RAPPEL DES ÉMIGRÉS
Moreau ne veut pas assister à cette cérémonie -, beaucoup de Généraux n'y paraissent qu'en murmurant; l'armée ne la voit qu'avec déplaisir : mais Bonaparte se croit, avec le nouvel appui des Prêtres, assez puissant pour tout braver.
Bonaparte s'empare de l'instruction publique, repousse tous les systèmes d'éducation adoptés par les Assemblées nationales, et établit ses lycées presque militaires, pour façonner la génération nouvelle au Despotisme.il institue aussi la Lègion-à" Honneur, sous le prétexte d'inspirer de l'honneur et de maintenir V égalité , mais en réalité pour avoir un corps intermédiaire y une classe qui lui serait dévouée jusqu'à prendre l'engagement de lui servir d'espions et de dénonciateurs ; et quoiqu'il soit évident que c'est une sorte de noblesse conférée par un Monarque , si énergiquement proscrite par toutes nos Assemblées nationales , tout est voté en une séance. Et néanmoins, ces Corps esclaves protestent silencieusement, au Tribunat, par 38 boules noires contre 56 blanches, au Corps législatif par 110 contre 166.
Ç 30. - Rappel des Émigrés.
SimpleGénéral en Italie, Bonaparte s'est montré tellement l'ennemi des Émigrés qu'il voulait faire arrêter et fusiller un Émigré nommé ambassadeur, prétendant que le caractère de l'ambassadeur ne pouvaitcouvrirlecrimedu parricide: mais aujourd'hui, visant à l'Empire et sacrifiant tout au besoin de se faire des partisans , ce sont les juges de Louis XVI qu'il appelle des assassins et des parricides ; il amnistie les Émigrés et leur rend leurs biens qui ne sont pas encore vendus, violant ainsi manifestement sa propre Constitution qui porte ; • La Nation Française déclare qu'en aucun cas elle - ne souffrira le retour des Émigrés ; elle s'interdit toute ex- « ception. Leurs biens sont irrévocablement acquis au profit
486 covsulat. — 1802.
• de la République. • Et le Sénat, dit conservateur, approuve, prétendant|qu'on conserve la Constitution en la violant.
| 31. — Bonaparte m fait nommer Consul à vie.
Le traité d'Amiens n'a rien de solide ; car l'Opposition anglaise, qui a toujours blâmé la guerre contre la Révolu lution française, veut la guerre contre Bonaparte.
« La situation de Bonaparte, dit Sheridan au Parlement, et l'organisation de son pouvoir, sont telles qu'il doit entrer, avec ses sujets» dans un horrible échange : il faut qu'il leur promette de les rendre les maîtres du monde, afin qu'ils consentent à être esclaves ; et si tel est son but, contre quelle Puissance doit-il tourner ses regards inquiets si ce n'est contre la Grande-Bretagne?... » Mais son arrogance et son despotisme qui doivent nous faire mettre plus de prix à notre Constitution et à notre liberté... Tout homme qui arrive en Angleterre, en sortant de France, croit s'échapper d'un donjon pour respirer l'air et la vie de l'indépendance. »
Mais Bonaparte se hate habilement d'exploiter la satisfaction passagère que cause la paix d'Amiens, pour faire un nouveau pas vers l'Empire. Il échauffe d'abord les esprits par un message au Tribunat, dans lequel il montre la paix générale conquise par lui. Puis il fait proposer parStmêon, une députation qui viendra le féliciter. Puis il fait proposer par le Président Chabot ,de l'Ailier, de lui décerner un gage éclatant de la reconnaissance nationale. Et ces propositions sont successivement adoptées à l'unanimité.
Puis, il fait rendre par le Sénatrdit conservateur, un Sénatus-Consulte qui viole la Constitution en le nommant Consul pour 20 ans, au lieu de 10. —Il écrit au Sénat pour le remercier, et prétend que, en acceptant, il fait un sacrifice au Peuple, qui lui impose le devoir d accepter.— Puis, feignant de rendre hommage à la Souveraineté duPeuple,il demande que le Sénatus-Consulte soit soumis h Yacccptation populaire ; mais, au lieu de soumettre cette question : Bonaparte sera-i-il Consul pour 20 axs? il demande qu'on soumette celle-ci : Bonaparte *era-t-il Consul \ vie? Et personne ,