RÉACTION ANTI- DÉMOCRATIQUE
liberté des élections et la Souveraineté du Peuple, comme
ayant pillé, etc.
Cependant, le Club du Manège oublie trop la prudence
et va trop vite : bientôt on fait l'éloge de Romme, de Sou-
bramy, de Goujon, de Bourbotte (p. 230), même de Babeuf
et des insurgés du camp de Grenelle; les fous l'emportent
sur les prudents ; dans une adresse au Ministre, on dit :
« Le Peuple français , frère et ami , s'est constitué en Comité de défense générale contre les Rois, les vices el les crimes. -
11 choisit pour ses premiers Présidents , sous le titre de Régulateurs, les Montagnards Destrem, Drouet; il publie ses séances dans le Journal des Hommes libres, et jette l'épouvante parmi tous les anti-démocrates, Sieyès, Lucien, etc., qui croient revoir le Club des Jacobins.
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Mais les Thermidoriens , les Girondins , les modérés , les politiques, les partisans de Sieyès, tout le Juste-milieu et les Royalistes, feignent d'être épouvantés, et crient qu'on retourne à la Terreur, à la Convention, à la Constitution de 93 ; et, le 27 messidor (1 4 juillet), quand les Conseils célèbrent l'anniversaire de cette journée, Tallot s'écrie aux Cinq-Cents :
« On dit que les deux Conseils doivent se n'unir en Convention nationale : je viens détruire ce bruit. Nous avons juré la Constitution de l'an 3 ; fidèles à nos serments, nous saurons la maintenir. »
A ces mots un enthousiasme général s'empare de l'assemblée ; tous les membres se lèvent et s'écrient à la fois : Vive la Constitution de l'an 3 !
« J'émettrai ici, dit Lucien, les idées qui depuis longtemps oppressent mon cœur. Le 30 prairial , vous avez détruit la tyrannie qui pesait sur la France ; yous avez juré de rendre au Peuple sa liberté, son indépendance , le libre exercice de ses droits , et de respecter la Constitution. Cependant on voudrait vous faire passer la ligne constitutionnelle... (Bravo! bravo! s'écrie-t-on de toutes parts.) Oui, il existe un petit nombre oVhommes qui voudraient faire dépasser cette ligne constitutionnelle ; et les amis des Rois le désirent aussi , parce qu'ils espèrent qu'en nous rejetant dans toutes les horreurs de Vanar-
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chie, ils nous feront périr dans les convulsions d'une révolution nouvelle. Non , plus d'échafauds , plus de Terreur, plus de régime exécrable de 93... (A ces mots , tous les Représentants se lèvent et s'é crient : Non, non, jamais! )... Hâtez-vous de poser une digue au torrent dévastateur qui menace de couvrir encore la France d'ossements et de débris. Renouvelons le serment à la Constitution de Tan 3. »
Tous les Représentants se lèvent encore et jurent. — Mais ces cris, ces serments, veulent dire qu'on ne veut pas de la Constitution de 93 , sans vouloir dire qu'on veut celle de Tan 3 ; car tout est comédie et mensonge dans le sanctuaire où l'on ne devrait jamais mentir.
Remarquons que, dès ce moment, Lucien, ancien Jacobin, qui a pris le nom de Brutus, qui se laisse inscrire sur le tableau du Manège, qui parle souvent comme un Démocrate, mais qui conspire dans l'intérêt de son frère et dans le sien, devient l'adversaire, l'accusateur et le calomniateur de la Démocratie. •
Encouragée par ces démonstrations contre les Démocrates, la Jeunesse incroyable ou l'ancienne Jeunesse dorée, veut disperser le Club du Manège : mais les Démocrates et le Peuple la repoussent si durement qu'elle n'ose plus revenir.
Cependant Talleyrand et Rewbell excitent les Anciens contre le Club du Manège ; Courtois renouvelle contre les Démocrates (8 thermidor), toutes les calomnies et tous les outrages, les appelant buveurs de sang, anarchistes, etc., les accusant de conspirer pour ramener la Terreur, les pillages et les massacres.
« Les Hébert, dit-il , les Ronsin , les héritiers de Babeuf, viennent de reparaître ; et il n'est pas plus dans la nature du tigre de boire du sang, qu'il ne Test dans ceUe de ces hommes de conspirer et de ravager. .
Et les Anciens, qui avaient cédé le local du Manège au club démocrate, décident qu'il lui sera retiré. Mais le club va s'établir dans une ancienne église des Jacobins, rue du Bac, qu'on appelle le Temple de la paix, et qui lui est offert par la Municipalité.
Le Directoire accuse aussi le Club du Manège de vouloir