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PAIX AVEC L' ESPAGNE

Cependant, ce jour est désormais un jour de deuil pour le Peuple détrompé et opprimé.

C'est donc dans l'enceinte de la Convention que se célèbre la fête, en costumes pompeux, au milieu de la musique et des chants. . . Courtois lit un rapport sur la journée du 9 thermidor, et condamne ou calomnie Robespierre à la même tribune où ce martyr de la cause populaire s'écriait en vain : Président des assassins , donne-moi donc la parole!

Tallien, qui s'est hâté d'arriver la veille pour triompher au milieu de ses complices, fait ensuite un rapport surQuiberon, et recueille de bruyants applaudissements de tout l'Etat-ma jor thermidorien, réuni dans la salle et les tribunes.

Puis, l'ex-garçon imprimeur, engraissé du sang du Peuple, enrichi de ses dépouilles, dont l'incorruptible Robespierre voulait punir les cruautés et les pillages, donne un banquet aux principaux Girondins (Lanjuinais, Louvet, etc.) réunis aux Thermidoriens.— Lanjuinais porte un toast aux Députés courageux qui ont abattu la tyrannie, — Tallien (qui fit exécuter Birotteau et qui regrettait alors de ne pouvoir tuer les Girondins desa propre main) en porte un second aux 73, aux 22 , aux Députés victimes de la Terreur. — Louvet ajoute : A leur union intime avec les hommes du 9 thermidor!

$ 18. — Paix avec l'Espagne.

Vous vous étonnez peut-être de n'avoir pas encore vu l'escadre Espagnole amener Louis XVIII en Vendée ; mais tandis que Y Agence royaliste annonce chaque jour son arrivée, Moncey continue ses progrès en Biscaye , prend Bilbao et Vittoria , et va bientôt prendre Pampelune ; et, pour l'arrêter, le Bourbon d'Espagne ne trouve aucun autre remède que de signer la paix à Bâle, le 24 messidor (12 juillet), et reconnaît la République, en lui cédant le territoire qu'il possède à Saint-Domingue.

Jugez de la douleur des Royalistes qui perdent un si précieux appui, et de la joie des Républicains qui peuvent utiliser ailleurs deux armées aguerries et victorieuses !

$19.-1*. Thermidorien* fusillent les 1,00© Émigrés

• • prisonniers •

Que va-t-on faire des 1 ,000 Émigrés prisonniers ? La force que donnent la victoire de Quiberon et la paix avec l'Espagne portera-t-elle les vainqueurs à F indulgence ?

• Beaucoup de sollicitations sont adressées aux Comités , dit M. Thiers ; mais, dans la situation présente, les sauver est impossible. Les Républicains disent que le Gouvernement veut rappeler les Emigrés, leur rendre leurs biens et rétablir la Royauté ; les Royalistes soutiennent la môme chose ; ils disent que leurs amis gouvernent , et ils deviennent d'autant plus audacieux qu'ils espèrent davantage. Témoigner la moindre indulgence dans cette occasion , c'est justifier les craintes des uns , les folles espérances des autres ; c'est mettre les Républicains au désespoir et encourager les Royalistes aux plus hardies tentatives. Le Comité de Salut public ( thermidorien ) ordonné donc l'application des lois; et, certes, il n'y a pas de Montagnards dans son sein ; mais il sent Y m possibilité défaire autrement... moins menacée par des ennemis de toute espèce et surtout parleurs propres complices , la République pourrait faire grâce aux Émigrés ; mais , dans les circonstances présentes , elle ne le peut pas. »

Et tous les Émigrés prisonniers sont froidement fusillés par ordre des Thermidoriens et des Girondins.

Les Thermidoriens reconnaissent donc les nécessités des circonstances ! Ils subissent donc aussi les possibilités et les impossibilités! Eh bien, les Émigrés, les Royalistes, les Suspects, les Vendéens , tous complices de la Coalition, et la Coalition elle-même, étaient-ils moins menaçants depuis le 10 août au 9 thermidor? La République était-elle moins menacée? Le danger était-il moins effrayant et moins imminent qu'après la rassurante victoire de Quiberon et la paix avec la Prusse et l'Espagne? L'énergie n'était-elle pas autant unenécessité pour Robespierre et les Jacobins? L'indulgence ne pouvait-elle pas être aussi pour eux une impossibilité? Comment peut-on appeler criminelles les mesures révolutionnaires, quand on appelle légitime et nécessaire la fusillade de 1 ,000 Seigneurs prisonniers ?

Oui, nous le proclamons hautement, excuser la fusillade

lMRlGLfcS ROYALISTES DANS LtS SIXTIOKS. 2ô3

de ces 1 ,000 prisonniers et condamner la Terreur, c'est la plus manifeste des inconséquences et des injustices.

§ 20. — Invasion en Allemagne.

Le passage du Rhin offrait de grandes difficultés pour Farinée française; mais Jour dan parvient enfin à le franchir le 20 fructidor (6 septembre) et marche sur Francfort, tandis que PichegruXe franchit plus haut et s'empare de Manheim.

Voilà donc la République qui maintenant fait une invasion en Allemagne!... Pourvu que Pichcgru ne trahisse pas!

$ 21. — Intrigues royalistes dans les Sections.

- Lc3 passions les plus vives , dit M. Thicrs , fermentent dans les Sections : on n'y est pas royaliste, mais on sert le royalisme sans s'en douter. On s'est attaché à combattre les terroristes ; on veut persécuter aussi ; on s'irrite contre la Convention qui ne veut pas laisser pousser la persécution trop loin. On est toujours prôt à se souvenir que la Terreur est sortie de son sein ; on lui demande une Constitution et la fin de sa longue Dictature. La plupart des hommes qui réclament tout cela ne songent guère aux Bourbons ; c'est le riche Tiers-État de 89 ; ce sont des négociants , des marchands , des propriétaires , des avocats , des écrivains, qui veulent enfin l'établissement des lois et la jouissance de leurs droits; — ce sont les jeunes gens, sincèrement Républicains , mais aveuglés par leur ardeur contre le régime révolutionnaire ; ce sont beaucoup d'ambitieux , écrivains de journaux ou orateurs de Sections , qui , pour prendre aussi leur place , désirent que la Convention se retire devant eux. »

Tout cela forme la Bourgeoisie; la Bourgeoisie est donjc Républicaine: mais elle se montre vindicative, persécutrice, ambitieuse et anarchique, elle qui crie tant contre le Peuple!

Les Royalistes, des Émigrés et des Prêtres rentrés , dirigés par leur Agence , se cachent derrière cette masse , et la poussent contre les patriotes et contre la Convention.

A ces manœuvres dans les Sections, Y Agence royaliste ajoute des pamphlets et des articles de journaux ; elle redouble ses efforts pour séduire les membres du Gouverne-

cowlxtiox. — 1 70:>.

ment, et se vante d'en avoir effectivement séduit beaucoup. Klle ne néglige rien surtout pour faire rassembler clandestinement à Paris le plus grand nombre possible d'Émigrés.

$ M. — Hcntrée clandestine des Émigrés. — Madame de Staël.

ÎVous avons déjà parlé de la rentrée clandestine des Émigrés ;beaucoupsont déjà revenus, beaucoup rentrent tous les jours, favorisés par les Autorités nouvelles ; presque tous présentent de faux certificats de résidence attestant faussement qu'ils sont restés cachés dans leurs communes , et se font rayer de la liste ; presque tous se rendent à Paris pour solliciter leur radiation ; tous conspirent, intriguent, agitent les Sections.

C'est Madame de Staël, fille de Decker, femme de l'Ambassadeur de Suède, savante, spirituelle, présomptueuse, intrigante, comme nous l'avons déjà vu (T. Il, p. 404), partie le 2 septembre 1792, récemment arrivée avec son mari, qui les protège leplusefïicacement, pareeque ses salons effacent ceux de Madame Tallien , en réunissant tous les Ambassadeurs , tou s les ét ranger s de distinction , tous les hommes renommés par leur esprit, Benjamin Constant notamment. Cette rivale politique de Mesdames Holland et Tallien se dit Républicaine; maisc'estuneRépubliquearistocratiquequ'elle demande ; et, dédaignant le Peu pie, n'aimant que la politesse, Télégance, l'esprit, l'Aristocratie, ccsontlesanciens>'obIes qu'elle juge seuls dignes de gouverner. Aussi emploie-t-elle toute son influence pour faire rappeler ou rayer les Émigrés, et l'on prétend qu'elle veut faire rappeler son ancien amant l'ex-ministrc Narbonne, de Jaucourt et beaucoup d'autres. —Ses intrigues paraissent si dangereuses que Legendre la dénonce à la tribune, et que les journaux commencent à se plaindre des coteries qui se forment autour des Ambassadeurs étrangers. On demande même la suspension des ra diations ; et, si les Thermidoriens ne les suspendent pas encore, ils décrètent du moins que les Émigrés ne pourront venir à Paris pour la solliciter.

parti monarchique dans la convention . 2o">

fi 23. — Parti Monarchique dans la Convention.

On connaît les tentatives de séduction sur Pichegru, sur Canclaux et sur Hoche ; on sait aussi que Y Agence royaliste se vante d'avoir séduit Tallien; elle en donne l'assurance à Louis XVIII qui, dans une lettre saisie, répond au Ducd'Harcourt : - Je ne puis croire que Tallien soit un Royaliste de la bonne espèce ; » mais il parait certain qu'elle Ta acheté, ainsi Rovère et Saladin, fougueux terroristes devenus fougueux réacteurs; il paraît certain aussi que Lanjuinais, Boissyd'Anglas, Henri Larivière, Lesage (d'Eure-et-Loir), désirent une Royauté constitutionnelle à l'Anglaise, et s'entendent avec l'Agence royaliste. Ces Girondins, si prodigues de protestations républicaines, n'étaient donc que des hypocrites, des perfides et des traîtres !

Les 73 Girondins comptent encore plus d'un Monarch'un parmi eux; et les éloges que leur prodiguent journellement les journaux royalistes doivent nécessairement les rendre suspects-; mais ils protestent de leur attachement à la République ; quelques-uns, Louvet surtout, se rapprochent mémo des Thermidoriens, tandis que ceux-ci se rapprochent eux-mêmes des Montagnards.

$ 24. — X*es Thermidoriens se rapprochent des Montagnards.

Plus effrayés chaque jour de l'audace des Royalistes, la masse des Thermidoriens veut se rapprocher des Montagnards. Il est temps ! — Nous venons de voir Legcndre dénoncer Madame de Staël, et la Convention éloigner de Paris les solliciteurs de radiation. D'un autre côté, les Thermidoriens veulent arrêter la persécution» des patriotes. Les Comités mettent en liberté Pache, Bouchotte, Héron, et beaucoup d'autres détenus. On propose même de nommer une Commission qui examinerait tous les détenus pour faire élargir les innocents et faire juger les coupables.— Mais les Sections adressent des réclamations si violentes contre

cette mesure que la Convention décade seulement que toos les détenus seront promptement jugés, ce qui équivaut à un élargi ssement p^tït la presque totalité.

On entend même le rapport demandé depuis longtemps sur toos les Représentants en mission : et Ton décrète Y arrestation de dix de ces anciens Montagnards, notamment celle de Foccné. quoique thermidorien.

« Dan* cet insUnt , dit M. Thters , la Convention a autant de ses membres en prison fjtTaii lemps de la Terreur : ainsi les partisans de la clémence n'ont rien à reprocher, et ont rendu mat pour h mat. •

Alors les deux partis sont quittes? Pourquoi donc toujours en accuser un et l'accuser seul, tandis qu'il a pour excuse le salut public, et que l'autre n'agit que par vengeance!

Maintenant que les Jacobins sont dissous et le Peuple écrasé, rien n'empêche plus les Thermidoriens de déchirer la Constitution de 93 et de la remplacer par une Constitution anti-populaire. On nomme d'abord un Comité pour h préparer.

\ 23. — Comité de Constitution.

(Je Comité se compose de onze membres : Lesage% D*wnou, Boisgy-d'Anglas, Creuzé, Latouche, Berlier, Louret, iMrérellière-Lepraux, Lanjuinais, Durand-Maillanc, Boudin (des Ardennes) et Thibaudeau. — Sieyès refuse d'en faire partie afin de présenter son propre projet.

Suivant Thibaudeau (l'un des membres de ce Comité), quatre des onze Commissaires, Lanjuinais, Boissy-d' Anglas, Durand-Maillane, Lesage, forment un parti Royaliste qui voudrait royaliser la Constitution.

C'est le Royaliste Boissy-d' Anglas qui présente le nouveau projet Constitutionnel le & messidor (23 juin). Il n'est définitivement voté que le 30 thermidor (7 août) ; et deux jours après, l'Assemblée décrète que la Constitution sera soumise à l'acceptation du Peuple le 20 fructidor (6 septembre).

Voyons cette Constitution.

CONSTITUTION THERMIDORIENNE DE LAN III. 267 $ 26. — Constitution thermidorienne et directoriale de l'an 3.

Faite par les Girondins vainqueurs et furieux, coalisés avec les renégats Thermidoriens , après d'hypocrites et perfides protestations de respect pour la Constitution de93, qu'ils ne craignent plus d'appeler un Code atroce et impraticable, la Constitution de lian 3 ne peut manquer d'être Feuillante, Girondine, Bourgeoise, anti-populaire. Elle institue la République comme celle de 03 ; mais elle est infiniment moins démocratique.

Ainsi, tous les Français ne sont plus citoyens; on n'est plus citoyen qu'à la condition de payer une contribution directe, foncière y ou personnelle. — Ainsi, l'Égalité consiste seulement en ce que la loi est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse.

Les Girondins n'y voulaient pas même une Déclaration des droits : mais , forcés par l'opinion publique de conserver cette Déclaration si généralement désirée, ils s'efforcent delà neutraliser autant que possible : elle ne dit plus comme celle de 1793, que le but de la Société est le bonheur commun; elle est accompagnée d'une Déclaration des devoirs, dans laquelle on lit :

« Les obligations de chacun envers la Société consistent à la défendre, à la servir, à vivre soumis aux lois et à respecter ceux qui en sont les organes.

a C'est sur le maintien des propriétés que reposent la culture des terres, toutes les productions, tout le travail et tout Vordre social. »

Tout le mouvement progressif, depuis 89, et surtout depuis 92, vers l'égalité des fortunes, ou du moins vers l'extinction de l'opulence et de la misère, se trouve proscrit par la Constitution ; elle ne dit et ne fait rien pour les pauvres.

Tous les Français âgés de vingt-un ans payant une contribution directe sont citoyens et membres des Assemblées primaires ; tous sont éligibles : nuis ils élisent seulement des Electeurs ; et ce sont les Électeurs élus , réunis en Assem-

liées électorales, qui élisent les Députés. Il suffit d'être citoyen pour être éligible à la Députât ion ; mais pour être élu électeur, il faut être propriétaire , ou usufruitier, ou locataire d'immeubles payant 40 ou 50 francs d'impôt.

ta Corps législatif se compose de 750 Députés : mais il se divise en deux Chambres appelées Conseils, l'un Conseil des cinq-cents, composé de 50Q Députés âgés de trente ans , l'autre Conseil des Anciens , composé de 250 Députés âgés de quarante ans, mariés ou veufs, tous deux renouvelables par tiers chaque année et ne pouvant être dissous. — Le premier a la proposition et la rédaction des lois ; le second la sanction. C'est à peu près le système des deux Chambres anciennement préparé par Sieyès, Lafayette, etc.

Chaque projet doit être lu trois fois , à dix jours d'intervalle, ayant la délibération, excepté dans les cas d'urgence, reconnue par le Conseil des Anciens.— C'est ce Conseil qui tixe et change à volonté la résidence du Corps législatif.— Chaque Conseil a une Garde.— La législature est incompatible avec toute autre fonction publique. — Chaque législateur reçoit une indemnité. — Aucun corps de troupes ne peut approcher moins de 12 lieues du Corps législatif.

Les Assemblées primaires et électorales se réunissent de plein droit, chaque année, les 1er et 20 germinal.— Le Corps législatif se réunit le 1er prairial.— Chaque Conseil élit son Président pour un mois.

Le Pouvoir exécutif est confié à un Directoire composé de 5 Directeurs Agés de 40 ans , élus par le Corps législatif, renouvelables par cinquième tous les ans. — Ce Directoire est subordonné et responsable. Il est chargé de faire exécuter les lois par des Ministres et d'autres agents, tous responsables; il dispose de Formée et négocie avec les Puissances étrangères : maisle Corps législatif seul peut déclarer la guerre et ratifier les traités. — 11 a aussi une Garde.

En corrompant I2f> membres du Conseil des Anciens, le Directoire sera maître de tout.

DÉPIT DE SEBYÈ8. 259

Le pouvoir judiciaire et le pouvoir administratif sont électifs, comme dans les Constitutions précédentes : mais les Assemblées Communales et de Sections sont supprimées ; toutes associations sous le titre de Sociétés populaires ou avec des conditions d'admission , sont interdites ; en sorte que le Peuple n'a plus aucune discussion, mais seulement un premier degré d'élection.

La liberté de la presse (qui intéresse la Bourgeoisie et l'Aristocratie plus que le Peuple) est illimitée ; la liberté des cultes est également protégée pour tous, sans qu'aucun sbit salarié ni nationalisé; et, pour rassurer et consolider la Révolution , les Émigrés sont bannis à perpétuité, l'irrévocabilité des ventes de biens nationaux est garantie.

La Constitution peut être révisée, quand le Conseil des Anciens déclare cette révision nécessaire, et neuf ans après cette déclaration.

Telle est cette Constitution de l'an 3. Il n'est pas douteux qu'elle est un acte d'usurpation et de tyrannie, de la part des Girondins et des Thermidoriens, puisque la Constitution de 93 a été votée par la Représentation nationale . acceptée par laNation , jurée et invoquée par la Convention , et toujours demandée parle Peuple, qui n'a donné son sang qu'à cette condition. Il n'estpas douteux que le Peuple rejetterait cette nouvelle Constitution s'il était libre de le faire. Mais, dans la situation désastreuse où les Girondins et les Thermidoriens ont placé le pays , le Peuple est forcé d accepter cette Constitution pour éviter la restauration de la Royauté. Ce n'en est pas moins un premier pas vers cette restauration.

(j 27. — Bepit de Si*yè«.

Le 2 thermidor, après un long discours, Sieyès a présenté un autre projet de Constitution contenant : 1° un Gouvernement de 7 membres proposant et exécutant ; 2° un Tribunal discutant: 3° une Législature jugeant et décrétant sans discussion; 4° un Jury conslitutUmnaireou conservateur. Mais,

2(Ï0 CONVENTION . — I70.r>.

«près discussion, ce projet a été rejeté; et le dépit de Sieyè* r été tellement manifeste qu'un Député a dit à son voisin D*\bret (qui le rapporte dans une notice publiée par lui) :

« Ce faiseur d'utopies est tellement orgueilleux, tellement tenace ri ans ses idées, que, si d'un projet par Ini présenté on retranchait une virgule, il n'bé6iterait pas, s" il. en avait l'occasion et les moyens, à faire une révolution pour rétablir la virgule. »

Tout prouvera que dès ce moment Sieyès travaillera effectivement à renverser cette Constitution pour y substituer la sienne par tous les moyens, sans reculer devant aucun. 11 refusera d'entrer au Directoire à son origine, parce que lescirconstances ne lui permettraient pas une révolution si prochaine ; mais il y entrera dans quatre ans , parce qu'il lui sera plus facile d'exécuter la révolution du 18 brumaire pour reproduire sa Constitution favorite.

$ 28. — Ruptures entre les Thermidoriens et les Royalistes.

Beaucoup de Girondins sont royalistes violents, quoique cachés ; la masse Girondine incline certainement au Royalisme-, plusieu rs Thermidoriens sont aveu glément vendus aux Bourbons; et si les autres Thermidoriens, Tallien, Fréron, Fottché, etc., étaientbien sûrs de n'être jamais repoussés et proscrits par les Royalistes , H n'est presque pas douteux qu'ils persévéreraient dans leur trahison et favoriseraient dé- Iktrtivefnent la restauration : mais les Royalistes sont si vindicatifs, si violents et si perlides en même temps, que Tallien <et ses amis redoutent d'être punis par eux , comme ils redoutaient d'être punis par Robespierre : et , par intérêt personnel , ils veulent conserver la République.

« Ne voyez-vous pas, dit Dubois-Crancé, que les meneurs d'aujourd'hui ont le môme système que ceux .d'autrefois, celui d'une entière destruction de la Représentation nationale ? Lisez la Quotidienne du jour : à peine Irouvc-t-clle vingt Députés dignes de son estime. Il est donc^bien démontré que ce n'est point aux actions que Ton déclare la guerre, mais aux opinions, mais au gouvernement. Ke prenez pas le change sur le terrorisme que l'on vons.dit prêt à renaître : il est des

déchets (;o>S!rruTio.VNfci,s. 261

Uomuies pour qui vous êtes tous dés terroristes, car tous voua ave* déclaré le Roi coupable de trahison et voté la République. »

C'est ce danger qui a porté les Thermidoriens à faire la Constitution républicaine; et maintenant que les Royalistes ne dissimulent plus leur colèreet leurs projets de vengeance, c'est la guerre entre eux et les Thermidoriens.

Les Sections Royalistes et leurs jo urnaux demandent que tous les prisonniers soient jugés par la Commission militaire et que la Convention achève de s'épurer en chassant de son sein tous les Montagnards. La Droite de l'Assemblée les appuie; le Girondin Henri Larivière répète l'ancien mot des Girondins : « Il n'y a point de paîx possible entre le crime et la vertu. » La Droite demande môme la rentrée des Émigrés partis depuis le 2 septembre. — Mais Louvet , effrayé de la réaction royaliste, s écrie :

« Dussé-je être appelé terroriste, je dirai que nulle composition n'est possible avec les Émigrés; il n'y a pour eux que la mort... Je dirai que les agents de Robespierre ne sont pas les seuls ennemis que yous ayez à surveiller et à frapper... Sans doute c'étaient des hommes de sang ceux qui, sous le régime de Robespierre, envoyaient l'innocence à Téchafaud ; mais ne sout-ce pas des hommes de sang ausii ces affreux Chouans qui, ayant surpris quelques défenseurs de la Pairie, leur ont arraché les yeux avec des tire-bourres? J'en jure par vous, jamais la Terreur ne relèvera ses échafauds ; mais aussi jamais le Terrorisme nouveau, quelles que soient ses exécrables manœuvres, ne parviendra à nous rendre la honte de la Royauté. »

Tallien et Legendre se prononcent aussi contre les Royalistes, et exhortent les Patriotes à l'union et à l'énergie.

§29. — Deux fameux Décrets constitutionnels pour la réélection forcée des deux tiers des Conventionnels.

Le 5 fructidor (22 août), la Convention décide que les <fcwr ftervdesesmerabres seront continuésen fonctions pen- dant un et deux ans , que l'autre tiers seulement sera remplacé, et que ces deux tiers anciens avec le tiers nouveau composeront le nouveau Corps législatif.

Quel est le véritable motif des Conventionnels? On dit que c'est l'intérêt de là Révolution, parce que de nouveaux Députés lui seraient moins dévoués : mais ne suftirait-il pas de permettreaux Électeurs d'élire les ex-Conventionnels s'ils les préféraient à tous autres, comme la Législativea permis d'élire ses membres à la Convention? Ce qui est certain, c'est que les Conventionnels peuvent redouter personnellement une Législature plus populaire ou plus royaliste, et que leur intérêt personnel réclame leur continuation au pouvoir. Qu'ils n'oppriment pas le Peuple, qu'ils ne favorisent pas les royalistes, qu'ils laissent les élections parfaitement libres , et le nouveau Corps législatif sera certainement républicain et démocratique : mais c'est évidemment leur sécurité personnelle qu'ils recherchent, c'est un milieu qu'ils désirent; c'est le triomphe de la Bourgeoisie qu'ils veulent assurer ; c'est un reste de Dictature et de Despotisme qu'ils exercent après avoir tant crié contre la Dictature de Robespierre.

Il est vrai qu'ils vont soumettre ce Décret aux Assemblées primaires : mais ils en rendent l'acceptation presque forcée, comme nous le verrons tout-à-I'heure, en laissant aux Royalistes prendre tant d'audace qu'ils repoussent cette mesure afin d'avoir des Députés encore plus dévoués à la Royauté.

Le 13 fructidor (30 août), un second Décret décide que les deux tiers à conserver seront choisis, non par la Convention elle-même, mais par les Assemblées électorales.

On déclare inéligibles tous les Montagnards décrétés d'ar restation, au nombre de soixante-huit.

Ondécideaussi que les Assemblées primaires, qui se réuniront le 20 fructidor ( 6 septembre) , dans sept jours , pour accepter la Constitution , voteront également sur les deux Décrets. . . Ainsi , le Peuple n'aura pas le temps de rien examiner : on le force de voter en aveugle ! C'est presque dérisoire !

On décideencore que les armées se réuniront, sur le champ de bataille où elles se trouveront, pour voter la Constitution. Enfin, on réunit des troupes dans le camp des Sablons.

FURKl II IlOÏAI.lSTK CO.VTRE CJvS DKCRKTS.

$30. — Fureur royaliste contre ces deux Décrets .

Si le parti Royaliste est le plus influent en France, il pourra écarter de la Convention le tiers Montagnard ou Républicain, trouver dans le reste un tiers Modéré et un tiers presque Royaliste, y joindre un tiers de nouveaux Royalistes ardents, et composer ainsi un nouveau Corps législatif dans lequel il aura un tiers Modéré et deux tiers Royalistes, c'està-dire la majorité. — Si le parti Démocrate est le plus fort, il pourra de même composer une Législature dans laquelle il aura un tiers modéré et deux tiers montagnards, c'est-àdire aussi la majorité. Les deux partis semblent donc n'avoir que peu d'intérêt à repousser les deux Décrets.

Néanmoins les Royalistes et les écrivains, avides de pouvoir, repoussent avec fureur tous ces Conventionnels, qui ce-r pendant, depuis le 9 thermidor, leur rendent tant de services. Dans leur ingratitude, ils ne voient que leur conduite avant le 9 thermidor,etveulentlesexpu!ser tous, Girondinset Thermidoriens, pour les remplacer par des hommes nouveaux.

La cohue des Journalistes donne le signal. Une foule d'ex- Constituants et de littérateurs, Vaublanc, Pastoret, Dupont de Nemours, Quatremère de Quincy, Delalot, Suard, Mordlet, Lacretelle jeune, Fiévée, Laharpe, le Général Miranda, l'Espagnol Marchenna, le chef de l'Agence royaliste Lemaître, accourent à la tribune des Sections et s'efforcent de les soulever par les discours et les pamphlets les plus violents : ils appellent tous les Conventionnels des terroristes, des tyrans, des usurpateurs, des criminels, qui ont couvert la France d'échafauds et qui veulent ramener la Terreur; ils demandent s'il ne vaut pas mieux que la nouvelle Représentation nationale puisse être composée de Députés nouveaux, purs de tous les crimes de la Terreur...

Les Conventionnels méritent bien ces attaques, tous ces reproches, toute cette ingratitude ! Et ces déclamations parviennent si bien à intimider la peureuse Rourgeoisie et à séduire leshonnètes niais, qu'elles entraînent les Sections à repousse

264 CO.WENTKKV. — 1795.

. les Décrets. On convient donc que Ton acceptera la Constitution, mais qu'on rejettera les Décrets, et qu'on engagera les Assemblées primaires à suivre l'exemple de Paris.

L'Agence royaliste va plus loin : préparant une insurrection, elle propose un plan d'après lequel toutes les Assemblées primaires, après avoir rejeté les Décrets, se proclameront Souveraines, déclareront les pouvoirs de la Convention expirés, se constitueront en permanence, éliront la nouvelle Législature, et ne se dissoudront qu'après la réunion des nou veaux Députés. Ce plan, presque insurrectionnel, est envoyé partout, surtout en Normandie, en Bretagne, à Bordeaux.

Mais l'une des lettres est saisie et lue à la tribune; et la Convention, prévoyant un projet d'insurrection, fait venir quelques troupes (4 à 5,000 hommes) dans le camp des Sablons.—X l'instant, les Sections les plus aristocratiques et royalistes (Lepelletier ou Saint-Thomas, Mail, Butte des Mouli ns, Odéon ,Champs-Ély sées) adressent des pétitions violentes contre l'approche des troupes et contre les Décrets. Ainsi, la Bourgeoisie fait absolument comme le Peuple contre lequel elle déclame si constamment ï Elle reconnaît que le Peuple avait raison de s'insurger contre la Convention pour défendre et conserver sa Constitution de 93 acceptée et jurée.

La Section Lepelletier veut même préparer l'insurrection; et pour organiser un Comité central insurrectionnel, sous prétexte du vote sur la Constitution, elle invite les 48 Sections à nommer chacune un Commissaire pour présenter en commun le vote de Paris : mais la Convention, qui devine son but, casse son arrêté, comme contraire à la loi qui défend aux Assemblées de correspondre entre elles.

§ 31. — Vote sur la Constitution. — Violences Royalistes et Bourgeoises. — Acceptation,.

Les Assemblées primaires sont réunies sur toute la France. A Paris, quelques Sections expulsent violemment les Patriotes qui se présentent pour voter ; d'autres les préviennent

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