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PROJET DE TRAHISON DE PICHECHU

s'avancera par Y Ouest , à la tête d'une autre armée d'Émigrés, de Vendéens, de Chouans et d'Anglais... Tous les Royalistes de l'intérieur s'insurgeront en même temps, surtout à Paris. Beaucoup de Députés, de membres du Gouvernement et de fonctionnaires publics les aideront... Le danger est immense assurément; et ce sont les Thermidoriens qui l'amènent... La perte de la République est même certaine si Pichegru se laisse séduire et s'il trahit en joignant son armée à celle du Prince de Condé pour marcher sur Paris.

§ 11. — Projet de trahison de Pichegru.

« Le terrible Comité de Salut public (dit M. Tbiers) n'effraie plus les Généraux et n'a plus ni l'œil ouvert ni la main levée sur eux ; la République , payant ses officiers en assignats , leur donne à peine de quoi satisfaire leurs besoins les plus pressants ; les désordres élevés dans son sein mettent en doute son existence et alarment les ambitieux qui craignent de perdre par sa chute les hautes dignités qu'ils ont acquises. »

Le système de Robespierre et des Jacobins, soit de moralité pour tous, soit de défiance et de sévère justice envers les Généraux, était donc une impérieuse nécessité pour éviter les trahisons et sauver la France! La démoralisation des Thermidoriens est donc un fléau, une peste!

« On sait (continue M. Thiers) que Pichegru aime les femmes et la débauche; que les 4,000 francs qu'il reçoit par mois, en assignats valant à peine 200 francs sur la frontière , ne peuvent lui suffire ; qu'il est dégoûté de servir un Gouvernement chancelant; et qu'il a combattu les patriotes aux Champs-Élysées le 2 prairial. Toutes ces circonstances font penser que Pichegru serait peut-être accessible à des offres brillantes. »

Oh! qu'il faut se défier des Généraux et des Chefs quelconques qui ont de grands besoins, qui aiment la débauche et l'argent ! Oh ! qu'il est vrai que la frugalité est la première garantie de la fidélité ! Oh ! qu'un général débauché est criminel et près d'être un traître! Combien le Peuple avait raison d'apprécier, d'admirer et d'aimer rtncorrupti6/e Robespierre!

Le Prince de Condé, résolu de tenter la séduction sur Pit. iv. 16

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chOgru, emploie M. de Montgaillurd , qui emploie Fauche- Bord, libraire à Neufchâtel, qui panient à lui, à Altkirch. sous prétexte de lui dédier un manuscrit. Muni d'une lettre du Prince, il lui offre le grade de Maréchal, le Gouvernement de F Alsace , un million en argent, le château et le parc de i'hambord avec 12 pièces de canon prises sur les Autrichiens, et une pension de 100,000 francs réversible sur sa femme et ses enfants. On lui offre la conservation de tous les grades pour ses officiers, une pension pour les Commandants de places qui trahiront, et l'exemption d'impôts pendant loans pour les villes qui ouvriront leurs portes. On voit combien la séduction est dangereuse ! car la Coalition peut choisir entre 20 Généraux celui à qui elle offrira de pareils avantages et môme de beaucoup plus grands s'il est nécessaire T tandis que la République ne peut pas en offrir de semblables à chacun des 20 Généraux qui peuvent être séduits!

Pichegru accepte : mais on lui demande d'arborer le drapeau blanc, de livrer Huningue et de marcher sur Parisavec le Prince de Condé, tandis que Pichegru demande qu'on lui livre le passageduRhin pour qu'il se transporte comme vainqueur en Allemagne avec son armée , promettant d aborer alors le drapeau blanc, de consommer plus facilement sa trahison, de livrer Huningue, de repasser le Rhin avec les deux armées réunies, et démarcher ainsi sur Paris, mais se réservant secrètement (dit M. Thiers) de trahir le Prince ou la République suivant les circonstances et son intérêt... Oh! l'infâme ! l'infûme! qu'un Général peut être criminel et funeste, après avoir d'abord acquis de la gloire et rendu de grands services à sa patrie! que Robespierre et les Jacobins avaient raison d'être si déliants et si sévères envers les Généraux !

Mais beaucoup de pourparlers, de lettres, de voyages, deviennent nécessaires pour aplanir toutes les difficultés et se mettre d'accord : pendant ce temps, Pichegru s'aperçoit qu'il est surveillé par les Représentants ; et il est forcé d'ajourner «a trahison; car, heureusement, la trahison est difficile.

NOUVEAUX PllÉPARATIFS £X VEXDKE.

$ 12. — Mort de Louis XVII. — Louis XVIII.

C'est alors (8 juin) que meurt au Temple, d'une tumeur au genou provenant d'un vice scrofuleux, le fils de Louis XVI appelé Louis XVII par les Royalistes. Quelques-uns le disent empoisonné; d'autres prétendent et croient que l'enfant mort au Temple d'une tumeur au genou était un enfant substitué ; que le véritable Dauphin a été délivré par des serviteurs dévoués et conduit à son oncle; et que celui-ci, dénaturé par l'ambition, l'a fait mourir secrètement ou l'a fait élever sous un autre nom, en supprimant sa qualité et son état. Cette opinion est très-honorable pour les oncles du Dauphin ! Le fait est qu'on verra 4 ou 5 prétendants au titre de Dauphin ou de Louis XVII ; mais aucun ne pourra rien prouver.

Le Régent, Monsieur, qui se trouve toujours à Vérone, prend alors le titre de Roi et s'appelle Louis XVIII. Le Comte d'Artois prend le titre de Monsieur. Et l'on devine combien vont s'augmenter l'espoir et l'activité des Royalistes!

$ 13. — Nouveaux préparatifs en Vendée , etc.

Rappelons-nous que, pour faire la paix, les Chefs Vendéens et Chouans ont obtenu qu'ils organiseraient partout des compagnies territoriales ou cantonales. La Vendée et la Bretagne sont couvertes de ces compagnies , composées des hommes les plus enclins à la guerre , portant maintenant un uniforme (habit et pantalon verts, collet noir, gilet rouge). Rappelons-nous aussi que les Royalistes et les Émigrés, peu confiants dans les promesses et les vues du Ministère anglais, préfèrent agir avec le secours du Bourbon d'Espagne en concentrant toutes les forces en Vendée, sous le commandement de Charette, près duquel doit se rendre Louis XVHl, tandis que Pitt veut opérer une descente en Bretagne sous le commandement de Puisaye et du Comte d'Artois.

Côrmatin, beaucoup de Chefs de Chouans, et même deux émissaires de Puisaye (qui le trahissent), consentent à suivre

2fi

CONVENTION. — I7i)5.

la direction deCharette et de Louis XV11I; d'autres préfèrent celle de Puisaye et du comte d'Artois ; mais tous, en Bretagne comme en Vendée, sont prêts à recommencer l'insurrection, attendant avec impatience les Princes avec les Espagnols ou les Anglais. . . Ils font même tous leurs efforts pour débaucher les soldats républicains ; et les Thermidoriens font si bien, en laissant l'armée mourir de faim et enenvoyant des Régiments Bretons en Bretagne (comme si la trahison était dansleGouvernement même), que beaucoup de soldats désertent pour rejoindre les Chouans, leurs compatriotes, et pour être sûrs d'être nourris... Et tandis que les Royalistes ne dissimulent plus leur joie, leurs projets et leurs préparatifs, tout ce qu'il y a de patriotes en Bretagne et en Vendée sont désarmés et arrêtés par ordre des Thermidoriens, comme s'ils voulaient la contre-révolution !

C'est en vain qu'Hoche écrit au Comité que la prétendue pacification est une insigne duperie, que la République est jouée, et que tout annonce une prochaine reprise des hostilités... Ces Thermidoriens sont bien incapables s'ils ne sont pas traîtres! Ils ne pacifient la Vendée, la Bretagne, Lyon, Toulon , que pour donner aux Royalistes le temps et les moyens d'égorger les patriotes ï

Instruit, par des lettres interceptées, que Cormatin doit arriver à Rennes, un jour de foire, avec une foule de Chouans déguisés, pour tenter de s'emparer de l'Arsenal, il le fait arrêter, le 6 prairial, avec ses principaux complices, et les envoie à Cherbourg.— Puis, le chevalier Desilz se soulève dans le Morbihan ; mais il est aussitôt écrasé , et périt dans le combat avec 300 de ses Chouans. — Bois-Hardi, le plus redoutable des chefs, se soulève aussi dans les Côtes-du-Nord ; mais il est aussitôt battu, pris et tué... — Et les autres chefs . attendent l'arrivée des Espagnols ou des Anglais.

^ 14. — Préparatifs de l'expédition anglaise pour la Bretagne.

Pitt a promis à Puisaye des régiments d'Émigrés et un matériel considérable pour tenter le débarquement en Bretagne ;

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