TRAITÉ DE CAMPO-FORMIO
territoire jusqu'à l'Adige : mais il cède Venise à l'Autriche , et lui laisse encore une partie de l'Italie jusqu'à l'Adige, ce qui facilitera toujours une invasion autrichienne.
• On pouvait regretter, dit M. Thiers , que les Autrichiens ne fussent pas rejetés entièrement hors de l'Italie , et que Venise ne fût pas réunie à la Cisalpine : avec une campagne de plus , ce résultat eût été obtenu. Des considérations particulières avaient empêché le jeune vainqueur de faire cette campagne : Vintèrét personnel commençait à altérer les calculs du grand homme et à imprimer une tache sur le premier et peut-être le plus bel acte de sa vie. »
Les affreux revers qui surviendront bientôt seront peutêtre la conséquence de cet égoïsme et de cette ambitieuse insubordination l
Bonaparte peut donc craindre que le Directoire ne veuillle pas ratifler son ouvrage. Il choisit son chef d'état-major Berthier et le savant Monge pour le porter à Paris... Arrivés au milieu de la nuit et se rendant à l'instant chez le Président, ils excusent Bonaparte sur sa désobéissance, et se retirent avec la seule réponse que le Directoire en délibérerait dès le matin.
« La nouvelle de la paix s'était déjà répandue dans tout Paris , dit M. Thiers ; la joie était au comble... On exaltait Bonaparte et sa double gloire ; on était enthousiasmé de trouver en lui le pacificateur et le guerrier; et une paix qu'il n'avait signée qu'avec égoïsme était vantée comme un acte de désintéressement militaire. »
Voilà comme le Peuple en masse est facile à éblouir, à séduire, à tromper, à enchaîner ! Mais, remarquons-le bien, le Peuple n'entend admirer en Bonaparte que le républicain , le patriote , le guerrier désintéressé et dévoué à la liberté : il le maudirait s'il le croyait égoïste et ambitieux.
Mais le Directoire, trop coupable d'impopularité pouravoir la force d'éclairer l'opinion, encourage les usurpations de Bonaparte en tolérant sa désobéissance et en ratifiant le traité.
« L'Ambassadeur de Venise à Paris avait employé, dit M. Thiers , tous les moyens pour gagner Barras. 11 parât t qu'une somme de 600,000 francs en billets fut donnée à la condition de défendre Venise dans le Directoire. Mais Bonaparte , instruit de l'intrigue , la dé-
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nonça. Venise rte fat pas sauvée, et le paiement des billets fut refuse. (>» faite , connus do Directoire . y amenèrent des explications et même un commencement d'instruction ou d'enquête. »
Venise, qui consentait à faire partie de la République Gsalpine, est donc donnéeâ l'Kmpereurd'Àutrichequiraccepte; et rien ne peut exprimer les imprécations des Vénitiens de toutes les classes contre Bonaparte qui les a sacrifiés.
5 27. — Bonaparte revient à Paris.
Bonaparte revient à Paris le 1 5 frimaire, et descend dans une modeste maison qu'il a fait acheter rue Chanter eine. * — Sesnombreuses et prodigieuses victoires, la paix qu'il vient de conquérir, les statues et tableaux dont il enrichit le Musée, sa jeunesse, ses proclamations républicaines, tout concourt à lui donner une popularité extraordinaire et à lui procurer un accueil triomphal. C'est le 20 frimaire an 6 (10 décembre 1797) que le Directoire le reçoit solennellement dans la cour du Luxembourg, où Ton a disposé des gradins et élevé un autel de la Patrie chargé de drapeaux et de trophées. Cest là que Bonaparte lui remet l'original du traité de Campo Kormio, au milieu des cris de vive la République, vive Bonaparte! — Talleyrand , ministre des affaires étrangères, fait tin discours dans lequel il garantit que Bonaparte n'a /m* d'ambition.
« Citoyens Directeurs, dit alors Bonaparte, la Constitution de Pan m et vous avez triomphé de tous les obstacles... Vous êtes parvenus à organiser la <;kande nation , dont le vaste territoire n'e^t circonscrit que parce que la Nature elle-même en a posé les limite*. La paix assure la liberté , la prospérité et la gloire de la République. Lorsque le bonheur du Peuple français sera assis sur de meilleures lois organiques, l'Europe entière deviendra libre. »
Cette dernière phrase, concertée peut-être avec Sieyès, révèle atout le monde que Bonaparte ne regarde pas la Constitution comme pouvant durer longtemps. Quoi qu'ilen soit, Barras répond ; les Généraux Joubert et Ândréossy apportent le drapeau décerné à l'armée d'Italie, et reçoivent l'ac-