DÉCLARATION DE LA PATRIE EN DANGER
laire ; Frison crie qu'il n'y a que les complices de la trahison qui peuvent s'opposer à la déclaration demandée ; et les deux partis se menacent comme deux armées ennemies... Tout-àcoup, au milieu de la discussion, on annonce que le Ministre de la guerre Bernadolte et le commandant de Paris Marbot (remplaçant Joubert), viennent d'être destitués...
« Si cet acte , s'écrie Jour dan , n'était que le prélude d'un coup d'État (100 membres se lèvent en criant : Oui 1 oui !).. que le Peuple français apprenne que les Représentants sauront mourir (Oui , oui , s'écf icnt en se levant une foule de Députés)... Ils sauront faire rentrer dans le néant les conspirateurs qui oseraient attenter à la Représentation nationale... Leur devise sera toujours la liberté ou la mort. (Oui, oui, s'écrie l'Assemblée.) -
« Si l'on voulait attenter à la Représentation nationale , dit Âugereau , il faudrait que l'on me coupât le cou avant de mettre la main sur un de mes collègues. »
« Quand je vois, dit Garreau , qu'on parle de mettre à l'Administration de la Seine un Talleyrand, un Rœderer, un Desmeuniers , je ne puis contenir mon indignation... On veut encore assassiner les Républicains : eh bien, qu'ils se mettent en état de défense ! »
« Lo premier qui osera porter une main sacrilège sur la Représentation nationale , dit Lucien, passera sur mon corps avant que d'atteindre aucun de mes collègues. (On applaudit.) Une loi rendue avant le 30 prairial met hors la loi quiconque portera atteinte à la liberté et la sûreté de la Représentation nationale. Cette loi sera exécutée. •
Kcmarquons-le bien , Lucien reconnaît que tout violateur de la Représentation nationale devra être mis hors la loi.
« Je le demande, s'écrie Briot, comment a-t-on pu nommer Talleyrand président de l'Administration centrale de la Seine , cet homme qui est Y auteur de toutes nos calamités , cet émissaire de V Autriche, cet agent de la contre-révolution ? »
Et ce Talleyrand trahit et trahira tout en effet.
« La dernière Coalition , dit Boulay (de la Meurthe), ne s'est formée que par le bruit répandu par le Cabinet anglais que nous voulions républicaniser V Europe... Soyons sages ; restons chez nous ; respectons les Gouvernements étrangers ; et la Coalition tombera. »
Quel langage, quand laCoalition menace de noyer la France dans son sangï Car, le fait est manifeste, la Patrie n'a jamais
été plus en danger ; le dernier degré de l'énergie populaire , tout l'enthousiasme patriotique, la levée en masse , peuvent seuls assurer son salut ; elle est perdue et va périr dans les plus horribles vengeances si, par un miracle sur lequel on ne doit pas compter, Masséna n'arrête pas les Russes à Zurich. En repoussant l'énergie populaire, les peureux, les égoïstes, les anciens Feuillants, compromettent le salut public!
Mais les Démocrates manquent ici d'adresse et d'énergie ; et, le 28, après une longue et violente discussion, 245 membres rejettent la déclaration , contre 171 qui la demandent. Ce rejet excite un vif mécontentement dans le Peuple, rassemblé autour de la salle.
Cependant, le Directoire a destitué Bernadotte, connu par son Républicanisme ; et pour empêcher les soupçonset la colère que pourrait causer cette destitution, il annonce que le Ministre a donné sa démission pour raison de santé : mais Bernadotte lui donne un démenti ; et les deux Directeurs républicains , Gohier et Moulins . se plaignent vivement de cette mesure, prise inconstitutionnellement à leur insu.
Bientôt , la découverte de billets clandestinement imprimés par ordre de Lucien, membre de la Commission des Inspecteurs, pour uneconvocation extraordinaire des Conseils, excite de violents soupçons et une vive explication. — Tout annoncedonc un nouveau coup d'État de la part du Directoire ; et comme il ne peut l'opérer qu'avec un Général et l'Armée, comme il ne peut compter ni sur Bernadotte ni sur Lefèbvre, commandant de Paris, ni sur Jourdan, ni sur Augereau, on croit qu'il choisit Moreau , qui va quitter l'armée d'Italie pour venir à Paris.
§ 46. - Masséna sauve la France.
Cependant, grâces à l'habileté des Généraux et à la bravoure des soldats, les armées françaises reprennent partout l'avantage avant même que la nouvelle levée ait pu leur donner de nouveaux combattants : en Hollande, Brune bat les Anglo-Russes à Berghem et à Calseroom , les force à capi-