CONQUÊTE DE L' ITALIE
vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie , raanqueriez-vous de courage ? »
Ainsi, ce n'est plus la Patrie, la France , c'est le Gouvernement que l'armée doit servir et qui doit récompenser l'armée. Ce n'est plus l'amour de la Patrie, de la liberté, de l'égalité, delà fraternité, qui doit être le mobile du soldat; ce sont des avantages personnels , des vivres , des habits , des richesses, la conquête, le butin, et la gloire militaire !
Servi par de vieux soldats aguerris, secondé par les Généraux déjà célèbres, Masséna, Augereau , Championnet, Bernadotte, Serrurier, Joubert , et par des officiers intrépides, Murai, Lannes, Junot , etc., Bonaparte commence aussitôt la campagne avec 42,000 hommes et 60 pièces de canon, contre 30,000 Autrichiens commandés par Beaulieu et 22,000 Piémontais commandés par Colli.
Six jours lui suffisent pour gagner trois batailles à Montenotte, h Millesimo , h Dego, pour tuer 10,000 ennemis et prendre 40 pièces de canon , pour séparer les Piémontais des Autrichiens , pour battre les premiers à Mondovi,en leur prenant 8 canons et 11 drapeaux, et pour forcer le Roi de Sardaigne à la Paix.
Nous ne suivrons pas Bonaparte dans tous ses combats et dans toutes ses victoires : il nous suffit de dire que bientôt les Ducs de Parme et de Modène, le Roi de N'a pies et le Pape, sont forcés de demander la paix , et Beaulieu forcé d'évacuer l'Italie, dont la seule ville de Mantoue résiste encore aux Français qui l'assiègent.
Wurmser, qui remplace Beaulieu, accourt avec une nouvelle armée de 60,000 hommes en trois colonnes ( en septembre) : mais, avec 26,000 hommes seulement , Bonaparte détruit presque entièrement cette armée, en quelques jours ; et Wurmser ne peut en sauver les débris qu'en se jetant avec eux dans Mantoue.
Alvinzi amène (en octobre) une troisième armée Autrichienne de 60,000 hommes : mais Bonaparte la détruit à son tour (en novembre), après le passage du pont d'Arcole,
DIUECTOIUK. — 1797.
après qu'Augereau d'abord, et Bonaparte quelques heures plus tard, conduisant les grenadiers un drapeau à la main, ontétéforcés de se retirer devant la mitraillent queBonaparte a failli périr dans un marais. Mantoue est forcé de capituler.
Nous ne parlons pas du Pape, qui rompt son traité, et qui, battu, écrasé, implore de nouveau la paix et la signe a 7blenlino, sans que les Piètres puissent réaliser un projet d'empoisonnement sur Bonaparte.
Cependant l'archiduc Charles arrive avec une quatrième armée : mais Bonaparte marche sur Vienne à sa rencontre , le repousse, le bat, le poursuit jusqu'à 25 lieues seulement de Vienne, et signe à Léoben une suspension d'armes, le 19 germinal an 5 (7 avril 1797), et des préliminaires de paix, dix jours après. C'est là que , les envoyés de l'empereur offrant de reconnaître la République, Bonaparte leur répond : - La République n'a pas besoin d'être reconnue : elle est « en Kurope comme le soleil sur l'horizon ; tant pis pour » les aveugles qui ne savent ni la voir ni en profiter. * — L'empereur reconnaît la République, ses frontières naturelles jusqu'au Rhin, Indépendance de l'Italie, et l'érection de la Lombardic en JiqmLliquc Cisalpine.
Il parait que le Directoire voudrait reprocher à Bonaparte d'avoir signé les préliminaires de Lvobvnsan* pouvoir, avant l'arrivéedeClarkequi seul avait ses instructions; d'avoir, en signant ainsi précipitamment, dérangé tous les culculset tous les projetsdu Gouvernement, qui donnait alors à Hochcetà Moreau l'ordre de repasser le Rhin et de marcher sur Vienne pour obtenir des conditions plus avantageuses ; d'avoir ainsi privé la France de grands avantages achetés par de grands sacrifices ; de n'avoir consulté que son intérêt personnel en se hâtant de truiter pour ne pas partager avec Hoche et Moreau l'honneur de faire la paix et pour s'éviter le désagrément de rétrograder et d'avouerqu'il avait fait une faute en s'avançant trop tôt sur Vienne. — Mais la population , qui ne connaît ni lescombinaisons et les secrets du Gouvernement , ni lesavantages infiniment plus grands que Bonaparte fait peut-être
CO\yUÈTK l.'il MAE.
perdre par sa précipitation et par son ambition ; la population, qui désire la paix, et qui ne voit que les avantages du traité; la population fait éclater sa joie quand Massina apporte les préliminaires; le Directoire n'ose pas se plaindre ; et les Conseils sont forcés de partager l'enthousiasme populaire et de décréter encore que l'armée d'Italie a bien mérité de la Patrie. Quelques Députés voudraient même qu'on décernât à Bonaparte le surnom $ Italique.
Mais Y Aristocratie Vénitienne a menacé l'armée française, qu'elle appelle une armée de Jacobins; les Piètres, excitant les paysans, ont fait exécuter à Vérone les Pdqws Véronnaises, dans lesquelles plus de iOO Français ont été massacrés : sans consulter ni le Directoire ni les Conseilsr Bonaparte déclare la guerre à Venise; bientôt (le 24 prairial ou 13 mai), la ville est au pouvoir du Général Baraguay d'Hillers; et l'Aristocratie Vénitienne, menacée d'être massacrée par le Peuple, abdique en faveur de la Démocratie. C'est là qu'on surprend le comte d'Entraigues dénoncé par Duverne de Presle comme le correspondant de la conspiration royaliste (p.ç337); c'est là que, par ordre du Directoire, on saisit tous ses papiers.
Là, comme à Parme, comme à Rome, comme partout, Bonaparte fait payer des millions pour indemnité de guerre, et se fait livrer les magnifiques chevaux de Corinthe (qu'on verra sur l'arc-de-triomphe du Carrousel), comme il s'est fait livrer trois cents tableaux et statues qui feront l'ornement du Musée.
Puis, il partage les Peuples et les pays en conquérant : il prend à Venise, pour la France, les îles Ioniennes; il lui prend ses provinces continentales pour les donner à l'Empereur en indemnité de laLombardie ; il détruit la République Cispadane (en deçà du Pô) qu'il avait organisée et composée de Modène, Ferrure, Bologne, Reggio, et donne ces trois dernières villes à Venise pour l'indemniser de ses pertes; il organise enfin la République Cisalpine, qui comprend Modène et la Lombardie et dont la capitale est Milan, en lui
donnant une Constitution modelée sur celle de Tan 3. — Puis il favorise une révolution à Gènes, et sa transformation en République Ligurienne, avec une Constitution pareille.
Pendant ce temps, une expédition, ordonnée par lui, re prend la Corse aux Anglais en expulsant Paoli.
Et quand l'armée d'Italie rentrera en France, le Directoire lui délivrera un drapeau sur lequel on lira en lettres d'or :
« L'armée d'Italie a faiM 50,000 prisonniers; pris H0 drapeaux, 550 pièces de siège , 300 pièces de campagne , 5 équipages de pont , 9 vaisseaux , etc. ; conclu les traités de paix de Tolentino et Campo- Formio ; donné la liberté aux Peuples du nord de l'Italie , de Corcyre, de la mer Égée et d'Ithaque ; envoyé à Paris les chefs-d'œuvre de Michel-Ange , du Guerchin, du Titien, de Paul Véronèse, du Corrége, dePAIbane, des Carraches, de Raphaël, etc. ; triomphé en \S batailles rangées ( Montenote , Millesimo , Mondovi , Lodi , Borghetto , Lonato, Castiglùme, Roveredo , Bassano , SaintrGcorge , Fontana- Niva, Caldxero , Arcole , Rivoli , la Favorite, le Tagliamento , Turwis, Neumarket), et livré 67 combats. »
Pendant cette campagne immortelle, Bonaparte, jeté tout-à-coup sur un grand théâtre, révèle une étonnante réunion de qualités, la décision, la confiance, l'audace, l'activité, la bravoure, un grand talent comme écrivain, comme diplomate, et comme législateur, l'ascendant d'un homme supérieur, enfin du génie.
Ses qualités, ses victoires et ses succès inouïs,éb!ouissent les Généraux, les soldats, les patriotes italiens, la France entière, les ennemis eux-mêmes et l'Europe, car, par un préjugé funeste, la gloire militaire est aux yeux des masses la première de toutes les gloires. Les journaux sont remplis de ses bulletinset de ses proclamations; les éloges qu'il donne adroitement à ses lieutenants et à ses soldats , en exaltant leurs services, en appelant sur eux la reconnaissance de la Patrie, lui font des amis tout en lui laissant la première place ; la presse, la tribune , la France , l'Europe , tout retentit du nom de Bonaparte, tandis que son image paraît partout. Dès le commencement de la campagne , trois décrets déclarent que l'armée d'Italie a bien mérité de la Patrie; une grande
CONQUETE DE I.'lTALÏE.
fête à la Victoire, célébrée dans toutes les Communes, fait éclater l'allégresse et la reconnaissance nationales, renou- 1 velées chaque fois que Murât, Masséna, Augereau, Bernadotte, viennent apporter aux Représentants de la Nation les drapeaux pris à l'ennemi. Un décret lui donne, ainsi qu'à Augereau, le drapeau que chacun d'eux porta sur le pont d'Àrcole au milieu de la mitraille ; en un mot, le conquérantlégislateur est devenu la plus grande renommée et la première popularité de la République.
Malheureusement Bonaparte et le Directoire abandonnent les principes de la Révolution, en inspirant à l'armée et à la Nation le goût des conquêtes, en humiliant les Peuples, aux quels on enlève leurs monuments, en accordant à l'armée le pillage de plusieurs villes, Pavie, Vérone, dans lesquelles les Monts-de-Piété sont principalement pillés, en soutirant que les officiers et soldats prennent l'habitude du faste, de la débauche et de l'orgueil, en permettant que les fournisseurs étalent un luxe scandaleux avec les actrices de l'Italie.
Malheureusement encore Bonaparte, abusant de sa popularité, prend lui-même l'habitude de l'indiscipline et de l'indépendance vis-à-vis le Directoire, ce qui lui rend le succès plus facile qu'aux autres Généraux : sous prétexte d'armistice il fait la paix ; sous d'autres prétextes il fait la guerre ou dépasse ses instructions ; il dispose même illégalement des millions qulil reçoit pour la France; il tient une espèce de Cour dans le palais des Ducs de Lombardie, et l'on dit qu'il veut se faire Duc de Milan.
Aussi le Directoire ne tarde pas à redouter son ambition; il veut lui envoyer Kellermann pour partager le commandement, puis Chrke pour négocier la paix et pour le surveiller; les journaux royalistes lui reprochent sa conduite illégale et révolutionnaire envers Venise et Gênes; on répand même le bruit que le Directoire veut le faire arrêter à cause de son insubordination, et qu'Hoche doit partir pour exécuter l'arrestation; mais Bonaparte refuse Kellermann, gagne Clarke, se plaint des bruits, offre sa démission ; et le
l>!tL4TOl*C — l'at.
Directoire, *\m Uil la faute de ne pas se rendre popaLiîrr afin dêire puissent, encourage pir sa fublesse l'ambilioD du Générai et se* u*uï pations.
! 16. — Campagne de 1796.
Quant aux armées u'Aliem i^ne. Jourdan \*\ end un grand nombre de \ilies, notamment Francfort, marche sur la Bohème, et force les princes de Souabe et de Saxe à ia paix : mais, contraint de se relirer devant des fore, s supérieures, api es aAoîr perdu le jeune et bra\e Général Marctau. il ne rétrograde qu'en forçant l'ennemi à l'admirer encore. — De son côte, Morcau s'avance jusque vers Uni; niais la retraite de Jourdan l'oblige à se retirer lui-même: et c'est en battant toujours l'ennemi qui! opère une retraite qui devient l'objet d'une admiration générale.
- De ce jour-la , dit M. Thiers. Moreau a pour lui tout ce qui préfère les facultés secondaires aux facultés supérieures : et i! faut l'avouer, dans une République , on pardonne presque a ces ennemis du Génie , quand on voit de quoi le Génie peut r>e rendre coupable envers la liberté qui Ta enfanté, nourri , port j au comble de la gloire.»
Les Moralistes, surtout, exaltent Moreau qui ménage ses soldats, et déprécient Itonaparte qui les prodigue.
Quanta la Vendée, Hoche essaie de la pacifier par la douceur autant que par les armes. >"ous avons vu (p. 277) que les Vendéens attendaient une nouvelle expédition anglaise et le Comte d'Artois pour se mettre à leur tète. Une flotte arrive en effet à l'Ile- Dieu, apportant 2,000 Anglais, 500 cavaliers, des cadres de régiments d'Émigrés, des armes, des munitions, des habits et de l'argent. Mais le Comte d'Artois, a qui l'Impératrice de Russie a donné une épée pour combattre, et le Comte de Vauban pour le diriger, reste deux mois sans oser débarquer et se fait rappeler en Angleterre (d'où il se retirera en Ecosse), laissant Charette qui, dans son désespoir, écrit à Louis XVIII : « Sire, la lâcheté de « votre frère a tout perdu. » Ce malheureux Charette s'étnnt levé de nouveau avec 5,000 Vendéens, il est battu par