‹ 17941830Chapitre 70 sur 118 · JOSÉPHINE. — BONAPARTE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE. — BONAPARTE

• la Révolution était une lutte entre le Roi et la Nation ; que « celle-ci serait la plus forte ; qu'il voulait rester avec elle ; « et que les révolutions étaient un bon temps pour les mi- « litaires qui avaient du courage et de l'esprit. »

Il dira plus tard : « Si j'avais été maréchal-de-camp, j'au-

• rais embrassé le parti de la Cour ; mais, Sous-lieutenant « et sans fortune , j'ai dû me jeter dans la Révolution. -

Retourné en Corse, en congé, il est nommé commandant d'un bataillon de garde nationale soldée pour comprimer le parti qui veut livrer l'île aux Anglais. — Accusé de cruauté envers Ajacio, sa ville natale, pour mériter les faveurs du Gouvernement, il vient à Paris pour se justifier, et assiste, le 20 juin, à l'invasion des Tuileries, qui lui arrache cette exclamation : - Comment a-t-on pu laisser entrer cette can naillelW fallait en balayer 4 à 500 avec du canon, et le - reste courrait encore. » — Nous l'avons vu assister à Tassaut des Tuileries le 10 août (T. III, p. 54). — Il est encore à Paris le 2 septembre , qu'il appelle une fatale conséquence des trahisons de la Cour...

De retour en Corse, il combat Paoli et les Anglais : mais, après leur triomphe et l'incendie de sa maison paternelle à Ajaccio, il est obligé de revenir en France, en 1793, avec toute sa famille, sa mère Letitia, ses frères Joseph , Lucien , Louis, Jérôme, et ses sœurs Êlisa, Pauline , Caroline.

Tandis que ses sœurs sont réduites à travailler à Marseille, ses frères cherchent des emplois pour vivre : Lucien, nommé garde-magasin des subsistances militaires à Saint -Maximin ( Var), épouse la fille d'un ardent révolutionnaire, aubergiste dans cette petite ville, préside le Club des Jacobins, et devient Commissaire des guerres. — Joseph, employé dans les charrois, épouse une des filles de Gary, riche négociant de Marseille, ce qui fait dire à Bonaparte : « Qu'il est heureux ce coquin de Joseph ! » — Bonaparte entre en qualité de Lieutenant dans le 4e d'artillerie, alors à Nice; puis vient à Paris, d'où il repart pour combattre , sous le Général Cartaux, les insurrections Girondines de Marseille et de Toulon .

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Nous avons vu son Souper de Beaucaire (T. III, p. 450). Nous avons vu aussi (T. 111, p. S25 ) qu'il contribue à la reprise de Toulon, contre lequel il dirige l'artillerie, quoique seulement Capitaine, nommé Chef de bataillon en l'absence du Général Dutheil , malade.— Sa conduite à Toulon, qui n'attire nullement alors l'attention publique , lui vaut néanmoins le grade de Général de brigade , commandant l'artillerie de l'armée d'Italie sous Dumcrbion.

C'est là que , pour donner à une maîtresse le spectacle d'une petite guerre, il ordonne une attaque d'avant-poste et fait tuer inutilement quelques braves soldats ; c'est là aussi qu'il se lie avec le Représentant du Peuple Robespierre jeune, dont il partage les principes révolutionnaires et jacobins , qui lui communique les lettres de Maximilien (p. 132), et qui veut l'emmener avec lui quand son frère le rappelle avant le 9 thermidor.

Après la chute de Robespierre, avec lequel il correspondait, les Représentants du Peuple thermidoriens le font arrêter à Nice comme Robespierrisle , et le suspendent de ses fonctions. Puis le réacteur Aubry, ancien Capitaine d'ar « tillerie, Président du Comité militaire, le fait venir à Paris, veut l'envoyer en Vendée comme Général d'infanterie , et , sur son refus, le destitue. — Pontécoulant le fait employer quelque temps, dans les bureaux , à la rédaction des plans de campagne. Bientôt destitué de son nouvel emploi , il offre d'aller en Turquie , avec une mission du Gouvernement , pour former l'artillerie du Sultan contre les Anglais : mais sa demande n'obtient aucune réponse.

Bonaparte, sans fortune, sans traitement , se trouve alors, malgré tous ses talents , réduit au plus entier dénuement , forcé de porter ce que les militaires appellent des bottes à soupapes, ne sachant où dîner , nourri par Junot (destitué comme lui , qui joue au Palais-Royal et qui conduit ses camarades au restaurant quand il gagne), et souvent par un huissier qui, voyant sa détresse, lui a offert de partager sa soupe. Mais l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire forçant la

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Convention à recourir aux Robespien istes et aux Jacobins, qu'elle appelle seulement patriotes, Barras, nommé Général en chef, choisit et se fait donner pour Adjudant ou Aidede-Camp Bonaparte, qu'il a commencé de connaître au siège de Toulon. Nous avons vu ces mitraillades (p. 2G9) qui font donner à Barras et à Bonaparte , par les Royalistes et les Bourgeois, les noms de. grand et petit mitrailleurs.

La Convention le nomme alors Général en second de l'Armée de l'intérieur, dont Barras est Général en chef ; et , de ce moment, ses rapports deviennent intimes avec Barras et ses salons. — Puis Barras, devenant Directeur après le 5 brumaire, fait nommer Bonaparte Général en chef de l'Armée de l'intérieur (p. 294); et le jeune Général parait journellement à la Cour de Barras.

Nous l'avons vu se prononcer contre les Démocrates, qu'il commandait le 1 3 vendémiaire ; fermer le Club du Panthéon ; diriger l'arrestation de Babeuf, etc. , la sanglante affaire du camp de Grenelle et l'arrestation de l'Agence royaliste.

Malgré tous ses services, jeune homme de 27 ans, Officier d'artillerie n'ayant jamais assisté à une bataille rangée, ce n'est pas lui que l'ancienneté , la célébrité et l'opinion publique, appellent à commander en chef l'Armée d'Italie, qui compte une foule de Généraux de division et de brigade plus anciens et plus connus : aussi le Directoire veut-il nommer Moncey. Mais Barras, qui propose à Bonaparte la main de Joséphine et l'expédition d'Italie, le fait préférer à ses concurrents ; et Bonaparte , marié le 9 mars, part le 21, laisse à Paris sa femme qui le rejoindra plus tard, et arrive à Nice le 27 (7 germinal an 4).

Petit, maigre, pâle, à face romaine, l'œil perçant, spirituel , imposant ou séduisant en paroles, plus instruit que les autres Généraux, plus capable comme écrivain, plus actif, plus confiant en lui-même , plus soigneux de sa réputation , plus homme de génie, on le dit aussi plus ambitieux : tant mieux si son ambition a pour but, non son intérêt personnel et celui de sa famille, non la gloire militaire, mais l'aceom-

plissement des grandes idées de la Révolution , la liberté, régalité, la fraternité et le bonheur du Peuple ! Puisse-t-il mériter l'admiration du Monde! Nous Talions voir en Italie.

§ 15. — Conquête de l'Italie.

Nous avons vu le Comité de Salut public créer 14 armées, les animer de l'enthousiasme de la Patrie et de la liberté , et former presque tous les Généraux célèbres, Kellermann , Jourdan , Moreau , Pichegru , Masséna, Kléber, Hoche, Lefevre , Joubert , Marceau , Moncey , Augereau , Pérignon , Dugommier, Championnet.

Les Thermidoriens ayant découragé, désorganisé et ruiné l'armée, le Directoire a été obligé de réclamer une loi contre la désertion , et de reprendre les moyens révolutionnaires pour avoir des vivres en nature, les chevaux de luxe, et le trentième des chevaux de labour.

A peine installé, il a décidé que la campagne de 1796 aurait lieu sur le territoire ennemi, afin que les armées fussent nourries et entretenues aux dépens de l'étranger , et que trois armées marcheraient sur Vienne, deux par l'Allemagne, l'autre par l'Italie, pour forcer l'empereur à la paix. — Jourdan commandera l'armée de Sambre-et-Meuse , au Nord ; Moreau l'armée du Rhin , au centre , en remplacement de Pichegru, démissionnaire ou destitué ; Bonaparte celle d'Italie, au midi. — Carnot dirigera les trois Généraux : mais Ronaparte aura l'avantage d'être seul en Italie , tandis que Moreau et Jourdan auront l'inconvénient d'être deux contre l'archiduc Charles. — Nous verrons plus tard la campagne d'Allemagne : voyons d'abord la campagne d'Italie :

Arrivé à Nice, Bonaparte débute par cette proclamation :

- Soldats , dit-il , vous êtes mal nourris et presque nus. Le Gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous. Votre patience , votre courage , vous honorent , mais ne vous procurent ni avantage ni gloire. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde ; vous y trouverez de grandes villes , de riches provinces ;

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