Nouvelle coalition générale
Si le Directoire était franchement Républicain, Démocrate et populaire, s'il était fidèle à ses devoirs envers la France et ses alliés, s'il savait enthousiasmer le Peuple français et les Peuples de Hollande, de Suisse et d'Italie, il révolutionnerait etrepublicaniscrait l'Europe .maistandisqu'il opprime et pille le Peuple de France, ce Directoire (ou du moins Barras qui partage avec tous les fournisseurs, et peut-être Rewbell dont le Beau-frère Rapinat est envoyé pour prendre les ^caisses), pille également ou fait piller la Suisse et l'Italie, pillées à son exemple parles Généraux. D'un autre côté, le Directoire emploie les baïonnettes pour faire des 18 fructidor en Hollande, en Suisse, à Milan, et pour y violer la Souveraineté du Peuple et la Représentation nationale, quelquefois contre l'Aristocratie, le plus souvent contrôla Démocratie. Ses rapines et sa tyrannie irritent même les Républicains étrangers, généralement Jacobins, et font partout des ennemis à la France, tandis qu'il habitudes Généraux et l'Armée à commander partout en maîtres et les dispose à traiter la France elle-même comme un pays conquis. Il irrite encore les Puissances en excitant en Piémont une révolution qui force le roi à abdiquer et à se réfugier en Sardaigne. — La prise de Malte par Bonaparte irrite l'empereur de Russie, Paul /fr, successeur de Catherine H, Protecteur des Chevaliers de Malte, qui donne asile à Louis XVIII, forcé de quitter l'Italie. Le Cabinet Anglais le détermine enfin, après le désastre d'Aboukir et la guéri e de la Porte, à envoyer en Italie 60,000 Russes et Suwarow , surnommé l'invincible, célèbre par ses guerres contre la Turquie et la Pologne. — 11 pousse la Porte à la guerre en attaquant l'Egypte qifi lui appartient. Et tandis que le Congrès à Rastadt, en Souabe, discute lentement la paix générale avec tous les Princes d'Allemagne , l'Autriche prépare la guerre et conclut une nouvelle coalition avec Naples, l'Angleterre et la Russie.
CONQUÊTE DE NAPLES. 385 $ 35. — Expédition en Irlande.
L'Angleterre continuant la guerre, soldant les conspirations, c'est elle surtout qu'il faudrait vaincre : mais elle a détruit la flotte de Toulon à Aboukir; elle s'est emparée des flottes Espagnole et Hollandaise; elle est vraiment la maîtresse des mers ; enfin elle bloque tous nos ports : comment l'attaquer ? Nous avons déjà vu la première expédition conduite par Hoche (p. 353). Tandis que Bonaparte va menacer l'Inde, le Général Humbert conduit 1 ,500 hommes en Irlande, déjà soulevée contre les Anglais, et attend 6,000 hommes que doit amener le Général Sarrazin ; mais ce renfort ne peut sortir de Brest faute d'argent. Humbert débarque le 5 fructidor an 6, à Kilala, bat les Anglais, leur prend deux Comtés et traverse l'île entière ; mais les Irlandais, qui se joindraient avec empressement à une armée de 10,000 Français, ne peuvent se joindre à une bande de 1,500; et bientôt, entouré par des forces bien supérieures, il est obligé de capituler, à la seule condition de ne plus porter les armes contre l'Angleterre. Une escadre qui luj apporte 3,000 hommes est également forcée de baisser pavillon devant une flotte Anglaise beaucoup plus forte, tandis que 2,000 Anglais, débarqués en Belgique pour surprendre Ostende, sont tous tués, ou noyés, ou pris.
5 36. — Conquête de Kaples.
Entraîné par la Reine Caroline et son favori Ae(on% qui veulent faire massacrer les Français dispersés en Italie, l'imbécile Roi de Naples commence la guerre (24 novembre) avec 60,000 hommes commandés parle Général Autrichien Mack, et appuyés par Nelson, commandant la flotte anglaise. — Ckampionnet est d'abord forcé de quitter Rome où le Monarque Napolitain entre en libérateur du Pape et où son armée et la populace commettent d'horribles pillages contre les Républicains. MaisChampionnet. aidé des Généraux t. iv. 25
386 directoire. — 1799.
Macdonald et Ca$a~Bianca, l'attaque avec 18,000 hommes seulement, le force à rétrograder, le poursuit, le bat, soumet la population insurgée dans les montagnes, s'empare de Naples (23 décembre) en moins d'un mois , prévient le massacre de l'Aristocratie par le Peuplequi crieà la trahison, et transforme le Royaume en République Parthénopienne, tandis que Caroline, Acton et le Roi, se réfugient en Sicile, après avoir armé les Lazzarroni et donné l'ordre de massacrer toute la Bourgeoisie , accusée d'être révolutionnaire.
Le vainqueur est bientôt disgracié par le Directoire, remplacé par Macdonald, rappelé à Paris, et mis en accusation pour avoir chassé les agents directoriaux, qui venaient piller Naples comme ils avaient pillé le reste de l'Italie et la Suisse : mais l'indignation publique éclate contre les pillards, et protège Championnet contre le Directoire.
§ 37. — Élections démocratiques de l'an 7.
Comme aux élections précédentes, le Directoire et ses jou rnaux ne négligent aucun moyen de faire repousser les Royalistes et les Démocrates, qu'ils appellent toujours des anarchistes: mais, quoiqueles journaux démocrates soient réduits au silence, la loi qui les mettait à la disposition de la Police ayant été prorogée; quoique les clubs soient fermés; quoique les affiches ministérielles dénoncent les Démocrates comme des pillageurs et disent gare aux boutiques, les candidats ministériels sont repoussés presque partout (germinal an 7), sans tumulte et sans scissions; et de nouveaux Électeurs envoient des Députés indépendants et démocrates sans être aussi ardents que ceux de l'an 6, en sorte que le Directoire n'a pas de prétexte pour les attaquer. Ces élections sont donc bien véritablement l'expression 4e l'opinion publique, et la Majorité démocrate qu'elles donnent aux Cinq-Cents est bien une véritable Représentation nationale : l'expulser avec des baïonnettes sera bien évidemment un attentat à la Souveraineté du Peuple. — Parmi les nouveaux Députés , on remarque les Généraux Jourdan et Augercauy ardents républicains.