COMBAT NAVAL : HÉROÏSME DU VENGEUR
et les Coalisés sont forcés de rétrograder. — En Vendée, quatre chefs (Larochejaquelin , StoflQet , Marigny , Charrette) continuent la lutte, mais seulement avec de petites troupes de partisans : Tannée républicaine parcourt le pays en brûlant les haies etles forêts et en transportant ailleurs la population des bourgs. — En Bretagne, les Chouans, ou petites bandes d'insurgés composées principalement des Vendéens échappés au carnagedeSavenay, commencent à inquiéter le pays en commettant toutes sortes de brigandages contre les habitants républicains : mais il n'y a plus de véritable insurrection.
§ 12. — Abolition de l'esclavage.
Cependant, la Révolution a bouleversé toutes les tètes dans les Colonies, surtout à Saint-Domingue. — Les Blancs veulent s'affranchir de la Métropole , mais ils veulent tenir toujours les Nègres dans l'esclavage et les Mulâtres dans un quasi-esclavage , tandis que les Mulâtres veulent l'égalité et les Noirs la liberté.
La guerre civile éclate bientôt entre les Blancs et les Mulâtres : mais les uns appellent les Anglais auxquels ils livrent le fort de Saint-Nicolas, et les autres soulèvent les esclaves.— Les Nègres se révoltent en effet contre leurs maîtres, et les massacrent, au milieu des incendies; car malheureusement il n'y a point d'autre guerre possible entre des esclaves et leurs maîtres qu'une guerre d'extermination.
Le Représentant Santonnax les affranchit pour les atta cher à la République ; la Convention abolit l'esclavage ; et les Nègres, devenus libres, expulsent les Anglais.
Mais les Anglais s'emparent de la Guadeloupe et de la Martinique ,et canservent cette dernière colonie.
§ 13. — Combat naval j héroïsme du Vengeur.
Les 30 vaisseaux sortis de Brest, sous les ordres de Villaret-Joyeuse, capitaine récemment fait amiral, assisté du Représentant Jean-Bon Saint-André y pour protéger l'arrivée
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de 200 bâtiments américains chargés de blé. rencontrent 33 vaisseaux Anglais et 12 frégates commandés par Pamiral Hove. Quoique tout novices, les marins français demandent à sigrands cris le combat, que le Représentant Jean-Bon Saint- André se laisse entraîner par leur ardeur; ils se battent, le 29 mai et le 1er juin, avec un enthousiasme et uneintrépidité peut-être sans exemple. Après un combat opiniâtre, les Anglais emmènent six des vaisseaux français démâtés : mais, leurs propres vaisseaux étant trop endommagés , ils cèdent pour ainsi dire le champ de bataille ;etla flotte française rentre à Brest avec le convoi dont elle voulait protéger l'arrivée.
C'est au milieu de ce glorieux combat naval que le vaisseau le Vengeur, à moitié détruit par les boulets ennemis, ses mats brisés, coulant déjà, refuse de se rendre et préfère s'engloutir dans l'Océan, en jetant ou élevant ses chapeaux au bout de ses sabres et de ses baïonnettes , au milieu des chants patriotiques, aux cris de vive la République!
§ 14. — Améliorations intérieures.
Cependant, le blocus maritime, l'interruption du commerce extérieur, l'immense consommation que fait la guerre en ouvriers, en objets de tous genres et en bestiaux, la désorganisation de l'industrie ordinaire, les mauvaises récoltes précédentes, la cupidité des marchands qui trouvent mille moyens d'éluder les lois sur le maximum, l'égoïsinc des riches qui accaparent tout à tout prix pour vivre dans l'abondance, tout se réunit pour prolonger la disette et la misère du Peuple : chaque famille ne peut avoir de la viande que tous les cinq jours, et seuiement une demi-livre par personne.
Mais la Convention et le Comité redoublent d'activité pour trouver tous les remèdes possibles et les appliquer chaque jour. Appelant à leur secours toutes les intelligences, admettant toutes les réformes utiles, on les voit travailler au perfectionnement de l'agriculture, introduire les prairies artificielles , encourager l'éducation des bestiaux , ouvrir des cours
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d'agriculture pour instruire les cultivateurs» créer dans tous les chefs-lieux de départements des jardins botaniques et des pépinières, ordonner et faciliter le dessèchement des marais, inviter tous les architectes à présenter des plans pour la reconstruction des villages en démolissant les châteaux , embellir et rendre plus commode au public le jardin des Tuileries , demander à tous les artistes un plan pour convertir l'aristocratique Opéra en une vaste arène couverte où la population pourrait se réunir en hiver, en un mot rechercher tout ce qui peut améliorer l'existence du Peuple.— -Et pour faire face à toutes les dépenses , on crée des assignats pour un nouveau milliard (en tout 9 milliards), et l'on établit sur les riches un impôt de 1 00 millions. — Pour diminuer encore l'agiotage et simplifier la comptabilité, on supprime les rentes viagères dues par l'État, en les remplaçant par des rentes perpétuelles, en conservant les petites rentes viagères et celles dues à des vieillards. Les aglbteurs se récrient contre cette mesure : mais, comme elle est évidemment utile, elle ne s'en exécute pas moins malgré leurs criailleries.
Pour repousser la Coalition , le Comité de Salut public a 1,500,000 hommes et la réquisition des personnes et des ehoses nécessaires. Pour comprimer les complices intérieurs de l'étranger, il a des lois révolutionnaires contre les Suspects , contre les ex-nobles, contre les conspirateurs, contre tous les ennemis de la Révolution. Sans doute le danger n'est plus aussi imminent que l'année précédente : mais les 100,000 Suspects enfermés dans les prisons,les ex-nobles bannis, lesémigrés proscrits, les Prêtres, les Aristocrates, leurs innombrables parents et serviteurs, sont toujours et seront longtemps des ennemis naturels de la Révolution et des alliés de la Coalition ; le danger, en un mot, est toujours et sera longtemps encore immense, effroyable ; et, d'ailleurs, on apprend chaque jour avec douleur et colère que des milliers de Républicains
viennent d'être tués sur les Frontières par les alliés des Aristocrates ; le Peuple souffre et souffrira longtemps d'horribles misères, qui le disposent à d'impitoyables vengeances.
Le Comité se croit donc toujours dans la cruelle nécessité de continuer l'exécution des lois révolutionnaires; et chaque jour, tandis qu'on se bat sur les frontières, qu'on bannit les ex-nobles, qu'on garde en prison les Suspects, qu'on en arrête de nouveaux et qu'on surveille tous ceux qui restent en liberté , on condamne et on exécute ceux qui sont reconnus et déclarés conspirateurs ou ennemis.
Oh ! que ceux qui rendent les révolutions nécessaires sont coupablesenvers l'humanité î Ce sont eux surtout qui sontresponsables de tout le sang que les révolutions versent ensuite pour se défendre î Ce n'est pas seulement quand les révolutions sont déchaînées que les Philanthropes devraient faire entendre leurs cris , c'est surtout quand les Gouvernements commencent à commettre les fautes qui ne peuvent manquer d'amener les révolutions ; car les révolutions ne peuvent manquer à leur tour de tout bouleverser. Les actions qui dans les temps ordinaires sont innocentes deviennent alors nuisibles et criminelles, et les hommes les plus vénérés et les plus précieux en temps de paix peuvent devenir dangereux et coupables en temps de guerre. — Le vénérable Malesherbes périt sur l'échafaud, avec toute sa famille et 22 membres du Parlement. — Le Parlement de Toulouse est immolé presque tout entier.
A l'exemple de François Ier, qui fit condamner comme vo- ' leurs tous ses principaux financiers (T. Iep, p. 1 05), les anciens Fermiers-généraux, accusés d'avoir volé 50 millions au pauvre, sur le sel et le tabac, sont également sacrifiés sans avoir pu croire jadis que leurs gains et leur opulence seraient la cause de leur mort. 32 sont condamnés : l'un d'eux, chimiste célèbre, le riche et savant Lavoisier, demande en vain un sursis de quelques jours pour achever une découverte utile à l'humanité : son supplice immédiat est ordonné , non par mépris pour la science, mais par haine contre ceux qui s'enri-