CAMPAGNE DE
le Général Travol, poursuivi, cerné, pris et fusillé à Nantes le 7 germinal an iv (27 mars 1796). — Sfo//Ic«, cherchant à soulever Y Anjou , est livré par ses compagnons à Hoche et fusillé. — Hoche poursuit ensuite Puisaye dans la Bretagne, bat Georges Cadoudal et anéantit les Chouans. Puis il vient disperser des rassemblements organisés par le comtedeRochecotte dans le Berry , le Bourbonnais, l'Auvergne, la Touraine et rOrléanais.
Quant a l'Angleterre, c'est en vain que le Peuple de Londres demande la paix et la réforme parlementaire ; que la Société de correspondance , assemblée en plein air, rédige des adresses menaçantes ; que la voiture du Roi est assaillie à coups de pierres et que les glaces en sont brisées ; que Pitt, à cheval, est couvert de boue et poursuivi ; que Fox et Sheridan parlent d'insurrection ; le Parlement n en accorde pas moins de nouveaux subsides, et le Cabinet n'en continue pas moins la guerre.
Cependant Pitt fait des ouvertures de paix : mais on ne peut s'entendre. — Le Directoire , plus heureux avec l'Espagne, conclut une alliance offensive et défensive avec le Bourbon qui la gouverne.
Bientôt le Directoire, appelé par des Irlandais , ordonne une expédition en Irlande , et en donne le commandement à Hoche , qui brûle de faire en Angleterre ce que Bonaparte lait en Italie. Hoche part de Brest avec une escadre et 24,000 hommes ; mais la tempête repousse la flotte ; un seul bâtiment peut débarquer dans la baie de Galloway , près Cork, en frimaire an v (décembre 1796); et la petite troupe est bientôt forcée de mettre bas les armes, tandis que l'escadre est obligée de rentrer à Brest.
Hoche vient alors remplacer Jourdan à l'armée de Sambreet-Meuse, passe le Rhin ainsi que Moreau pour marcher sur Vienne tandis que Bonaparte y marche par l'Italie, et gagne la bataille de Neuwied, lorsque les préliminaires de Léoben viennent arrêter ses triomphes.
t. iv. 23
Hoche sedispose à reprendre son expédition d'Irlande avec 40,000 hommes et trois escadres , qui partiront de Hollande, d'Espagne et de Brest : mais son activité se trouve encoreenchainée par de nouvelles ouvertures de paix et par la conspiration de Pichegruet des Conseils contre le Directoire.
§17. — Conspiration de Fichegru contre le Directoire.
Nous avons vu Pichegru se laisser corrompre par le Prince de Condé (p. 241), et se laisser battre par trahison (p. 277) , sans aucun résultat décisif, et sans oser lever l'étendard de la révolte. Destitué par le Directoire ou forcé de donner sa démission, recevant des sommes considérables pour conspirer, c'est par les élections et par des décrets qu'il veut amener la Restauration ; et tous leselîortsdela conspiration royaliste se sont concentrés sur lui pour le faire arriver à la tête des Conseils législatifs. Le voilà élu Député, puis Président desôOO, avec des secrétaires royalistes et une Majorité royaliste» secondé même pardeux descinq Directeurs : s'il est habile, prudent, patient, la restauration pourra s'opérer par la Représentation nationale : mais nous allons voir encore combien la précipitation peut être fatale.
C'est le club Clichy qui devient le foyer de la conspira-, tion des Députés royalistes, et c'est la Commission des 5 Inspecteurs de la salle, au Conseil des 500, qui dirige les conspirateurs.— La conspiration adopte pour système d'attaque contre le Directoire, de défendre la liberté , les lois, l'ordre, l'économie en ûnances , et la moralité. Députés et journalistes dénoncent continuellement les gaspillages, les vols, les dilapida tion s, les concussions, dans les marchés, dans les fournitures et dan s les opérations financières ; et toutes ces attaques retombent indirectement sur Barras , que tout le monde , connaiteomme le protecteur et le complice de tous les dilapidateurs, et que tout le monde accuse de payer avec ses vols son luxe insolent et ses scandaleuses orgies. — Les Députés Royalistes saisissent également toutes les occasions de
CONSPIRATION PICHEGRIJ.
déclamer contre les Démocrates et les révolutionnaires, pour flétrir la Révolution et la République.
- A ces excès, dit Vaublanc (dans un rapport sur Saint-Domingue), reconnaissez ces patriotes du jour, ces philanthropes partisans du bonheur commun. Misérables affamés de pillage autant qu'avides de meurtres , ils ont fait de la Révolution une spéculation de fortune , de la République une ferme à l'encan , des biens des autres une proie sur laquelle ils s'élancent de toutes parts. »
- Peut-on , dit Dumolard , n'avoir pas en horreur les noms de ces monstres (Robespierre , etc.) altérés de sang , qui ont tour-à-tour égorgé leurs amis , leurs partisans , leurs ennemis ; qui ont couvert la France de ruines , de cadavres , d'échafauds? Nous saurons pardonner à l'erreur, à la passion même : mais les hommes de sang ne trouveront jamais grâce devant nous. ».
Et quelques jours après , les Conseils , qui ont repoussé Barrère et rappelé Job-Aymé et ses trois compagnons (p. 298), rapportent la loi du 4 brumaire , qui excluait des fonctions publiques les parents d'Émigrés. . . Tandis qu'ils attaquent Bonaparte à cause des révolutions de Venise et de Gênes, et repoussent son frère Joseph à cause de lui , ils favorisent assez les Émigrés et les Prêtres pour que le Directoire et ses amis s'en effraient.
« Les Émigrés rentrés en foule, dit Bailleul (16 messidor), mettent tout en œuvre pour opérer la contre-révolution ; les Prêtres déportés prêchent partout le massacre et la révolte ; les acquéreurs de biens nationaux sont insultés , assassinés ; dans un seul département , plus de 300 Républicains viennent de tomber sous les coups des égorgeurs ; — Ce serait la faute et le crime du Directoire , répond Dumolard; car il a tout le pouvoir nécessaire pour maintenir l'ordre... Mais on crie parce qu'on redoute le jour qui éclairera les dilapidations et qui punira les friponneries. »
Le Directoire dénonce alors les désordres de Lyon :
- Cette ville , dit-il , recèle une foule de brigands qui y commettent des vols et des assassinats. Ces brigands , sous le nom de Chauffeurs et de Jésus , sont organisés en compagnies. Leur nombre s'augmente chaque jour des déserteurs , des réquisitionnâmes, des Émigrés rentrés... Ils assassinent les acquéreurs de biens nationaux. »
Le jeune et nouveau Député Lyonnais Camille Jordan (qu'on appelle Camille-Carillon ou J or dan-les-C loches , à
DiiuxToiiit. — 1 797.
cause (f un précédent discours en faveur des Prêtres et des églises) répond que cette réaction est naturelle... Il prétend que les assassinats viennent de l'extinction des principes religieux , et que les Prêtres déportés sont les officiers delà morale et de la paix.
Les journaux royalistes , plus nombreux que tous les autres, sont plus violents encore que les Députés contre la Révolution et les révolutionnaires.
Aussi , le Directoire , sentant de nouveau la nécessité de s'appuyer sur les Républicains , fonde le Club Constitutionnel en opposition au Club Clichy, et provoque de pareils clubs dans les départements. — Aussitôt , les Clubs Républicains se multipliant partout avec la fureur d'une mode nouvelle, les Royalistes répètent contreles Jacobins toutes les calomnies dont les Thermidoriens leur ont donné le modèle, et veulent paralyser les Clubs par une loi. Us proposent de limiter le nombre des membres de chaque Club à 10, ou 20, ou 30, ou 10, suivant la population des villes, et le nombre des réunions à deux par mois. — Dumolard soutient que les Clubistes sont des monstres avides de carnage. — Bailleul répond qu'il ne voit de monstres que ceux qui sont toujours prêts à favoriser des Prêtres rebelles et d'odieux Émigrés.
En un mot, la conspiration royaliste est tellement évidente que personne n'en doute et que tout le monde en signale le danger, aggravé d'ailleurs par les divisions du Directoire.
Ç 18. — Divisions dans le Directoire.
' Barras, dit M. Thiers , dissolu et cynique , violent et faux , sans foi , recevant chez lui les plus violents révolutionnaires des faubourgs et tous les Emigrés rentrés , donnait en secret des espérances à tous les partis. A lui seul il était le parti Danton tout entier, au génie près du chef... Il tenait à rester Roi de la canaille. »
• Carnot , dit-il encore , était systématique , opiniâtre et orgueilleux. Il était probe, courageux, etc.; mais il ne pardonnait jamais ou un tort ou une blessure faite à son amour-propre... 11 était agité par des souveuirs: le reproche d'avoir signé les actes les plus sanguinaires du Comité de Salut public le tourmentait; il aurait voulu,
niYïSKnS DANS IX DIRECTOIRE.
par tous les moyens et par tous les sacrifices , prouver qu'il n'était pas un monstre... Dans son zèle à rapprocher les éléments d'un parti dont il espérait être le chef, il avait devancé Pichegru et était allé le voir... Son logement au Luxembourg était devenu le rendez-vous des membres de la nouvelle Opposition et des plus irréconciliables ennemis du Directoire. »
Nous concevons que Carnot, homme probe et moral, ne puisse sympathiser avec Barras, voleur, pillard, libertin et plongé dans la plus crapuleuse et la plus scandaleuse débauche: mais pourquoi l'a-t-il accepté pour collègue ? Pourquoi ne s'oppose-t-il pas, secrètement d'abord, puis publiquement s'il est nécessaire, à une immoralité qui déshonore et perd le Directoire et qui compromet le pays?— Malheureusement, au lieu d'agir ainsi, Carnotse laisse flatter, séduire, gagner par les Constitutionnels, qui ne sont que des Royalistes déguisés ; il ne cherche qu'à faire oublier ou pardonner sa coopération au système de la Terreur dans le Comité de Salut public ; il se laisse insensiblement entraîner, avec Barthélémy, dans la conspiration royaliste ; et le voilà qui conspire contre Barras, Rewbell et Laréveillère, comme il a conspiré contre Robespierre; le voilà qui prend la responsabilité d'un nouveau 9 thermidor avec les Royalistes , comme il a pris celle du 9 thermidor avec les brigands Thermidoriens et les Girondins.
Désormais Barras , Rewbell et Laréveillère conspireront avec la Minorité des Conseils contre Carnot, Barthélémy et la Majorité législative , tandis que ces derniers conspireront ensemble contre les premiers.
Si Barras et ses deux collègues voulaient combattre franchement le Royalisme et s'appuyer franchement sur le Peuple et la Démocratie, ils pourraient aisément sauver la République avec le Peuple et les Démocrates, et réparer le mal fait depuis le 9 thermidor : mais comment le thermidorien , le rénégat, le voleur, le débauché Barras, pourrait-il favoriser lamoralité populaire ! Restantdans son cloaque de justemilieu, c'est uniquement le pouvoir qu'il veut conserver cou
tre le Peuple comme contre la Royauté ; et c'est dans l'armée et dans un coup d'État qu'il va chercher un dangereux remède au mal qu'il a fait lui-même.
•i 19. — Résolution d'an coup d'Etat
La Majorité du Directoire se décide donc à violer la Constitution et à employer l'armée pour arrêter et déporter les conspirateurs royalistes , Carnot et Barthélémy , membres du Directoire, Pichegru et 7. S autres membres des Conseils.
Pour réussir, ils commencent à faire dénoncer la conspiration royaliste dans leurs journaux et à la tribune, et à se faire provoquer à un coup d'État. — En même temps, d'accord avec Hoche, ils font venir clandestinement, à l'insu du ministre de la guerre Petiet et même des deux directeurs Carnot et Barthélémy, des troupes de l'armée du Rhin dans les environs de Paris.
Et en même temps ils demandent clandestinement l'appui de Bonaparte et des Généraux des 1 4 armées contre la conspiration royaliste des Conseils, et les engagent à profiter de l'anniversaire du 1 A juillet (26 messidor) pour réunir tous les officiers dans des banquets , et pour rédiger des toasts et des adresses pour la République contre les Royalistes.
J} 20. - Manifestations républicaines de V armée.
ttonapartc adresse à son armée la proclamation suivante:
« Soldats 1 c'est aujourd'hui l'anniversaire du 14 juillet. Vous voyez devant voua les noms de nos compagnons d'armes morts au champ d'honneur, pour la liberté de la Patrie. I! vous ont donné l'exemple ; vous vous devez tout entiers à la République ; vous vous devez tout entiers au bonheur de trente millions de Français ; vous vous devez tout entiers à la gloire de ce nom , qui a reçu un nouvel éclat par vos victoires. Soldats ! je sais que vous êtes profondément affectés des malheurs qui menacent la Patrie ; mais la Patrie ne peut courir de dangers réels. Les mêmes hommes qui l'ont fait triompher de l'Europe coalisée sunt là. Des montagnes nous séparent de la France : vous les franchiriez avec la rapidité de l'aigle , s'il le fallait , pour
MANIFESTATIONS RÉPUBLICAINES DE l' ARMÉE. 359
maintenir la Constitution, défendre la liberté, protéger le Gouvernement et ies Républicains. Soldats! le Gouvernement veille sur le dépôt des lois qui lui est confié. Les Royalistes , dès l'instant qu'ils se montreront , auront vécu. Soyez sans inquiétude; et jurons, par les mânes des héros qui sont morts à côté de nous pour la liberté , jurons sur nos nouveaux drapeaux : Guerre implacable aux ennemis de la République et de la Constitution de Van 3. Signé Bonaparte. »
Dans un banquet, le général Lannes dit :
« A la destruction du club de Clichy ! Les infâmes ! ils veulent encore des révolutions : que le sang des Patriotes qu'ils font assassiner retombe sur eux ! »
Le général Berthier , chef de TEtat-major de l'armée d'I- - talie , envoie à toutes les Administrations de département une circulaire imprimée, ornée d'une vignette à la gloire des armées, dans laquelle on lit que le cri unanime de Tannée est : Guerre implacable aux Royalistes et fidélité inviolable au Gouvernement Républicain et à la Constitution de l'an 3! Augereau dit dans une adresse :
« ... Qu'ils tremblent les conspirateurs ! Nous le tiendrons , ce serment redoutable ! Les glaives qui ont exterminé les armées des Rois sont encore dans les mains de celles du Rhin , de Sambre-ct-Mcusc et de l'Italie... La route de Paris offre-t-elle plus d'obstacles que celle de Vienne ? Non ; elle nous sera ouverte par les Républicains restés fidèles à la liberté : nous la défendrons, et nos ennemis auront vécu !»
Une foule d'autres adresses , toutes rédigées dans le sty le des Jacobins (car Tannée est Jacobine), menacent les Conseils et les Royalistes, en offrant au Directoire et aux Républicains de voler à leur secours.
Les Conseils accuseront le Directoire d'avoir laissé délibérer l'armée ; le Directoire répondra que ces adresses ne sont pas des délibérations, mais des sentiments et des vœux ; car chaque Pouvoir appelle délibération illégale tout ce qui lui est contraire , et vœu légitime tout ce qui lui est favorable , c'est-à-dire qu'il n'y a jamais de bonne foi dans les querelles des Puissances.
Et le Directoire livre ainsi la République à l'influence militaire! Il prépare le 18 brumaire et le despotisme du sabre!
$ 21. Changement de Ministère : Talleyrand appelé.
Poussé par les Constitutionnels, Car not demande le renvoi des Ministres les plus républicains, Merlin, Ch. Delacroix, Truguet et Rame!. MaisRewbell et Laréveillère s'y opposent ; et Barras, qui, dit-on , a promis d'y consentir et qui joue le crédule Carnot, se joint aux opposants et décide le refus et la scission dans le Directoire. — A l'instant môme, la Majorité renvoie les trois Ministres que voulait conserver la Minorité, Cochon, Benezech et Pétiet, et choisit un nouveau Ministère composé de : Lenoir-Laroche , police ; Prèville- Pelet, marine : Talleyrand ( récemment rentré et rayé de la liste des émigrés), relations extérieures; François de Neufchâteau , intérieur ; Hoche (qui sera bientôt remplacé par Schérer, à cause de sa jeunesse), guerre.
$ 22. — Cffroi des Conseils.
Tous ces événements ne peuvent manquer d'annoncer l'orage et d'effrayer les conspirateurs royalistes. D'ailleurs, les deux Directeurs menacés et les Ministres renvoyés ne peuvent manquer de tout deviner et de tout révéler : ainsi, l'exministre de la guerre Pétiet annonce que des troupes sont arrivées dans les environs de Paris , en violation de la Constitution, sans qu'il en ait donné l'ordre et sansqueCarnot l'ait su ; Carnot, désigné comme Royaliste dans le salon de madame de Staèl, confie à son amie Lacuée que tout est perdu *i l'on n'arrête pas Barras. Dans uneréunion des conspirateurs, Portalis affirme, d'après Carnot et Cochon, que le Directoire veut faire arrêter un grand nombre de Députés, que Rewbeil a dit que les choses changeraient ou qu'il y perdrait la tête, et que Laréveillère a dit que tout cela ne pourrait linir que par iépèe et le cûnon.— A l'instant , l'un des conspirateurs propose de prévenir le Directoire et de le mettre hors la loi: mais la conspiration n'étant pas encore en mesure , on dissi-
IX'TTE PRÉmilWlIlK Ali 18 FRUCTIDOR. 361
mule, on accélère les préparatifs, et Ton va s'escarmoucher des deux côtés en attendant la bataille.
5 23. — Lutte préliminaire au 18 fructidor.
Dès le 30 messidor (18 juillet), rengagement commence : la Majorité royaliste demande l'organisation de la Garde nationale, et propose un message au Directoire pour savoir de lui s'il est vrai que 8,000 hommes sont arrivés à moins de 12 lieues de Paris.
« Le renvoi de certains Ministres nous remplit d'inquiétudes, dit' C.Jordan... Partout les Sociétés populaires se réorganisent; les anarchistes lèvent la tète *, une foule de scélérats accourent des départements... Je suis convaincu que l'on prépare un mouvement pour nous assassiner... Il existe une conspiration de terroristes , de Jacobins , de scélérats subalternes : mais derrière ces hommes se trouve une faction ambitieuse qui , parlant sans ces^e de Républicanisme , veut nous conduire à recevoir de sa main un Roi de f espèce la plus vile... »
Mais, quoique l'appel des troupes soit un attentat à la Constitution et à la Représentation nationale, et quoiqu'on ne doute pas de leur arrivée, on nose pas l'affirmer. — Quoique le Directoire ait donné l'ordre , il nie dans sa réponse au message signé Carnot , Président; ses amis nient à la tribune. — Et quoique personne ne doute que le Gouvernement ne fasse un impudent mensonge, on feint de le croire et de se rassurer.— Néanmoins, on nomme une Commission composée de Picheyru, du Général Willot et de trois autres, pour examiner l'affaire; et, le lendemain, cette Commission demande que les Généraux Pichegru et Willot soient adjoints à la Commission des Inspecteurs de la salle.
Les Royalistes profitent de l'anniversaire du 9 thermidor pour renouveler toutes les déclamations contre le 2 septembre, le 31 mai, la Terreur et les Babouvistes, afin de flétrir la Révolution elle-même. — Puis ils veulent détruire les Clubs républicains.
- Quels sont donc ces hommes , s'écrie Pastorel (i thermidor),
362 DIRECTOIRE. — I7u7.
qui veulent dominer? Leurs mains dégoultenl de sang ; ils sont couverts d'impiétés et de crimes. Tout est trafic pour eux , Phonneur, la bonne foi , l'humanité , la justice. L'esprit des factions est le seul lien des méchants; les forfaits qu'ils commirent ensemble ne leur permettent plus d'avoir aujourd'hui que les mêmes désirs, les mêmes haines , les mêmes terreurs. Mettez à défendre la liberté l'ardeur qu'ils mettent à la domination , et bientôt la République ne craindra plus leurs fureurs. -
Le Ministre de la police répond par deux proclamations affichées , dans lesquelles il défend les Clubs . dénonce la conspiration contre-révolutionnaire de la Majorité dans les Conseils, exhorte les Patriotes à se rallier contre les Rovalistes, et sonne, pour ainsi dire, le tocsin.
Et le Directoire dénonce lui-même la conspiration des Royalistes dans un message du 23 thermidor, en les accusant d'attaquer continuellement et de vouloir déshonorer Bonaparte , Hoche , tous les Généraux Républicains , et en leur adressant des reproches qui retombent tous sur les Conseils. Personne n'en doute, c'est une déclaration de guerre et le prélude d'un grand coup d'État.
Aussitôt l'orage éclate aux 500 : le Conseil se plaint que le Gouvernement le calomnie et le fait calomnier; les Députés ministériels répondent que ce sont les Députés royalistes qui calomnient et font calomnier le Directoire qu'on appelle Triumvirat (car ce Barras et ce Rewbell, qui ont attaqué le prétendu Triumvirat de Robespierre, Saint-Just et Couthon, forment vraiment eux-mêmes un Triumvirat aujourd'hui).
Quelques joui s après, le Député ministériel Bailleul publie une brochure qui fait éclater (13 fructidor ou 30 août) une nouvelle tempête en dénonçant une conspiration royaliste dans la Majorité des 500.
• Oui , s'écrie Dumolard, il existe un parti pour relever le trône; mais c'est le parti d'Orléans (dans lequel il comprend Barras et Tallien). Les divisions qui régnent parmi nous sont l'ouvrage de ces factieux... Français, on veut vous égarer, on vous trompe. Au lieu de vous arrêter aux calomnies de ces hommes, jugez leur moralité. On voit ces misérables , gorgés d'or et d'argent , s'apitoyer avec hypocrisie sur le sort malheureux des rentiers , etc., et afficher cepen-