PITT EXCITE ET SOUDOIE LA COALITION
Quel avenir pour le Genre humain, si ces principes d'organisation sociale restent triomphants !
« Tous avez déjà posé une grande base pour Vabolition de Vindigence dans le décret du %% ventôse : vous avez demandé à toutes les Communes le tableau de tous les citoyens qui sont sans Propriété aucune, et l'état des biens nationaux encore invendus , dont la division en petites parties, en forme de ventes nationales , peut attacher tous
les citoyens à la Propriété et à la Patrie Ce décret a voulu faire
tourner la révolution au projit de ceux qui la soutiennent, à la ruine de ceux qui la combattent , et soulager les malheureux avec les biens des ennemis de la République.
« Dans une République bien ordonnée , chaque citoyen a quelque Propriété; l'aumône n'y détruit pas le courage; l'Aristocratie, déguisée en charité publique , n'y commande pas la servitude ; le nom de Mendiant est ignoré , et la République seule peut exécuter la grande loi de la bienfaisance universelle — Dans une Démocratie qui s'organise , tout doit tendre à élever le citoyen au-dessus du premier besoin , par le travail s'il est valide , par l'éducation s'il est enfant , et par des secours s"il est invalide ou dans la vieillesse. N'oublions jamais que le citoyen d'une République ne peut faire un pas sans marcher sur son territoire, sur sa Propriété. »
Il propose de donner des terres aux pauvres ou de leur en vendre à long terme, de donner des secours à domicile, etc. Et la Convention décrète l'abolition de la misère.
§ 9. — Pitt excite et soudoie la Coalition.
Cependant la Coalition a préparé, pendant l'hiver, une nouvelle attaque générale contre la France; et le danger est bien loin d'être passé... C'est en vain que l'Opposition Anglaise, surtout lord Stanhope dans la chambre des Pairs , Fox et Sheridan dans la chambre des Communes , reprochent a Pitt de faire à la France une guerre inique, de fomenter chez elle la guerre civile et les massacres, et de déshonorer J' Angleterre en la ruinant; Pitt et l'Aristocratie en masse veulent la guerre pour ruiner le commerce français, pour s'enrichir eux-mêmes des dépouilles de la France , et pour enchaîner la Démocratie anglaise qui demande la réforme parlement taire et qui sympathise avec notre Révolution... Aussi part. iv. 2
18 COSVEXTION. — 17iH.
iisan de la Terreur que la Convention , Pitt Tait suspendre l'habeas corpus, c'est-à-dire se fait donner le droit d'arrêter tous les Suspects, dissout les Sociétés populaires, saisit leurs papiers, et demande les têtes de leurs chefs comme coupables de conspiration. 11 obtient tous les subsides nécessaires, porte l'armée de terre à 60,000 hommes, celle de mer à 80,000, et solde un corps de 40,000 émigrés ou étrangers... A 100 vaisseaux de ligne Anglais il réunit 40 vaisseaux de ligne Espagnols et 20 Hollandais, outre un nombre immense de frégates , tandis que la France n'a plus que 50 ou 60 vaisseaux de ligne depuis l'incendie de la flotte de Toulon.
Avec cette énorme force maritime, l'Aristocratie anglaise s'empare de l'empire de la mer, domine dans la Méditerranée et dans l'Océan , bloque la Corse et l'insurgé d'accord avec Paoli, attaque toutes les Colonies françaises aux Indes et en Amérique pour les enlever ou les détruire, et menace de débarquer des troupes et des armes en Vendée et ailleurs. — Abusant de sa force avec la plus révoltante iniquité, elle déclare le blocus maritime de la France, considère celle-ci comme une place assiégée qu'il s'agit de prendre d'assaut ou par famine, et empêche les Puissances Neutres (l'Amérique, la Suède et le Danemark) de faire aucun commerce avec elle. — Les escadres Anglaises arrêtent même, sans déclaration de guerre, plus de 500 bâtiments Américains, et enlèvent de vive force tous les matelots de leurs équipages.
Violant toutes les règles du droit des gens et la neutralité de la République de Gênes , les Anglais s'emparent d'une frégate française, la Modeste, qui se croit en sûreté dans un port neutre, et massacrent l'équipage.,. Et ils crient contre les violences de la Révolution Française !
Quant aux forces de terre, Pitt entretient 40,000 Anglais dans les Pays-Bas, entraîne toujours l'Espagne, le Piémont et la Hollande (par le moyen du Prince d'Orange), détermine la Prusse en soldant son armée , et excite toujours r Autriche et la Russie.
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Toutes les Puissances agissent d'ailleurs dans un esprit de conquête, de spoliation et de brigandage; la Prusse, l'Autriche et la Russie, veulent se partager la Pologne; la Prusse, l'Autriche, la Hollande et l'Angleterre, veulent démembrer la France; Y Angleterre veut acquérir la domination maritime sur tout le Globe, et chacune d'elles tolère l'ambition des autres pour que les autres tolèrent la sienne.
« Dans ce moment de spoliation générale , dit M. Thien, où l'Angleterre recueille une si grande part d'avantages dans le midi de . l'Europe et sur toutes les mers , il lui convient peu de parler le lan gage de la justice aux copartageants de la Pologne. Ainsi la Coalition, qui accuse la France d'être tombée dans la barbarie, commet au Nord le brigandage le plus audacieux que se soit jamais permis la Politique, en médité un pareil sur la France, et contribue à détruire pour jamais la liberté des mers. •
Ainsi la France défend son indépendance et sa liberté, et tous les Rois ou toutes les Aristocraties sont des voleurs ! Et ces voleurs font, pour voler, tout ce qu'elle fait pour se défendre ! Ils emploient môme des moyens bien plus odieux ! — Mais le danger n'en est pas moindre pour la France, attaquée par 400,000 hommes. Voyons ses préparatifs pour la première campagne de 179 i.
Ç 10. — Préparatifs de défense en 1794.
1,500,000 hommes sont maintenant sous les armes, et 1 ,000,000 sont en ligne sur toutes les frontières, tandis que , 500,000 s'exercent dans les places fortes et dans l'intérieur. —Les nouvelles fabriques d'armes- fournissent les canons, les fusils, les sabres, les armes nécessaires. — Les citoyens, guidés par une Jnslruct ion imprimée et par quelques ouvriers, fabriquent eux-mêmes le salpêtre avec la terre de leurs caves et l'offrent à la Patrie. — La cavalerie et l'artillerie manquant de chevaux, le Comité de Salut public imagine de se faire offrir par les Jacobins un cavalier tout équipé ; toutes les Sociétés populaires et toutes les Communes suivent cet exemple; et la cavalerie se trouve organisée avec des dons
patriotiques. — L'école de Mars est établie, sous des tentes, au milieu de la plaine des Sablons, pour former rapidement 3,000 officiers. — Voilà pour l'armée de terre.
Pour l'armée maritime , tout est à créer, parce que les Anglais ont brûlé la flotte de Toulon, parce que presque tous les officiers ont émigré, parce qu'il a fallu licencier les équipages de Brest, qui se sont montrés insubordonnés.— Mais on reconstruit ou l'on répare des vaisseaux à Toulon , aux fi ais des Toulonnais rebelles ; on recompose les équipages avec des paysans républicains ; on prend des sous-officiers pour en faire des Capitaines, des Capitaines pour en faire des Amiraux ; et, chose prodigieuse qu'on ne peut voir peutêtre qu'en France et en révolution , la flotte de Brest, ainsi recomposée, sort, un mois après, transportée d'enthousiasme , pour protéger l'arrivée d'un convoi Américain et combattre, s'il le faut, les vieux marins Anglais. La marine fournit une multitude de Corsaires, qui capturent 410 bâtiments, tandis que les Corsaires anglais n'en prennent que 315.
| 11. — Opérations militaires en 1794.
Aux Pyrénées, les Espagnols perdent une bataille (en mai) dans laquelle on leur prend 1 ,500 hommes, 140 pièces de canon, 800 mulets chargés de bagages, et des effets d'équipement pour 20,000 hommes. Aux Alpes, où se trouve le jeune Bonaparte, récompensé par le grade de Général de brigade, les Piémontais sont battuset repoussés, en perdant 4,000prisonniers, 50 pièces de canon, deux places fortes et beaucoup d'effets d'équipement. L'armée française s'empare du Saint- Bernard, du Mont-Cenis, et de toute la chaîne de montagnes qui forme la frontière. — Au Nord, la Coalition, commandée par Cobourg, en présence de l'Empereur d'Autriche, s'empare de Umdrccies et veut marcher sur Paris ; mais l'armée française, commandée par Pichc gru, livre plusieurs combats dans lesquels les succès sont partagés ; 70,000 jeunes soldats battent 100,000 ennemis (Anglaiset Autrichiens)à Turcoing;