‹ 17941830Chapitre 79 sur 118 · NOUVEAUX REVERS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX REVERS

ment de l'armée, pour couvrir un déficit de 1 17 millions, il faut des impôts ; et Ton établit notamment une retenue sur les traitements et une taxe de guerre (qui devrait n'être que temporaire et qui deviendra perpétuelle). — Mais les dilapidations dans les bureaux de la guerre excitent tant de clameurs que les Conseils finissent par en accuser Tex-mi nistre Schérer et Tex-Directeur Revobell, son protecteur déclaré, qui passe pour son complice.

« Si vous voulez que les impôts soient payés, dit un rapporteur aux Anciens, le 6 prairial, il faut jurer une guerre d'exterminatiou à cette coalition de dilapidateurs qui sont plus funestes pour la République que la coalition des despotes, ll est temps que les fournisseurs infidèles soient livrés , avec leurs chefs , à la vengeance de» lois ; il est temps que l'on voie cesser ces marchés scandaleux où Ton vend à la République 350 francs des chevaux qui coûtent au plus 250 francs ; qu'elle cesse de payer \ 8 francs des bottes qui valent à peine 8 francs ; et qu'elle cesse de payer 42 francs le sac de farine que les particuliers paient 37 francs ; il est temps que la responsabilité des Ministres et des fonctionnaires ne soit plus un vain mot ; que la moralité recouvre son empire, car sans moralité point de crédit , point de République ; il est temps que l'on écoute le cri de l'opinion publique, qui, tôt ou tard, découvre les secrets des gouvernants, qu'ils soient revêtus du manteau directorial ou de la pourpre des sénateurs; il faut que Schérer et ses complices, accusés par l'opinion publique, soient traduits devant les tribunaux... Guerre, guerre aux fripons qui ont volé les deniers publics ! »

C'est en vain que Rewbell, clairement attaqué, s'oppose à l'impression du rapport ; le Conseil des Anciens signale à la France un Directeur et un Ministre comme prévenus d'être des fripons et des voleurs, tandis qu'un autre Directeur, Barras, est universellement connu pour un pillard.

§ 41. — Nouveaux revers.

Peu après la défaite de Jourdan, Masséna, nommé Général en chef des armées d'Allemagne et de Suisse, est forcé de rétrggrader et de se retirer dans un camp retranché sous Zurich. Schérer est battu en Italie, et laisse le commandement à Moreau, qui ne peut empêcher la division Serrurier d'être

entourée à Cassano, et forcée de mettre bas les armes, et qui ne peut ramener que 20,000 hommes en opérant encore une admirable refra/edevantSuwarow, qui s'avance jusqu'à Turin. — Macdonald, forcé d'abandonner Naples (où Caroline revient et surpasse toutes les violences révolutionnaires, dans sa réaction royale contreles patriotes Napolitains), perd I i,000 hommes tués ou blessés dans la bataille de la Trebbia* qui coûte aussi cher aux Austro-Russes, et ne peut rejoindre Moreau qu'avec environ 15,000 hommes. — L'Italie est est donc perdue malgré l'admirable courage des soldats. — Aussi le? Cinq-Cents décrètent une Adresse aux Français dans laquelle ils leur annoncent les dangers de la Patrie, leur affirment que la Coalition veut le partage de la France, et font un appel au courage des Républicains et du Peuple, comme si on ne les avait pas toujours calomniés, outragés et proscrits, après avoir été sauvé par eux !

Bientôt on n'entend que des cris et des imprécations contre le Directoire; on l'accuse d'avoir, dans son seul intérêt, reten u de vieux soldats dans l'i ntérieur pour influencer les élections-, d'avoir, par l'expédition d'Egypte, déterminé l'hostilité de la Porte et par suite de la Russie ; d'avoir, pour plaire à Rewbell et à Barras, préféré le vieux et impopulaire Schérer à Morcau, à Augcreau, à Joubert, à Championnet... Et tous ces reproches sont fondés ; car c'est le système antipopulaire du Directoire et l'immoralité de Barras qui sont la première-cause de tout le mal ; l'expédition même d*Égypte, qu'on devrait imputer d'abord à l'ambition de Bonaparte si l'on connaissait la vérité, est aussi la faute du Directoire qui ne devait pas la consentir, et qui ne l'a consentie peutêtre que pour se débarrasser de lui.

Quoi qu'il en soit, le Directoire pense à se défendre par un nouveau coup d'Etat : on prétend que Barras, Treilhard, La Béveillèrc, écrivent secrètement à Bonaparte, dès le 7 prairial, pour le rappeler, et que Barras, qui feint de faire cause commune avec eux, les trahit pour se joindre à Sieyès, et conspire contre eux avec lui.

le

COUP d'état démocrate DU 30 PRAIRIAL. 391 $ 42. — Coup d'État démocrate du 30 prairial.

Nous avons parlé de la conspiration entre Sieyès, Barras, Lucien Bonaparte, etc. (p. 387) contre la majorité du Directoire, Merlin, Treilhard, La Réveillère, qu'on appelle, ainsi que Rewbell, des avocats, qualification que les militaires et les sabreur s qui ne connaissent que la force adopteront comme terme de mépris, et appliqueront bientôt avec celui de èavardsmix Députés ea masse, aux penseurs, aux parleurs et aux écrivains.— On excepte Barras, qui ne travaille pas, qui ne discute pas, qui ne s'occupe que d'intrigues et de plaisirs, qui ne sait que piller et sabrer, mais qui se fait des partisans parmi les Démocrates, qui le croient ennemi des Royalistes (comme si les Démocrates devaient jamais avoir confiance dans l'immoralité !), parmi les Royalistes, qui le croient prêt à se vendre à Louis XVIII , parmi les ambitieux , les débauchés, lesfournisseursetlesÉtats:majors,dontil protège les pillages.

Résolus à exclure Merlin , Treilhard et La Réveillère , d'accord avec Sieyès et Barras , Lucien et les meneurs des Conseils commencent l'attaque en demandant au Directoire (14 prairial) des renseignements sur la situation intérieure et extérieure. — Pas de réponse. — Nouveau message (28 prairial) et déclaration qu'on restera en permanence jusqu'à la réception des renseignements demandés.

Les Anciens se mettent aussi en permanence; le Directoire s'y met également. Alors les meneurs des 500 parlent d'un nouveau coup d'État de la part du Directoire, et se mettent en mesure de prévenir l'attaque. — D'abord , ils déclarent l'élection de Treilhard an Directoire, fait en l'an 6, inconstitutionnelle et nulle, parce qu'il était sorti du Conseil depuis moins d'un an (il lui manquait quatre jours); ils le remplacent par Gohier, ancien avocat à Rennes. Puis ils attaquent l'ancien Directoire en lui reprochant sa tyrannie et ses calomnies contre les Démocrates.

« Pâlissez, impudents et ineptes Triumvirs , dit Bertrand ; je vais tracer la longue série de vos crimes. Vous avez conservé au Ministère

de la guerre le plus effronté des dUapidateurt , et , pour consommer son ouvrage , vous l'avez envoyé en Italie faire assassiner les vainqueurs de l'Europe. Dans l'intérieur, vous avez anéanti l'esprit public , vous avez muselé la liberté , persécuté les Républicains , brisé toutes les plumes , étouffé la vérité. Le Peuple français , en l'an 6 , avait nommé aux fonctions publiques des hommes dignes de sa confiance : vous avez osé dire que les élections étaient le fruit d'une conspiration anarchique ; vous avez mutilé la Représentation nationale. En l'an 7 , vous avez souffert qu'un de vos Ministres fît imprimer et distribuer avec profusion une adresse odieuse et perfide dans laquelle le Peuple est calomnié, et son ouvrage présenté comme celui d'une faction de terroristes. - Vous nous parlez de réunion : mais qu'avez-vous fait pour gagner la confiance des Républicains ? Quel accord peuUil y avoir entre un Corps législatif qui veut la République et un Directoire qui ne Ta pas voulue, ou qui, s'il la voulait , l'a conduite par son ineptie sur les bords de l'abîme ? Vous nous parlez de réunion : et moi je vous dis que le Corps législatif et l'opinion publique vous repoussent ; que vous devez déposer le manteau directorial que vous avez déshonoré. •

Comme on traite maintenant ces Directeurs qui , tout-àl'heure, parlaient en maîtres et en Dieux ! •

Boulay de la Meurthe demande la nomination d'une Commission de 12 qui proposera des mesures de salut public.

« Vinepte et atroce système du Directoire , dit-il , est l'ouvrage de deux hommes , Merlin et La Réveillère : ce Merlin , homme a petites vues, à petites passions , à petites vengeances , à petits arrêtés, a mis en vigueur le machiavélisme le plus rétréci et le plus dégoûtant ; il était digne d'être le Garde-des-sceaux d'un Louis XVI , et fait tout au plus pour diriger l'étude d'un procureur. (Il avoue que La Réveillère a de la moralité.)... Il faut que ces deux hommes sortent du Directoire ; il faut les y forcer en frappant un grand coup : il n'y a pas d'autre moyen de saucer la République. »

Et à l'instant, les Conseils déclarent hors la loi quiconque attenterait à leur liberté.

C'est en vain que, dans une réunion des Directeurs, des Ministres et de quelques Députés, La Réveillère traite Barras de misérable, soutient qu'il mérite seul les reproches qu'on peut adresser au Directoire, traite Sieyès de conspirateur, et affirme que Barras, Sieyès et la famille Bonaparte conspirent ensemble contre la Constitution et la République : il est forcé,

COUP d'état démocrate du 30 PRAIRIAL. 393

ainsi que Merlin, de donner sa démission (30 prairial) pour éviter un déchirement mais il déclare que la République est perdue'; et, toujours honnête, il refuse l'indemnité de 100,000 francs que le Directoire a destinée, sur les fonds secrets, à chaque Directeur sortant, et que Rewbell a acceptée. Roger-Ducos, ancien Girondin, dévoué à Sieyès, et le Général Moulins, sont choisis pour les remplacer.

- Après avoir renversé un Roi , brisé le sceptre de tant de Rois, dit Lucien Bonaparte au nom de la Commission des 12, le Peuple français pouvait-il supporter plus longtemps l'insolent despotisme de quelques hommes ineptes ? De là la négligence des conscrits à se rendre à la voix de la Patrie ; de là le mécontentement général, »

Et Lucien, fortifié par le nom de Bonaparte, par ses relations avec Sieyès et par les salons de son frère Joseph, exerce déjà tant d'influence que son discours est envoyé à toutes les Communes et à toutes les armées. Nous le verrons cependant aider à expulser le Corps législatif, à détruire le Gouvernement républicain, à créer un Roi et à fonder le Despotisme.

Voilà donc un nouveau coup d'État, une nouvelle violation de la Constitution, par la Représentation nationale, pour empêcher une pareille violence par le Gouvernement ! Et cela en faveur, dit-on , de la Démocratie ! Et sous la direction de Sieyès et Lucien , qui bientôt feront un autre coup d'État contre la Démocratie et contre la même Représentation nationale*!

Et remarquons que personne ne parle de Rarras, quoique tous les reproches adressés au Directoire soient infiniment plus mérités par lui que par Merlin et La Réveillèrel On le ménage, on le conserve, parce qu'il a trahi ses collègues en révélant leurs projets à Sieyès et aux Conseils , et en les abandonnant pour être conservé ! C'est lui qu'il faudrait attaquer surtout ! C'est un mensonge, une injustice, une scandaleuse déloyauté, de parler de Triumvirs sans flétrir Barras comme le chef du Triumvirat.

Voici donc un nouveau Directoire, composé de Sieyès, Barras et Roger-Ducos, qui forment une Majorité contraire

à la Constitution, de Gohier et de Moulins, qui forment une Minorité favorable à la Démocratie, qui sont d'honnêtes gens, mars qui sont tellement incapables, tellement jouets et dupes des trois autres, qu'on peut leur reprocher d'avoir accepté un pareil poste.

Sieyès, qui voulait avoir Talleyrand et Cambacèrês en place de Gohier et Moulins, n'en sera pas moins le véritable Directeur et le maître. — Il choisit pour nouveaux Ministres : Cambacèrês, Justice; Reinhard, créature de Talleyrand , Affaires étrangères; Quinette, Intérieur; Robert-Lindet , Finances; Bernadotte, puis Dubois-Crancé, Guerre ; Bourdon, Marine; Bourguignon, puis Fouché, Police.

Et ce Talleyrand, qu'on n'ose pas conserver Ministre parce qu'on lui reproche de tous côtés d'avoir laissé reformer la Coalition, on lui conserve sa funeste influence en lui donnant pour successeur sa créature, et en lui destinant la Présidence de l'Administration départementale! Et ce Fouché, que Barras a fait nommer successivement Ambassadeur en Piémont et en Hollande, le voilà Ministre de la police!

« Fouché t dit M. Thiers , ci-devant Jacobin , devenu un souple et bas courtisan de Barras , associé par lui au trafic des Compagnies , est placé par lui sur la voie des honneurs. Parfaitement instruit de Vesprit et des secrets des Jacobins , nullement attaché à leur cause , ne cherchant qu'à sauver sa fortune , Fouché est éminemment propre à espionner ses anciens amis. »

Et voilà Sieyès, Barras, Talleyrand, Cambacèrês, Fouché, qui gouvernent la France ! Que les patriotes sont dupes en tolérant de pareils hommes!

Puis pour exécuter leur coup d'État, Sieyès et Barras choisissent le jeune général Joubert, qu'ils nomment commandant de la 17e division militaire à Paris, mais qui sympathise avec Gohier et Moulins plus qu'avec eux.

Les Conseils se divisent aussi en trois fractions : les Conventionnels ou les politiques ou les modérés, qui veulent une autre Constitution , et qui se rallient à Sieyès ; les Démocrates, qui veulent ranimer la Démocratie et l'enthousiasme populaire contre la Coalition, en respectant la Constitution

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