DÉCLARATION DE LA PATRIE EN DANGER
et néanmoins le Directoire fait une proclamation pour appeler le Peuple aux armes, comme si le Peuple ne pouvait lui répondre : Nous n'avons aucun intérêt à nous faire tuer pour une Patrie qui ne fait rien pour nous et qui nous opprime !
Et au lieu d'employer les Républicains , le Directoire et Fouché font opérer d'innombrables visites domiciliaires et arrêter 548 individus, presque tous Démocrates, arbitrairement accusés de conspiration.
§ 45. — Déclaration de la Patrie en danger.
Cependant , les revers continuent par la faute du Directoire ; car les armées n'ont jamais montré tant de courage : mais , accablées par le nombre, elles sont forcées d'évacuer l'Italie, à l'exception à'Ancàne. Les garnisons d'Alexandrie et de Mantoue sont obligées de capituler. C'est en vain que Joubert , nommez Général en cbef, veut y rentrer avec moins de 35,000 Français et livrer bataille, à Novi, le 28 thermidor ( 15 août), contre Suwarow, commandant plus de 70,000 Autrichiens etRusses : il périt à l'avant-garde, en disant : Soldats , marchez à l'ennemi ; et Moreau , qui le remplace, perd la bataille après dix-huit heures de combat , après avoir été victorieux toute la journée, après avoir tué 24,000 ennemis et perdu 10,000 soldats, le Général en chef, 4 Généraux de division , 37 canons et 4 drapeaux.
Quelle boucherie, causée par l'Aristocratie, et dont le pauvre Peuple est toujours la victime sans qu'on ait pour lui la moindre reconnaissance !
En Hollande, 40,000 A nglo-Russes , commandés parle Ducd'Yorck et le Prince d'Orange, viennent attaquer 19,000 Franco-Hollandais commandés par Brune , et les forcent à rétrograder,, après s'être emparés de la flotte hollandaise , livrée par trahison.
On peut deviner l'effroi général sur toujes les frontières 1
« Les dangers de la Patrie sont si grands, s'écrie le Général Jourdan (le Î7 fructidor) que le silence serait coupable... Nos places sont t. iv. 26
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livrées par la trahison; une vaste conspiration royale, dont le Comité central réside à Paris, embrasse la France entière... Un système machiavélique éteint toute énergie républicaine... Je demande que la Patrie soit déclarée en danger. -
A l'instant éclate la plus furieuse tempête; le Président ne peut, en se couvrant, arrêter le tumulte; les deux partis se menacent de la voix et du geste ; les Tribunes crient vive le République! — Et il parait que, dans le tumulte , on accuse Sxeyès de trahison; car Chènier vient le défendre et soutient que des bruits d'un traité avec un Roi, d'une Constitution monarchique , ne peuvent suffire pour - faire con- « damner un homme qui , dès l'aurore de la Révolution , a « servi la cause de la liberté avec tant de lumières et de - courage. - — Mais Lucien, qui conspire en faveur de son frère et qui craint un mouvement révolutionnaire qui ne lui laisserait plus de chances , s'oppose à la déclaration de la Patrie en danger, et demande au contraire qu'on donne au Directoire toute la latitude constitutionnelle.
« Il faut , dit-il , de la vigueur au bras chargé de sauver la Patrie. Lorsqu'un État est en proie aux factions , il ne peut se sauver qu'en donnant de la force au Gouvernement existant , ou en le changeant. (Oui, créez une Dictature!) J'entends parler de Dictature; mais il n'est aucun de nous qui ne fût prêt à poignarder le premier qui oserait se porter pour Dictateur de' la France (Applaudissements)... Au 30 prairial , j'ai été d'avis de changer le Directoire : mais je ne vois dans le Directoire actuel ni ineptie ni trahison , et je crois devoir me réunir à lui. »
Et nous verrons bientôt que Lucien conspire avec Sieyès contre ce Directoire et contre la Constitution dont il se dit hypocritement le défenseur.
Daunou combat aussi la déclaration de la Patrie en danger, dans la crainte qu'elle n'entraîne plus loin qu'on ne voudrait dans les mesures révolutionnaires, et qu'elle ne perde la Constitution de l'an m, qu'il va travailler à détruire.
La discussion redevient brûlante et volcanique : Quirot, Bliny Deslrem, Lamarque, proclament la trahison, les dangers intérieurs et extérieurs, la nécessité de l'énergie popu-