nos malheurs et nos fautes ! Avons-nous jamais été, avons-nous pu être ce que nous aurions voulu être en effet? Nous avons tous été lancés dans la même cari ièro : les uns ont combattu avec courage, avec réflexion ; les autres se sont précipités, dans leur bouillante ardeur, contre tous les obstacles qu'ils voulaient détruire et renverser. Qui voudra nous interroger, ot nous demander compte do ces mouvements qu'il était impossible de prévoir et de diriger? I.a Révolution est faite; elle est l'ouvrage de tous : quels Généraux, quels soldats, n'ont jamais fait dans la guerre que ce qu'tï fallait faire, et ont su s'arrêter où la raison froide et tranquille aurait désiré qu'ils s'arrêtassent? N'élions-nous pas en état de guerre contre les plus nombreux et les plus redoutables ennemis? Quelques revers n'ont-ils pas irrité notre courage, enflammé notre colère? Que nous est-il arrivé qui n'arrive à tous les hommes jetés à une distance infinie du cours ordinaire de !a vie? »

Bien 1 mais alors comment peut-on condamner et anathémaliser la mémoire de Robespierre, en qui la Révolution est personnifiée, et qui, plus qu'aucun autre, voulait amener le règne de la probité et de la vertu, en étendant sa philosophie sur tout le Genre humain et sur toutes les Générations !

Robcrt-Lindet,couvcrtd'applaudisscments,présentealors une série de projets de décrets en faveur des anciens Suspects et du Commerce; et, sur sa proposition, la Convention ordonne la rédaction d'une Instruction morale destinée à être lue publiquement tous les décadi s, pour ramener l'amour du travail et des lois, et pour éclairer le Peuple sur les principaux événements de la Révolution, c'est-à-dire pour le tromper en lui présentant Robespierre comme un Tvran et

les Thermidoriens comme des libérateurs. La Convention ordonne aussi la création d'une Ecole normale pour former des Professeurs. . .Très-bien ï mais c'est la conséquence des principes larges et féconds adoptés depuis longtemps par Robespierre et les Jacobins sur l'éducation populaire (T. III, p. 47 1 ).

Ce rapport et toutes ces propositions de Robert-Lindet et des trois Comités ont pour but de calmer et de rassurer les Jacobins. Dans le même but, on va célébrer, demain 21 septembre, 2e anniversaire de la proclamation de la République, une fête ordonnée par la Convention longtemps avant •* le 9 thermidor, en rhonneur des idées révolutionnaires : la célébration de cette fête va vous étonner.-

Ç 21. — Marat est transporté au Panthéon.

C'est la translation des restes de Marat au Panthéon et l'expulsion de ceux de Mirabeau... Quoi ! aujourd'hui! après le 9 thermidor 1 quand Robespierre est proscrit ! quand les Jacobinsvont Pètre!...Quelleanomalie!quel anachronisme! quel contre-sens ! Aussi , nous verrons bientôt la Réaction Thermidorienne et Royaliste arracher Marat du Panthéon.

5 22. — Opérations militaires j Conquêtes.

Le 9 thermidor a entraîné l'inaction des armées du nord, et cette inaction aurait pu nuire à nos succès (dit M. Thiers) si l'ennemi avait su mettre le temps à profit. C'est un grand mal auquel les Thermidoriens exposaient le pays ! Heureusement les Coalisés sont divisés et timides ; et les trois places encore occupées par eux, Valenciennes, Condê, Le Quesnoy, 3e rendent en août et en septembre.

Pichegru setrouvealors avec 70,000hommes près d'Anvers et Jourdan avec 1 16,000 sur la Meuse.Tous deux se mettent en mouvement, vers le commencement de septembre, pour passer la Meuse et chasser l'ennemi au delà du Rhin... Et sans parler de beaucoup de glorieux combats et de beaucoup

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