EXPÉDITION ANGLAISE POUR LA BRETAGNE
il lui promet toutes les ressources de 1* Angleterre si l'expédition a d'abord du succès. Tous les régiments d'Émigrés qui sont sur le continent étant à la solde de l'Angleterre et portant sa cocarde noire, Pitt a le droit d'en disposer, et se prépare à les prendre tous à l'embouchure de l'Elbe pour les transporter en Bretagne, excepté les régiments du Prince de Condé, qui restent sur le Rhin pour envahir en même temps la Franche-Comté.
La plupart des Émigrés qui sont en Angleterre ne voulant plus servir que dans leurs grades, on ne peut y trouver qu'un régiment émigré, celui de la Châtre, réduit à 400 hommes. Pitt offre aussi de solder neuf autres régiments français qui seront organisés et composés de déserteurs ou de prisonniers, à qui l'on donnera la cocarde blanche. Mais on ne peut avoir des déserteurs, et l'on peut à peine former trois régiments incomplets (ceux d'Hervilly, d'Hector et de Dresnay), avec des réfugis Toulonnais, quelques centaines de marins prisonniers ou émigrés , et un corps de 400 canonniers, qui ont été forcés de quitter Toulon.
Quant à la foule des Émigrés qui ne veulent servir que dans leurs grades et qui ne peuvent composer des régiments, on les envoie dans l'île de Jersey, pour y former des cadres qui seront remplis en Bretagne.
Pitt promet une somme considérable ; et Puisaye, autorisé par les Princes français , fait fabriquer, en Angleterre , de faux assignats pour 3 milliards , dont il inondera la Bretagne et la Franee... Mais n'est-ce pas un crime énorme de la part des Princes et de Pitt envers la malheureuse France ? Que de désordres et de ruines peuvent sortir de cette infernale fabrication ! Criez donc, criez contre Robespierre et les Jacobins pour leurs mesures de salut de la Patrie!
Le Comte d'Artois et Pitt donnent à Puisaye le commandement de l'expédition , et au Comte d'Hervilly la direction jusqu'au moment où la descente sera opérée.
Trois détachements doivent partir en même temps, l'un
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pour aller prendre les régiments d'Émigrés à l'embouchure de l'Elbe, l'autre pour transporter en Bretagne Puisaye et ses cinq régiments incomplets, le troisième pour prendre à Jersey les cadres d'Émigrés et les transporter à Saint-Main (qui doit être livré par trahison) ou auprès de Puisave.
Si cette première expédition peut s'emparer d'un port quelconque, une seconde expédition lui portera le Comte d'Artois, une armée anglaise et un nouveau matériel.
\ 13. » — Expédition de Qaiberon.
Puisaye part d'Angleterre pour la baie de Quiberon , au sud de la Bretagne, vers la fin de prairial (ou de juin), sur une escadre commandée par l'amiral Warren , emmenant avec lui un Clergé nombreux et quarante Gentilshommes dont les noms doivent entraîner la population , et parmi les quels se trouve le Comte de Vauban.
Le 5 messidor (23 juin) l'escadre anglaise rencontre l'escadre française qui lui fait courir grand risque ; mais une autre escadre anglaise vient à son secours et force l'escadre française à rentrer à Brest, après avoir perdu trois vaisseaux . L'expédition arrive dans la baie de Quiberon le 7 messidor (25 juin) et débarque le surlendemain.
La baie est formée, d'un côté par la cote, de l'autre par une presqu'île longue de deux lieues , large d'une lieue , jointe au Continent par une langue de sable beaucoup plus étroite appelée la Falaise. Entre la presqu'île et la Falaise est le fort Penthièvre, ayant une garnison de 700 hommes.
A l'instant accourent quatre chefs de Chouans, notamment Georges Cadoudal, avec 4 à 5,000 hommes, et 10,000 en deux jours , auxquels on donne des habits rouges et des armes. En deux jours aussi le bruit du débarquement est répandu dans toute la Bretagne et dans toute la Vendée; toute la population frémit; et, si l'insurrection est bien conduite, la République pourra courir un immense péril par la faute ou plutôt par la trahison des Thermidoriens.
EXPEDITION DE QUIBEHOX. 247
Le 15 messidor (3 juillet), les 700 hommes qui gardent le Tort Penthièvre, manquant de pain depuis trois jours, foudroyés parl'escadre,inenacésd'un assaut, se rendent à Puisaye,etsont tellement malheureux et mécontents qu'ils consentent à s'enrôler sous son drapeau. Jugez de la joie des Royalistes dans toute la France, et de l'effroi des patriotes I
Mais la division éclate aussitôt entre Puisaye et d'IIervilly qui se disputent le commandement, entré ceux qui préfèrent la Vendée à la Bretagne et ceux qui préfèrent la Bretagne à la Vendée, même entré les Émigrés et les Chouans. L'Agence royaliste va bien plus loin : elle dit que l'expédition anglaise est fallacieuse et funeste; que Pitt veut faire proclamer le Duc d'York et faire en Bretagne comme à Toulon ; qu'il faut forcer Puisaye à se rembarquer pour aller descendre en Vendée. Aussi, quand les cadres d'Émigrés arrivent de Jersey sur les côtes septentrionales de la Bretagne, sans pouvoir entrer à Saint-Malo, l'Agence royaliste les empêche de rejoindre Puisaye et les dirige sur Saint-Brieuc.
D'un autre côté, la Convention envoie de suite deux nouveaux Représentants extraordinaires, Tallien et Blad, et prouve ainsi (dit M. Thiers) que les Thermidoriens sont aussi opposés au Royalisme qu'à la Terreur. Mais cela ne prouve rien, pas plus que le passage du Rhin par Pichegru n'aurait prouvé qu'il ne s'entendait pas avec le Prince de Condé. Les Royalistes se vantent depuis longtemps que Tallien, gagné par sa femme, la Cabarus, est vendu pour favoriser la Restauration par le secours Espagnol et parla Vendée.
Rs se vantent aussi d'avoir gagné le Général Hoche, emprisonné comme Suspect avant le 9 thermidor, et délivré par les Thermidoriens; et certainement ils lui ont fait les plus belles propositions comme à Pichegru et à Canclaux ; très-probablement ils ont l'espérance qu'il se décidera pour la Royauté ; et s'il veut trahir en effet comme Pichegru veut le faire, la Révolution est perdue par la faute des Thermidoriens... Mais Hoche veut rester fidèle à ses devoirs; et quand même Tallien et d'autres voudraient trahir, seul il pourra déjouer toutes les trahisons et sauver la République.
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Bientôt il s'avance avec 5 à 6,000 hommes, et force les Emigrés et les CUouans (près de 20,000) à rentrer dans la presqu'île au-delà du fort Penthièvre. — Bientôt arrivent les Emigrés embarqués à l'embouchure de l'Elbe, au nombre de 1 ,100, sous le commandement de M. de Sombreuil.
Nous passons les détails...' Après une tentative de Puisaye pour sortir de la presqu'île, le fort Penthièvre est repris par Hoche dans une surprise nocturne facilitée par l'ancienne garnison, le 2 thermidor (20 juillet).— Sans s'arrêter dans le fort, Hoche poursuit les Émigrés et les Chouans dans la presqu'île, pour les empêcher de se rembarquer, et pour les prendie, ou les tuer ou les jeter à la mer.
(Juel alïreux spectacle présente alors cette presqu'île de Quiberon , large d'une lieue et longue de deux, dans laquelle sont entassés 15 ou 20,000 hommes !
L'escadre anglaise, éloignée par un mauvais temps, ne peut que tard s'approcher du rivage pour canonner lesRépublicainsct pour envoyer desembarcations. Beaucoup de malheureux se jettent à la mer et se noient ; beaucoup sont tués dans l'eau par le /êu du r ivage ou parle feu des vaisseaux, dirigé sur les Républicains ; beaucoup périssent après avoir fait de vains efforts pour s'accrocher à des chaloupes déjà surchargées, d'où leurs camarades les repoussent en leur coupant les mains à coups de sabre ; beaucoup succombent en combattant en désespérés ; beaucoup se percent de leurs épées; enfin le rcsle,environ l ,000 Émigrés, acculés àla merau fond de la presqu'île, pressés entre l'abîme et les baïonnettes républicaines , mettent bas les armes dans l'espérance queles Thermidoriens ne leur appliqueront pas la terrible loi contre Témigration... Et ceux que l'escadre peut sauver se retirent dans file d'Ouessant, pour attendre la seconde expédition.
Inutile de dire le désordre, les cris, les divisions nouvelles, que ces événements doivent nécessairement exciter parmi les Royalistes : ils accusent les Anglais de trahison, et Puisaye (qui s'est sauvé) d'être leur complice, tandis que ceux-ci accusent l'Agence royaliste d'avoir dérangé tous leurs plans.
PROCÈS Dt LEBOX.
Telle est cette fameuse expédition de Quiberon. Si d'immenses fautes ne l'avaient pas paralysée, si Louis XYI1I ou le Comte d'Artois l'avaient commandée, la Révolution aurait couru de grands périls (dit M. Thiers), parce que les Thermidoriens n'ont plus V énergie du grand Comité. Quel incendie, en effet, les Émigrés entrant par l'Ouest et par l'Est auraient allumé dans le Midi et dans toute la France, après un an de réaction thermidorienne ! Que de torrents de sang patriote les Royalistes auraient versés, après un an de calomnies contrelesrévolutionnaires ! Que dcmassacres les Compagnies de Jésus auraient ajoutés aux récents massacres de Lyon, d'Avignon, de Tarascon, d'Aix, de Toulon et de Marseille!
Voilà les effroyables calamités auxquelles les Thermidoriens exposaient la France , tandis que Robespierre et les Jacobins l'en ont et l'en auraient préservée par leur énergie ! Voilà la preuve encore de l'indispensable nécessité de l'ancien système révolutionnaire à son époque !
§ 16. — Procès de X,ebon.
Nous avons déjà parlé de Lebon, envoyé comme Représentant du Peuple à Arras (p. 55). Arrêté dès le 15 thermidor (2 août), ce n'est que le 22 messidor suivant (10 juillet 1795), qu'il est décrété d'accusation, après un long débat. Accusé comme complice de Robespierre, il déclare que celuici voulait le faire fusiller (tant il désapprouvait ses exécutions !) et qu'il n'a rien fait qu'avec l'autorisation et l'approbation de Carnot,Robert-Lindet, Rarrère et Rillaud.il se plaint qu'on lui ait enlevé trois paniers de papiersqui le justifieraient et parmi lesquels se trouvaient les deux arrêtés suivants, reçus du Comité de Salut public, auquel il avait demandé s'il pouvait poursuivre des crimes antérieursàl'amnisftede 1791.
« Le Comité de Salut public, citoyen collègue, vous observe, qu'in vesti de pouvoirs illimités, vous devez prendre dans votre énergie toutes les mesures commandées pour le salut de la Patrie... Continuez votre attitude révolutionnaire ; l'amnistie prononcée lors de la Constitution Capétienne , et invoquée par tous les scélérats , est un crime
qui ne peut en couvrir d'autres... Les forfaits ne se rachètent point contre une République; ils s'expient sous le glaive. Le tyran* l'invoqua „ le tyran fut frappé. Les dénonciateurs ont bien mérité de la Nation... Secouez sur tes traîtres le flambeau et le glaive... Marchez toujours, citoyen collègue, sur la ligne révolutionnaire que vous suivez avec courage. Le Comité applaudit à vos travaux. — Salut et fraternité. — Signé, Billaud- Varennes, Carnot, Barrère. -
Voici le second arrêté invoqué par Lebon : • Le Comité de Salut public applaudit aux mesures que vous avez prises. Toutes ces mesures sont permises , et commandées par votre mission. Rien ne doit faire obstacle à votre marche révolutionnaire. Abandonnez-vous à votre énergie : vos pouvoirs sont illimités. Tout ce que vous jugerez convenable au Salut de la Patrie , vous pouvez, vous devez l'exécuter sur-le-champ... Nous vous adressons un arrêté du Comité de Salut public, qui étend votre commission aux départements voisins... Armé de ces moyens et de votre énergie* continuez à renverser sur eux-mêmes les projets des ennemis de la République. — Salut et fraternité. — Signé Billaud- Varennes. — Les membres du Comité de Salut public chargés de la correspondance , signé Carnot, Barrère, Robebt-Lfndet. »
Ainsi, Robespierre désapprouvait Lebon-, etCarnot(quisc vante de s'être levé le premier contre Robespierre), Robert- Lindet (qui a concouru à le renverser), Billaud (son furieux ennemi), Barrère (qui s'est vanté de l'avoir engagé à prononcer son discours du 8 thermidor pour accélérer sa perte), ces quatre Dictateurs encourageaint l'énergie de Lebon.
Mais c'est en vainque Lebon invoque l'approbation et les ordres de Carnot; c'est en vain qu'il appelle Robespierre un infâme : envoyé devant le tribunal d'Àrras, il y sera condamné à mort le 17 vendémiaire , et périra sur i'échafaud.
§ 17. — Anniversaire du 9 Thermidor.
Mais les Thermidoriens ne peuvent jamais reconnaître que Robespierre et les Jacobins n'étaient pas criminels, et qu'ils ont eux-mêmes commis un crime en les assassinant : il faut nécessairement qu'ils continuent la calomnie ; ilfautcélébrer l'anniversaire du 9 thermidor comme celui du triomphe de la République sur la tyrannie, et de l'humanité sur la barbarie ; il faut vanter l'infâme, l'exécrable Tallien comme un héros.