‹ 17941830Chapitre 75 sur 118 · BONAPARTE REVIENT A PARIS · texte numérisé non relu

BONAPARTE REVIENT A PARIS

colade du Président; les cinq Directeurs embrassent Bonaparte au milieu de mille cris d'enthousiasme et au bruit du canon ; chacun des Directeurs, des Ministres et des Conseils, lui donne des banquets; on frappe une médaille en son honneur ; le Département appelle sa rue rue de la Victoire; le Peuple court après lui ; et le bruit qu'il vient d'être assassiné augmente encore et manifeste le vif intérêt qu'il inspire.

Tandis qu'Augereau remplace Hoche, qui vient de mourir, Bonaparte est nommé Général de l'Armée d'Angleterre, et tout semble se préparer pour une descente dans ce pays.

$ 28. — Projets contre la Constitution.

Cependant le Directoire parait absolu, la Représentation nationale anéantie, la Constitution morte, et sa révision ou plutôt une Constitution nouvelle nécessaire. Aussi , dès le mois de pluviôse an 6 (janvier 1798) on parle d'une faction puissante qui voudrait une seule Chambre perpétuelle com- < posée de 100 membres et appelée Sénat, avec un Président perpétuel pour chef du Gouvernement. On parle même de Bonaparte; on dit que les Thermidoriens, avec lesquels il est lié, notamment Rewbell, favorisent ce projet, repoussé par les anciens Jacobins. Le Journal démocrate des Hommes libres reproche aux journaux thermidoriens de menacer journellement de leur Bonaparte.— Sieyés, qui vient d'approuver et de diriger le coup d'État de fructidor, qui ne rêvequechangementdeConstitutionpourintroniserlasienne et qui veut un Sénat (p. 259), complote peut-être déjà avec le vainqueur de l'Italie. — On dit dans les casernes que Bonaparte veut renverser le Directoire et se placer entre les Royalistes et les Jacobins.— Il paraît que c'est en effet son système, et que, s'il avait l'âge légal, 40 ans, il aspirerait à entrer dans le Directoire pour s'emparer exclusivement du pouvoir. Mais il préfère ajourner ses projets, attendre que le Di rectoire soit encore plus usé dans l'opinion, contribuer lui-

même a l'user en le critiquant, et chercher l'occasion d'augmenter sa gloire pour augmenter sa propre puissance. M accepte donc seulement la place de Carnot à l'Institut, manifeste sa désapprobation de l'anniversaire du 21 janvier, ne témoigne à Barras ni estime, ni confiance, et remue tout en France, en Hollande, en Suisse, en Italie et en Espagne, pour préparer une descente en Angleterre. Mais cette entreprise n'est pas celle qui sourit le plus à son ambition, parce qu'elle est hasardeuse, incertaine dans son résultat politique, môme en cas de succès militaire, et d'ailleurs ^possible avant six mois.

« On ne conserve à Paris le souvenir rte rien , dit-il ; si je reste longtemps sans rien faire, je suis perdu. »

Dans son seul intérêt il préfère une expédition en Égypte.

« Son imagination, dit M. Thiers, errait sur les rivages de l'Orient. Il entrevoyait un avenir confus et immense. S'enfoncer dans ces contrées de la lumière et de la gloire, ou Alexandre et Mahomet avaient vaincu et 'ondé des Empires , y faire retenir son nom , et le renvoyer en France répété par les échos de l'Asie , était pour lui une perspective enivrante. •

. Pour préférer l'expédition d'Kgypto , dit-il ailleurs , Bonaparte avait des motifs personnels : l'oisiveté de Paris lui était insupportable ; il ne voyait rien a tenter en politique ; il craignait de s'user; il voulait se grandir encore ; il avait dà : Les grands noms ne se font qu'en Orient I »

Cest en vain que Laréveillère objecte qu'il faut exposer 30 ou 40,000 des meilleurs soldats au hasard d'une bataille navale, se priver du Général que l'Autriche redoute le plus, risquer la guerre avec la Porte, etc. ; l'ambitieux Bonaparte insiste et parle de démission. — • Je suis loin de la désirer, ré- • pond Laréveillère ; mais , si vous l'offrez , je suis d'avis « qu'on l'accepte. • Bonaparte ne parle plus de démission ; mais il insis te tant, en promettant d'être de retour pour l'automne de 1798 (époque à laquelle la descente en Angleterrcoramencera d'être possible), que le Directoire cède et consent, en lui donnant carte blanche pour les préparatifs, diri-

DÉPART POUR L ÉGTfPTC.

gés en apparence contre l'Angleterre. — On donne à la flotte de Toulon et aux troupes qu'elle doit porter le nom d'Aile gauche de l'armée d'Angleterre.

Bonaparte prend donc sur lui la responsabilité de tous les choix et de tous les événements. Il choisit les meilleures troupes d'Italie, qu'il réunit à Toulon, à Gênes, à Civita-Vecchia près Rome et en Corse, avec 2,400 cavaliers sans chevaux, une artillerie nombreuse et beaucoup d'ouvriers. Il choisit les Généraux Desaix, Kiéber, Reynier, Lannes, Murât, Belliard, Berthier,Caflfarelli, etc., l'amiral Brueix, le contre-amiral Villeneuve, les savants Monge, Berthollet,Fourier, Délomieux, Comté, les médecins Desgenettes, Larrey, Dubois.

5 29. — Suisse, Home et Vienne. — Départ pour l*£gypt«.

Mais, pour une descente en Angleterre ou pour l'expédition d'Égypte, il faut de l'argent ; et les Thermidoriens ont ruiné les assignats et les finances. C'est en vain qu'on augmente l'impôt du timbre, qu'on y soumet les journaux, qu'on établit la loterie, source d'immoralité et de malheurs pour le Peuple; ces moyens étant encore insuffisants, io Directoire va faire à la Suisse une guerre impolitique, atin de s'emparer du trésor de Berne, qu'il sait être de 40 millions. Sollicité par les cantons démocratiques, qui désirent une révolution pour abattre l'Aristocratie, d'accord avec le canton deVaud qui s'insurge (en décembre 1797) et réclame son intervention , il fait entrer une armée en Suisse , protège le canton de Vaud contre l'armée du canton de Berne, prend cette ville (le 15 mars) et facilite une révolution qui constitue la Suisse en République helvétique, mais qui détruit sa neutralité, qui forcera la France à garder cette frontière, et qui déterminera l'Autriche à recommencer la guerre, d'autant plus que la France s'agrandit en réunissant Genève et Mulhausen.

Pendant ce temps, une insurrection contre le Pape éclate à Rome (27 décembre 1797), secrètement encouragée peutêtre par l'Ambassadeur français Joseph Bomiparte (que l'in^

fluence de son frère élève, ainsi que son autre frère Lucien). Repoussés par les troupes papales et par la populace, les insurgés accourent à l'hôtel de l'Ambassadeur. On leur en refuse l'entrée-, et bientôt les soldats qui les poursuivent font feu sur eux, quoique l'Ambassadeur et le Général Duphot se soient mis en avant pour empêcher de tirer. Duphot est tué, plusieurs Français sont blessés, la cour de l'hôtel est envahie» et l'Ambassadeur quitte les états du Pape. Aussitôt le Directoire ordonne à Berthier de marcher sur Rome; et, le 15 février, sous la protection d'une armée française, la Bourgeoisie, réunie dans le Campo-Vaccino, proclame la restauration de la République romaine, malgré la populace et malgré le Pape, relégué en Toscane. La nouvelle République adopte la Constitution française, en appelant les Directeurs Consuls et les Conseils Sénat et Tribunat.

Bientôt Massèna , qui remplace Berthier partant pour Paris , donne aux officiers supérieurs l'exemple du pillage ; on dépouille les palais, les couvents t les riches collections, pour ' les vendre à des Juifs et s'enrichir ainsi par le vol, tandis que l'armée n'est pas payée depuis cinq mois. Mais les officiers et les soldats, indignés d'un brigandage qui déshonore et compromet l'armée, se réunissent dans une église, déclarent qu'ils ne veulent plus servir sous Masséna , et demandent son rappel au Directoire, qui le rappelle en effet.

Et voilà les conséquences de l'exemple de Barras ! Voilà comme les Généraux respectent l'honneur et les intérêts de leur pays ï Où donc est la gloire de se bien battre, de vaincre et de conquérir, si c'est pour voler et piller ou pour acquérir personnellement du pouvoir ?

Ces deux Révolutions qu'on impute au Directoire, et ces deux nouvelles Républiques, organisées sous l'influence de sa propagande révolutionnaire, compromettent la paix avec l'Autriche. Un autre événement va la compromettre encore.

Le Peuple de Vienne célébrant (le 13 avril) une fête nationale en commémoration de l'armement de ses volontaires

DÉPART POUR l' EGYPTE. 377

contre la France en 1796, l'Ambassadeur français. Bernadotte, en fait célébrer une en souvenir de nos victoires sur l'Autriche : mais la vue du drapeau tricolore arboré sur l'hôtel excite une émeute ; l'hôtel est envahi , le drapeau brûlé , les meubles brisés ; Bernadotte quitte Vienne pour témoigner son indignation , et le Directoire voudrait bien venger cette insulte ; mais il faudrait charger de la vengeance ce Bonaparte dont on redoute l'ambition ; et . sacrifiant toujours la France à sa sécurité personnelle, le Directoire dévore l'affront et laisse partir Bonaparte pour l'Orient.

Nous verrons plus tard cette expédition d'Egypte; nous dirons seulement ici que Bonaparte s'embarque à Toulon . le 30 floréal an 6 (19 mai 1798), avec un nombreux Étatmajor, 40,000 hommes d'élite et 10,000 marins, sur 13 vaisseaux de ligne, 14 frégates, 72 corvettes, etc. , et 400 bâtiments de transport ; que le Directoire prive ainsi la France de sa principale force , quand l'armée se dépeuple par la désertion , et quand la paix avec l'Autriche est compromise ; qu'il se débarrasse à'Augereau qui l'inquiète, en l'envoyant aux Pyrénées; et qu'il envoie Sieyès comme ambassadeur en Prusse, pour se débarrasser d'un homme qui conspirait péut-etre déjà contre lui.

Ajoutons cependanftme Bonaparte a le bonheur de prendre Malte par la trahison de quelques Chevaliers qu'il a achetés depuis lontemps ; d'échapper à la flotte Anglaise commandée par Nelson; de débarquer sans obstacle le 13 messidor (1er juillet); de s'emparer d'Alexandrie; de calmer le désespoir de l'armée , même de Lannes et de Murât, quand ils se virent dans un désert de sable brûlant; d'écraser, à la bataille des Pyramides, l'armée de Murad-Bey, composée de 10,000 Mameluchs à cheval et 20,000 fantassins (Fellahs ou Janissaires); d'entrer dans la capitale de l'Egypte, le Caire, le 5 thermidor (23 juillet), au moment où le Peuple commence à piller les palais des Beys ou chefs des Mame- Uicks ( car là. comme à Venise et partout, l'Aristocratie est

DlHLCTOIHt. — 17^8

menacée du massacre dans ses jours de défaite) et de se (aire admettre par les Prêtres comme un envoyé de Dieu.

On conçoit l'admiration et la joie de la France et rétonnement de l'Europe, quand on apprend en même temps et la véritable destination de la flotte et des succès qui paraissent miraculeux ! — Mais on apprend bientôt que t le 14 thermidor ( leraoût),Famiral Brueix, désobéissant à Bonaparte comme celui-ci a désobéi plusieurs fois au Directoire, a été battu par Nelson dans la rade cTAboukir ; qu'il a été tué ; que son es* cadre a été détruite après des prodiges de valeur ; et que le contre-amiral Villeneuve s'est réfugié à Malte avec deux vaisseaux seulement et deux frégates. Quoique cet affreux désastre et ses horribles conséquences devraient être imputés à Bonaparte comme on lui attribue les succès qu'il doit à ses Généraux et à ses soldats , l'opinion est tellement éblouie qu'on ne lui tient compte que de ses prodiges : mais ce désastre va ranimer toutes les espérances et tous les efforts des ennemis de la France ; l'Angleterre, redoublant ses^in stances, ses offres , sa corruption , dans toutes les Cours, décide la Porte à déclarer la guerre , et presse une nouvelle Coalition générale.— Voyons d'abord les hostilités des Royalistes,

Le système de prétendu juste-milieu , toujours suivi par le Directoire, l'affaiblit trop, le scandale de ses mœurs débauchées , de ses immoralités et de ses pillages , attire sur lui trop de mépris et trop de haine, pour que les Royalistes n'aient pas toujours l'espérance de le renverser. La conspiration continue donc, avec les subsides de l'Angleterre par l'entremise de Vilain XIV, banquier à Paris.

Bientôt , Dominique Allier s'insurge dans le Gard pour venger les Députés royalistes fructidorisés, comme on s'insurgea en Normandie et partout après le 31 mai, pour venger les Girondins (T. III, p. 417). L'insurrection éclate à C arpenlras, à Tarascon , près Lyon, en Corse, même un peu

ÉLECTIONS DÉMOCRATIQUES DE l'aN 6.

en Vendée : mais elle est étouffée partout et se transforme en bandes de chouans qui volent les diligences , et en bandes de chauffeurs qui assassinent les patriotes.

Le Directoire, qui ne semble s'occuper que de plaisirs et de vols, qui ne sait prévenir aucun désordre par une bonne administration , qui engendre tous les brigandages en continuant le système des Thermidoriens , ne cherche le remède que dans la force et la tyrannie, en augmentante gendarmerie, en instituant les vétérans, en réorganisant les tribunaux, surtout en mettant en état de siège Lyon , Montpellier, Limoges, Périgueux, etc. , etc. , ce qui est très commode et très facile pour les Gouvernements les plus incapables. 11 supprime aussi 22 journaux royalistes et démocrates, et ne tolère pas la moindre critique , la moindre opposition . Il ferme aussi les clubs des deux couleurs extrêmes, et s'efforce de maîtriser les autres par des hommes aussi habiles que dévoués : c'estl?. Constant qui se charge de diriger le principal, pour préparer les élections dans l'intérêt du Directoire.

Ç 31. — Élections démocratiques de l'an 6.

Mais, comme le mal présent impressionne ordinairement beaucoup plus que le mal éloigné , l'opinion , dégoûtée des trahisons des Royalistes, de leurs conspirations, de leurs brigandages et de leur impuissance , de l'immoralité et de la tyrannie du Directoire, se prononce en faveur d'une réaction Républicaine dans les élections.— C'est en vain que le Directoire prodigue les proclamations, les affiches, lès circulaires , les calomnies et les menaces ; c'est en vain qu'il dénonce tous les Démocrates comme des anarchistes ou comme des Royalistes déguisés ; c'est en vain qu'il excite du tumulte et des scissions parmi les électeurs (poussant les Minorités ministérielles à se séparer des Majorités républicaines et à nommer des Députés ministériels , tandis que les Majorités nomment des Députés républicains) ; le résultat général est démocrate , et la Démocratie peut redevenir légalement prépondérante.

2&) DlALLTOlAf.. — i~'<à.

Mais le Gou> ernement le plus méprisable , le plus < ble, contre lequel la véritable opinion publique s'élèverait avec le plus de raison, veut, moins qu'un autre, souffrirroppositton ; il veut se maintenir à tout prix ; et . ne fût-il qu'avec une petite minorité aussi infâme que lui , il combattra la Nation, en présentant la Majorité comme n'étant qu'une Minorité, en se présentant lui-même avec ses séides comme étant la Majorité et la Nation. — Au lieu de se réjouir, pour la République , de ce que les élections sont Républicaines , le Directoire s'en irrite donc pour son despotisme et prépare un nouveau coup d'État.

Ç 32. — Coup d*£tat anti-démocrate du 22 floréal.

Le Directoire veut donc annuler les élections démocrates de Tan 6 ; et sous quel prétexte ? Sous prétexte que les élections ont été dirigées par une conspiration formée dans les c lubs de la rue du Bac et de la rue Antoine ; que les Assemblées primaires et électorales, c'est-à-dire la Nation , n'ont pas été gages; qu'elles ont repoussé les candidats ministériels et préféré des Députés indépendants et démocrates; que les Démocrates sont des démagogues , de vrais anarchistes et des hommes essentiellement immoraux : que les Conseils ont nécessairement, comme en Amérique, le droit d'examiner la moralité de ceux que le Peuple a choisis : que 60 de ces nouveaux élus (entre autres Lamarque, député sortant, qui présida la séance permanente de l'Odéon , le 18 fructidor), sont tellement démocra'es qu'ils mettraient la République en péril ; enfin que le salut de la France et de la Constitution exige l'annulation de 60 élections.

« Sous le nom d'anarchistes, dit un message, le Directoire n'entend point confondre ces Républicains énergiques , amants plutôt qu'amis de la liberté et de la Constitution de Tan in , qui savent soumettre à la loi le sentiment impérieux de la liberté ; mais, parce mot , il entend ces hommes couverts de sang et de rapines , prêchant le bonheur commun pour s'enrichir sur la ruine de tous , ne parlant d'égalité que pour être despotes , capables de toutes les bassesses et de tous les crimes , soupirant après leurs anciens pouvoirs ; ces hommes enfin

COUP d'état du 22 FLORÉAL. 381

qui, au 8 thermidor, étaient les agents de Robespierre et occupaient les places dans toute la République , et qui depuis le 9 thermidor ont figuré dans tous les mouvements, trempé dans toutes les machinations, qui étaient les affidos de Babeuf ci les conspirateurs du camp de Grenelle. »

Ainsi, c'est ce Directoire, ce Barras, cet ex-thermidorien , ce voleur, ce pillard , ce concussionnaire , ce débauché , ce despote, ce tyran, couvert de sang et de rapines, cet homme qu'on peut appeler Y immoralité personnifiée, qui ose parler de moralité et reprocher aux Démocrates ses propres crimes! ! ! 11 accuse les Républicains de vouloir violer la Constitution, lui qui la viole sans cesse dans l'intérêt de sacupidité!

Et les Gouvernements se présentent toujours comme infaillibles, vertueux, respectables, admirables, parfaits!... Et Ton parle au Peuple de loyauté, d'honnêteté, de morale, de vertu , quand ces prétendus chefs donnent ainsi l'exemple de toutes les corruptions et de tous les mensonges; quand ils jettent toutes les idées dans la confusion et le chaos!

Mais t'est vainement qu'une Minorité s'indigne et crie que c'est violer la Souveraineté du Peuple, déchirer la Constitution, anéantir le droit d'élection, transporterai! Pouvoir la nomination des Députés, transformer la Représentation nationale en une machine, et constituer un despotisme hypocrite; Hardy, Jean Debry, Bailleul et la Majorité, appellent les Députés démocrates des hommes infâmes, exécrables, des scélérats, des hommes de Robespierre et de Babeuf; et les 50 élections sont arbitrairement et violemment annulées par une décision que les Anciens approuvent le 22 floréal... C'est comme si l'on déclarait tous les Démocrates inéligibles et proscrits comme immoraux, scélérats, etc.! Que ferait de plus la Restauration? Et c'est pour cela qu'on a tué Robespierre! c'est pour cela que le Peuple a fait la Révolution !

Lucien Bonaparte, élu par la Corse, acceptant en violation de la loi puisqu'il n'a pas l'âge,' Jacobin connu, mais qu'on n'ose pas refuser à cause de son frère, arrive alors

aux 600. Joseph, élu en Tan 6 et repoussé par les Clichyens comme Jacobin , est admis , et tient à Paris un grand état de maison, recevant les Députés, les Généraux, tous les hommes influents. Tous deux affichent maintenant la modération comme leur frère , et travaillent sans relâche , ainsi que Joséphine, à lui préparer les voies pour l'usurpation.

Treilhard remplace François de Neufchateau ,au Directoire. — Et la nouvelle Session s'ouvre le 1er prairial, avec un nouveau costume , à l'antique , pour le Directoire , pour les 500 et pour les Anciens.

Mais le reste du nouveau tiers élu est encore assez nombreux et assez démocrate pour métamorphoser les Conseils, surtout celui des 600; et bientôt s'y forme une Majorité républicaine hostile au Directoire.

§ 33. — Dilapidations) immoralité.

Bientôt le Conseil des 500 s'élève contre les fournisseurs, les dilapidateurs, les marchés clandestins, la Bureaucratie et ses concussions, surtout dans le Ministère de la guerre.

• Là , dit Joubert dans un rapport , l'opinion publique remarque avec indignation ces inexplicables richesses et ce faste impudent qui contrastent d'une manière si révoltante avec l'indigence de nos guerriers infirmes et mutilés; là s'est formée et s'alimente cette faction corruptrice qui menace la liberté par la démoralisation , faction qui .est parvenue à étouffer les passions généreuses par la plus vile de toutes, la cupidité... Du 9 thermidor datent les nouvelles fortunes. On vit sortir tout-a-coup de la fange un essaim de parvenus : enfants de l'agiotage et de l'immoralité , on les vit afficher, à la suite des camps, le luxe le plus effréné et l'esprit le plus contre-révolutionnaire. Tous les sacrifices de la République épuisée s'arrêtaient dans leurs mains impures ; et ils ressemblaient à un corps ennemi posté sur les derrières de nos armées pour leur couper les vivres plutôt qu'à des agents chargés de les alimenter. Tandis qu'ils nageaient dans l'abondance, nos braves défenseurs éprouvaient toutes les horreurs de la disette : tans habits, san* souliers , souvent sans pain , il ne leur restait que le courage et le patriotisme. •

Voila donc la conséquence de l'assassinat de Robcspicnf ï

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