REVERS EN ALLEMAGNE
Sieyès est élu pour remplacer ttewbell, Directeur sortant qui entre aux Anciens : et comme ce Sieyès a toujours manifesté son antipathie contré la Constitution de Tan 3, son élection indique un esprit d'hostilité contre la Constitution et le Directoire, comme son acceptation fait croire généralement qu'il a quelque arrière-pensée. — Aussi, dès son retour de Berlin, Lucien Bonaparte etGenissieux, devenus les meneurs des Conseils, s'entendent avec lui ; Barras se joint à eux ; tous conspirentetconcertentd'abordleschangementsnécessaires pour lui donner la majorité dans le Directoire ; et ce Sieyès, qui ne recule devant aucun moyen, convient d'un nouveau coup d'Étatqui, cette fois, sera dirigé par les Conseils contre trois des Directeurs, Treilhard, Merlin et Laréveillère.
jj 38. — Revers en Allemagne.
Cependant, tandis que l'anarchie militaire fait partout des progrès; tandis que presquetousies Généraux, Brune, Championnet, Joubert, Bernadotte, enhardis par l'exemple de Bonaparte, par la faiblesse ou la tyranniedu Directoire, veulent être maîtres et législateurs dan s les pays conquis; tandis que l'armée, qui devrait être de 300,000 hommes, se réduit à 1 50,000 par le dégoût et la désertion ; tandis que l'État paie la solde et l'entretien de plus de 100,000 déserteurs; tandis que les États-majors, associés aux Compagnies de fournisseurs, s'enrichissent partout parle vol et le pillage ; le Directoire, accusé d'être la première cause de tous ces désordres, accusé d'avoir provoqué la guerre sur la longue ligne depuis la Hollande jusqu'à Naples, joint à toutes ces fautes celle d'avoir laissé l'Autriche faire d'immenses préparatifs sans se préparer lui-même et sans avertir les Conseils et le pays. L'archiduc Charles commande 157,000 hommes en Allemagne, contre lesquels les trois Généraux, Bernadotte, Jour dan et Masséna, ne peuvent opposer que 76,000 soldats manquant de tout; Suwarow, avec 60,000 Russes, et 85,000 Autrichiens, menace l'Italie, que l'ex-ministreSc/ufrerest chargé
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de défendre avec 43,000 hommes outre les garnisons.— L'Autriche commence la guerre, sans déclaration, pendant qu'on négocie à Rastadt; et le public ignore tout lorsqu'on apprend, avec effroi, que, malgré des prodiges de valeur, Jourdan vient d'être écrasé (25 mars), à Stockach, par des forces trop supérieures, et qu'il arrive à Paris pour accuser le Directoire de trahison ou d'impéritie. — L'indignation universelle accablerait probablement les Directeurs, si un horrible attentat, commis par l'Autriche contre la France dans la personne de ses Plénipotentiaires à Rastadt, ne venait donner un autre objet à la colère nationale.
§ 39. Assassinat des Plénipotentiaires français.
La défaite de Stockach fait rompre le congrès, et les Plénipotentiaires français quittent la ville pour rentrer à Strasbourg : mais l'Empereur, soupçonnant des négociations contraires à ses intérêts de la part de quelques Princes d'Allemagne avec ces Plénipotentiaires, a donné l'ordre à l'Archiduc de faireenlever leur caisson et leurs papiers ; etquandils partent, dans la nuit du 9 floréal (19 avril), des hussards autrichiens , eni vréset apostés , les sabrent et s'emparent de leurs correspondances. Robcrjot et Bonnier expirent sur place; mais Jean Debry, blessé et laissé pour mort, se sauve et parvient à se réfugier chez l'ambassadeur de Prusse. Voilà la Diplomatie! Voilà comment un Empereur sait violer le droit des gens, assassiner et voler des Ambassadeurs !
Mais cette nouvelle enflamme à l'instant la colèredu Peuple Français ; et d'un bout de la République à l'autre, on n'entend que des cris de guerre et de vengeance. Beaucoup de personnes penseront longtemps que c'est le Directoirequi a faitcommettrerassassinatpourdétournerl'attentionetranimer l'ardeur belliqueuse des Français : mais ici, comme presque partout, l'avenir révélera le crime d'un Empereur.