‹ 17941830Chapitre 85 sur 118 · MASSÈNA SAUVE LA FRANCE · texte numérisé non relu

MASSÈNA SAUVE LA FRANCE

tuler, et ne leur accorde la faculté de se rembarquer qu'à la condition de rendre 8,000 Français et Hollandais faits prisonniers depuis la guerre et détenus en Angleterre.

Mais c'est Massèna qui va décider des destinées de la France ; car, s'il est battu, 60,000 Russes et plus de 200,000 Autr ichiens vont envahir la France sur toute la frontière , sans qu'il soit possible alors de les empêcher d'entrer à Lyon et à Paris ; et l'imagination est épouvantée quand on pense au sangque verseraient le féroce Suwarow, ses féroces soldats Russes, ces Autrichiens si longtemps humiliés et exterminés , ces implacables Émigrés qui reviennent avec les Russes, tous les Chauffeurs et tous les Chouans de l'intérieur! Caroline de Naples enverrait faire, contre les Jacobins français, ce qu'elle a fait faire contre les Républicains de son pays ! Et quel pillage en France, après tant de pillages commis en pays étranger par le Directoire , par ses agents et par les états-majors !

Heureusement , l'Angleterre , l'Autriche et l'Allemagne , s'effraient de voir la Russie arriver à Corfou, à Malte, à Gènes, et décident que les Russes se concentreront en Suisse et que le Prince Charles se séparera d'eux pour se concentrer en Allemagne. Heureusement surtout que Massèna (aidé par Foy, Soult, Oudinot, Lecourbe), attaquant successivement Korsakof avec 30,000 Russes près Zurich ( auquel il tue 8,000 hommes, fait 5,000 prisonniers, prend 100 canons, tous les bagages et le trésor) , Hotte , avec près de 30,000 Autrichiens (auquel il en tue 5 à 6,000) , et Suwarow avec 18,00ORusses(auquelilentue8,000), les écrase séparément tous les trois, du 3 au 8 vendémiaire (25 au 30 septembre), les force à ramener leurs débris en Allemagne et en Russie, contraint la Coalition à rétrograder partout et même à se dissoudre ; car Suwarow, furieux contre l'Autriche, ne veut plus servir avec elle.

Les frontières d'Italie restent menacées par Mêlas et les Autrichiens : mais, démoralisés par les catastrophes de Suisse et de Hollande, ils n'oseront pas tenter l'invasion, que l'en-

thousiusme réveillé en France rend chaque jour plus difficile; et Ton peut dire hardiment que Masséna vient de sauver la France et de garantir pour un temps la sécurité du midi.

Gloire donc, gloire immortelle, reconnaissance éternelle à Masséna et à ses braves, qui viennent de déployer leur courage et leur talent et de vaincre pour défendre le sol de la Patrie! Bonaparte, avec plus de génie, n'a jamais rendu un aussi grand service ; et jamais décret ne fut plus national que celui qui déclare, le 1 8 vendémiaire , que les armées d'Helvétie et de Batavieont bien mérité de la Patrie.

Aussi, presque tous les Généraux, rendus au repos pour quelque temps, viennent-ils jouir de leur triomphe à Paris.

Mais tout-à-coup on reçoit des dépêches qui annoncent des victoires en Orient ; les journaux se remplissent des bulletins et des proclamations de Bonaparte ; les Conseils décrètent en même temps que l'armée d'Egypte a bien mérité de la Patrie; toute l'attention publique, adroitement accaparée par les frères et la femmede Bonaparte, se concentreexclusivement sur lui ; et la joie égale la surpriselorsque,le22, on apprend qu'il a débarqué, le 17 (8 octobre), à Fréjus.

S'il n'est pas rappelé par Sieyès et Lucien, ou par Lucien seulement, il arrive justeau momentoù les victoireset l'allégresse publique disposent les esprits à la reconnaissance et à la confiance , où le Directoire a besoin d'un Général populaire pour exécuter son coup d'État, et où tous les partis cherchent des secours pour se défendre ou pour attaquer.

Mais avant d'aller plus loin , retournons pour jeter un rapide coup d'oeil sur l'expédition d'Egypte.

§ 47. — Expédition (TÉgypte.

Nous avons vu les préparatifs et les premiers résultats de l'expédition (p. 374 et 377). — Après la bataille des Pyramides et l'entrée au Caire, Desaix conquiert la Haute-Égypte après la sanglante bataille de Sediman, où 2,000 Français écrasent la seule armée qui reste à Murad-Bcy. 4,000Mame-

EXPÉDITION d'ÉCYPTE.

lucks et 8,000 Fellahs. On rappelle le Sultan-Juste, comme, au Caire, on appelle Bonaparte le Sultan-deFeu , après une terrible révolte dans la capitale et dans toute FÉgypte , terriblement étouffée par lui dans le sang des Égyptiens.

CependantBonaparte, apprenantque la Porte prépare deux armées, l'une que les Anglais doivent débarquer à Aboukir , Fautrequi doit arriver par la Syrie, court au-devant de celle-ci avec 13,000 hommes , et se flatte de soulever 60 ou 80,000 Chrétiens du Liban t de s'emparer de Constantinople et de se faire Empereur des Turcs, ou de conquérir l'Inde comme Sésostris et Alexandre. Il s'empare d'abord , presque sans résistance, du fort El-Arisch, entre l'Egypte et le désert, met en fuite Ibrahim-Bey et s'empare de son camp , le 29 pluviôse an 7 (15 lévrier 1799). Traversant le désert, il entre en Syrie, s'empare de Gaza et prend d'assaut Jaffa , qu'il livre à 30 heures de pillage et de massacre. Malheureuse France, que serais-tu devenuesi les Russes de Suwarow n'avaient pas été arrêtés par Masséna ! — Cest là que Bonaparte fait massacrer, le 10 mars , 4,000 Turcs auxquels ses aides-de-camp, Beauharnais et Croisier, envoyés par lui , avaient accordé la vie. par une capitulation, au moment où ces Turcs, retranchés derrière dès murailles, allaient les fusiller eux-mêmes.

- Il restait quelques mille prisonniers, dit M. Thiers, qu'on ne pouvait pas envoyer en Egypte , parce qu'on n'avait pas les moyens de les faire escorter, et parce qu'on ne pouvait pas les renvoyer à l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs... Bonaparte les fit passer au lil de l'épée. »

Mais il ne fallait pas leur accorder une capitulation; ils se seraient battus, se seraient fait tuer jusqu'au dernier en combattant, auraient peut-être été vainqueurs, ou bien auraient trouvé la mort moins cruelle en la subissant dans la chaleur du combat, et auraient en outre utilisé leur trépas en affaiblissant l'ennemi de leur Patrie. Qu'y aura-t-il de sacré sur la terre si les capitulations ne son t pas sacrées ? Les armées vaincues seraient donc réduites à se faire exterminer entièrement

en exterminant à moitié les armées victorieuses ! Quelque inconvénient qu'il y eût à renvoyer libres ces 4,000 Turcs, il y eu avait moinsqu'à violer une capitulation ; car personne n'est sûr de fixer 1$ victoire ; et malheur au vainqueur qui Yioleune capitulation s'il est un jour vaincu !... Aristide et Régulus donnaient au Monde d'autres exemples !

C'est là aussi , à Jafla, que Tannée prend la peste , ou que $'en développe le germe apporté d'Égypte.

Bonaparte attaque ensuite Saint-Jew-4'Acre, place forte, défendue par le Pacha Pjezzqr, par une nombreuse garnison et par l'amiral anglais Sidney-Smith , qui lui fournit d'excellents canonniers, des munitions, et un émigré, Phellipeaux, ancien officier du génie très-habile. Mais Bonaparte n'a point d'artillerie de siège, parce quecelle qu'il a fait partir d'Égypte par mer a été enlevée par Sidney-Smith, comme c'était facile à prévoir ; et cette artillerie va servir à le foudroyer, tandis qu'il n'a [que quelques pièces de campagne. Déjà plusieurs assauts n'ont pu réussir, lorsque le Pacha de Damas vient au secours de la place avec 25,000 hommes. Avec 6,000 seulement, Bonaparte les écrase au pied du Mont Thabor, les repousse au-delà du Jourdain, brûle tous les villages, et revient à SaintJean-d'Acre, où 12,000 hommes viennent encore de débarquer. Rencontrant là des obstacles faciles à prévoir mais qu'il semble n'avoir pas prévus, ils'acharne avec fureur, multiplie les assauts, lance comme des boulets ses intrépides soldats , et les fait tuer pour tuer beaucoup d'ennemis. Quelques-uns pénètrent dans la ville et se retranchent dans une mosquée, résolus de s'y faire tuer , lorsque Sidney-Smith , touché de leur bravoure, leur fait accorder une capitulation. Mais enfin, après deux mois d'incroyables efforts et d'héroïque dévouement de la part des soldats , après l'irréparable perte de 4,000 hommes outre 1 ,200 blessés , après avoir couru la chance d'être pris par la peste qui règne là comme à Jafla, il faut rétrograder, il faut renoncer aux rêves de ta conquête de Gonstantinople et de l'Orient. « Çe Sidney-Smith ,

• dira souvent Bonaparte, m'a fait manquer ma fortune! —

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