BONAPARTE TRAVAILLE A SE POPULARISER
seurs, admirera sa gloire militaire, tandis que les égoïstes le soutiendront par cupidité, tandis que les Royalistes et les Aristocrates se rallieront à lui dans l'espérance d'y trouver un Monk ou un protecteur, les Démocrates éclairés auront pour lui toute la haine que peuvent inspirer la loyauté contre la perfidie, et la liberté contre le Despotisme.
$9. — Dictature provisoire.
Voilà donc Bonaparte investi, le 19 brumaire, de la plénitude de la puissance dictatoriale : mais ce n'est presque rien ou du moins ce n'est que le premier pas, puisqu'il veutêtre Empereur etqii'iln'a obtenu cette Dictature momentanée qu'en parlant de République, de liberté, de garanties, de Constitution nouvelle. Il faut donc continuer à tromper, pour obtenir une Constitution qui lui donne une Dictature constitutionnelle et déguisée qui lui permettra de préparer
les esprits à la transformation de la République en Empire.
§ 10. — Bonaparte travaille a se populariser.
Dès le lendemain, maître du pouvoir, Bonaparte ne néglige rien pour captiver l'opinion, pour justifier le coup d'État, pour faire croire à la conspiration Jacobine, aux poignards et à la tentative d'assasinat, pour rendre les Démocrates odieux et ridicules... Il fait faire des milliers de gravures qui représentent les Députés fuyant par les fenêtres devant les soldats, jetant leurs costumes, dans toutes les attitudes de la lâcheté.
Tandis que des milliers d'autres gravures représentent Bonaparte au milieu des poignards, etThoméarrétantlebras d'un assassin, tandis qu'on célèbre une fête en l'honneur de son prétendu sauveur Thomé, des Commissaires vont endoctriner les départements. Il reçoit les autorités, passe des revîtes, visite l'Institut, l'École Polytechnique, les Invalides, qu'il appelle ses vieux camarades, même les prisons.
Il flatte le commerce, prodigue les caresses, les promesses, les espérances, et s attache à exploiter la vanité et l'égotsme. Il abolit V emprunt forcé (p. 396) pour plaire aux riches, quoiqu'il s'expose à déplaire aux pauvres qui s'en trouveront surchargés. 11 rappelle des déportés du 18 fructidor, Pichegru, Carnot, etc. (p. 367). Pour plaire aux anciens Nobles, il révoque la loi des otages (p. 396) et celle qui excluait des fonctions publiques les ex-Nobles et lespa- • rents d'Émigrés. Il cherche à gagner les Prêtres en leur rendant les Églises et la publicité du culte, en rédigeant un serment plus simple (fidélité à la République), en faisant de magnifiques obsèques au Pape (Pie VI) mort à Valence, où le Directoire l'avait emmené prisonnier, après l'avoir enlevé de Rome et relégué en Toscane (p. 376). Il cherche à plaire à la Nation en écrivant au Hoi d'Angleterre pour l'inviter à faire cesser le lléau de la guerre. 11 gagne et enthousiasme l'armée par des proclamations aussi nombreuses qu'admirables, en lui promettant la reconnaissance nationale, en instituant des sabres, des fusils, etc., d'honneur. Les journaux ne sont remplis que de ses actes et de son nom... Tout cela est facile; et, d'ailleurs , ce ne sont assurément ni l'activité, ni l'adresse, ni l'habileté comme administrateur, qui lui manquent... Et quel bonheur pour son ambition, de succéder à des Thermidoriens, à un Directoire, à un Barras, à un Sieyès !...
Bonaparte essaie aussi de pacifier la Vendée en accordant une amnistie, en exhortant les Prêtres à donner l'exemple, en menaçant les rebelles de l'extermination.
§ 11. — Persécution des Démocrates.
Mais ce n'est pas assez d'avoir destitué 60 Députés, d'avoir calomnié les Démocrates, de museler la presse patriote et de fermer les clubs ; le 26 brumaire, par un arrêté des Consuls, 37 Démocrates, dont \ Députés et Félix Lepcllelier% sont condamnés à la déportation à Cayenne par mesure de sûreté, et 2? autres, parmi lesquels on remarque beaucoup