RÉACTION ANTI - DÉMOCRATIQUE
couvrir la France de clubs pareils pour la gouverner par la Terreur.— La majorité des Cinq-Cents, au contraire, défend lesSociétés patriotiques, et soutient qu'elles sont indispensa bles pour ranimer l'enthousiasme populaire, pour repousser la Coalition victorieuse, et pour protéger les Républicains qui sont partout assassinés par les Royalistes, par les Chauffeurs et les Chouans, agissant pour favoriser l'invasion.
Cependant, on accuse Rarras d'être traître et pourri, et Sieyès d'être essentiellement Monarchique; d'avoir écrit une lettre dans laquelle il en faisait l'aveu ; d'avoir reçu du Roi de Prusse un portrait valant 300,000 francs; àe'trahir en faveur de la Constitution de 91 et du duc d'Orléans ou du
duc de Brunswick ; et de conspirer avec les banquiers , qui viennent de consentir un prêt de 30 millions et de lui donner une part de bénéfices à la condition qu'il fermerait les clubs— Et le 23 thermidor (10 août), pour l'anniversaire de cette journée, ce Sieyès, alors Président du Directoire, qui n'a jamais eu le courage de combattre la Terreur, qui a approuvé tous les massacres depuis le 9 thermidor, qui laisse encore aujourd'hui assassiner les Républicains par les Royalistes, ce Sieyès fait une sortie violente contre les Sociétés patriotiques et contre les Démocrates, qu'il appelle des Démagogues, des brouillons, des bavards. — H ne faut plus êe bavards, dit-il ailleurs ; il faut une tête et une épée. — Puis le 20, Barras, Sieyès, Fouché, Talleyrand, font fermer le Club du Manège et fouiller le bureau du Journal des hommes libres.
Qu'on juge de la colère des Démocrates contre lui, colère auparavant déjà telle que, pendant la dernière fête, quelquesuns des soldats qui faisaient la petite guerre en sa présence firent siffler des balles autour de lui et de Barras.
Ainsi, la guerre est déclarée de nouveau entre les Démocrates et les anciens Feuillants ou Girondins, au moment où la République est plus que jamais menacée par la Coalition. C'est aux Démocrates à vaincre, à montrer âe la prudence, de l'habileté, du courage : mais malheureusement
ils n'ont plus un seul homme autour duquel ils puissent se rallier et se discipliner.
Bientôt, les Démocrates perdent du terrain dans les Cinq- Cents : les ex-Directeurssontrenvoyés d'accusation le 2 fructidor (22 août), quoique à une faible majorité ; Lucien chantant la palinodie, les a défendus avec autant de chaleur qu'il en mettait d'abord à les attaquer ; et Ton refuse d'appliquer à Sieyès la mesure appliquée à Treilhard (p. 391).
Tout annonce donc quelque grande collision politique. — Aussi bientôt, le 18 fructidor (4 septembre), sur la proposition du Ministre de la police Fouché, le Directoire, conspirant avec la majorité des Anciens et la minorité des Cinq- Cents, fait arrêter les principaux journaux démocrates et royalistes, sous le facile prétexte qu'ils ont formé une conspiration contre la République. Le Député Briot attaque cet acte comme violateur de la Constitution et tyrannique.
« Je le proclame à la France entière , dit-il , on nous prépare un coup d'état. On veut renfermer le Peuple français dans son ancien territoire, et le Directoire a en poche un traité de paix tout fait d'après cette base. Si cet acte se consomme, si le Corps législatif est opprimé, alors la liberté est perdue; c'est au Peuple à venir à notre secours ; c'est au Peuple à se lever tout entier ; c'est au Peuple à voler aux armes et à se sauver lui-môme. (A ces mots de violente murmures se font entendre ; l'orateur est vivement rappelé à l'ordre ; il continue). Le but du Directoire est de faire un coup d'état et d'amener la dissolution du Corps législatif; et déjà, j'en ai les preuves acquises , on a cherché à exciter une émeute dans le faubourg Antoine. (Plusieurs voix : Montrez les preuves)... Quelle est donc la moralité de cet homme (Fouché) qui, ultra-révolutionnaire avant le 9 thermidor, remplit aujourd'hui le Ministère de la police. » (Murmures).
- Accueillez, dit François de Nantes, cette classe de Républicains qui a fourni un million de défenseurs , tandis que la classe des prétendus Modérés a fourni un million d'assassins et d'égorgeurs royaux. -
• On redoute, s'écrie Lamarque , les Républicains énergiques et exagérés, autant que les Russes : mais si on les repousse, nous sommes menacés des plus grands malheurs. •
Biais le Directoire remporte : on approuve l'arrestation des journalistes ; on l'autorise à faire des visites domiciliaires: