SECOND REPROCHE
Ma téméraire apologie des prêtres déportés.
Ici l'accusation est téméraire elle-même, puisqu'il n'y a pas un mot d'apologie dans l'écrit dont on veut parler ; puisqu'il n'y est question que de l'exécution littérale des lois de 1792 et 1793 et autres, remises en vigueur par celle du 19 fructidor an V.
Revoyez cet ouvrage, j'enjoins un exemplaire à ma défense, je vous prie de ne l'en pas séparer; vous y verrez que je n'ai pris pour guide de mon opinion que le texte des lois, les lettres ministérielles et les discours du Corps législatif. Vous y reconnaîtrez, citoyens administrateurs, que, lorsque je consignais sur le papier, à la lin de pluviôse an vi, que les prêtres déportés qui avaient été, à l'occasion de la déporta-
tion, inscrits sur les mêmes listes que les émigrés dans le temps où les uns étaient assimilés aux autres, ne devaient pas être, par cette seule confusion matérielle, confondus avec les émigrés, ni jugés de même; vous y verrez, dis-je, que le Directoire lui-même le pensait ainsi, puisque telle a été la décision consacrée dans son message du 16 ventôse.
« Vous ne devez pas douter, citoyens républicains (porte ce « message), que le Directoire exécutif ne partage avec vous les « sentiments qu'inspirerait le sacrifice de l'innocence, s'il exis- « tait une loi qui pût y conduire. Loin de l'exécuter, le gouver- « nement ne se laisserait pas prévenir dans le devoir d'en pro- « voquer l'abolition.... Le Directoire exécutif a pris un parti « qu'il a cru conforme à la loi, il a décidé que, dans les dépar- « tements où l'on n'a pas fait de distinction entre les prêtres « émigrés et les prêtres déportés, où on les avait tous inscrits « sur la liste comme émigrés, l'inscription ne vaudrait provi- « soirement que comme déportés. »
VoUà la décision du gouvernement, veuillez la comparer avec l'opinion qu'on me reproche, et voyez s'il y a la moindre différence. Je pourrais vous citer encore plusieurs décisions ministérielles, telles qu'une lettre du ministre de la justice du II germinal an vi, dans laquelle il établit les mêmes principes et fait une partie des mêmes raisonnements que vous trouverez dans mon écrit. Où est donc le délit qu'on me reproché, puisque je n'ai parlé que le langage des lois? que j'en ai expliqué le rapprochement de la même manière et dans le même sens que les rei)résentants du peuple les mieux prononcés, le gouvernement et les ministres?
Et c'est devant vous, citoyens administrateurs, vous, les amants de la liberté, qu'on veut m'accuser d'en avoir fait un usage criminel, lorsque j'ai parlé comme l'autorité supérieure! C'est devant vous qu'on citerait ainsi le gouvernement luimême, en voulant que vous déclarassiez coupable ce qu'il a solennellement approuvé ! Non, vous ne le jugerez pas ainsi ; j'en ai envoyé dans le temps un exemplaire aux autorités constituées, chargées de surveiller la presse, j'en ai envoyé un exemplaire au ministre de la police : personne alors ne le trouva répréhensible, et vous jugerez de même aussi.