‹ 18 fructidor: documents pour la plupart inéditsChapitre 12 sur 180 · I. Marais le Tellier, domestique de Barthélémy · texte numérisé non relu

I. Marais le Tellier, domestique de Barthélémy

18 FRUCTIDOR. a

XYIII INTRODUCTION.

présidents du Conseil des Anciens ; le général Pichegru, qui, immédiatement après les élections de l'an v, avait été, presque à l'unanimité, élu président du Conseil des Cinq-Cents ; Barthélémy, qui, avec Carnot, formait dans le Directoire la minorité opposante aux desseins du triumvirat ; le général Willot, qui avait pacifié la Provence; ïronsonduCoudray, Aubry, de la Rue, qui s'étaient signalés en défendant les Conseils contre les empiétements et les insultes du Directoire; Ramel et Rovère, inspecteurs de la salle (nous dirions aujourd'hui questeurs) ; le général Murinais-Dauberjon; Bourdon (de l'Oise), de qui l'on ne s'explique pas la présence ; un agent de police, d'Ossonville, qui avait pourtant nagé dans bien des eaux ; enfin, la Villeurnoy et l'abbé Brotier, récemment condamnés, le premier à un an, le second à dix ans de réclusion, par un conseil militaire, et dont le Directoire commuait arbitrairement la peine toute temporaire en une déportation outre-mer qui devait être mortelle à tous deux.

Sur les soixante-cinq noms d'hommes politiques qui composaient la liste de déportation arrêtée par les Conseils, tels furent ceux qui tombèrent les premiers entre les mains du Directoire i. Si quelques-uns, comme Rovère et Bourdon (de l'Oise) forment un étrange contraste ; si d'autres, comme Murinais et d'Ossonville et môme la Villeurnoy et Brotier, ne semblent pas mériter tant de haine, il suflit d'avoir lu les débats des Conseils dans les deux mois qui précédèrent le coup d'Etat, pour reconnaître que la continuité de leurs attaques non moins que leur modération môme, la justice de leurs griefs comme les torts du Directoire, avaient créé aux Pichegru, aux Willot, aux Tronson du Coudray, etc., une autorité

I. ÎNI. Mignet {Histoire de la Révolution française, t. II, p. aSi) a éci'it : « Quelques proscrits parvinrent à se soustraire au décret d'exil ; la plupart des condamnés furent transportés à Cayenne, mais un grand nombre ne quitta pas Vile de Ré. » Toutes vagues qu'elles soient, ces expressions n'en sont pas moins singulièrement inexactes. Sur les soixante-cinq proscrits, quarante-huit s'échappèrent ; dix-sept, en compi'enant Gibert-Desmolières et J.-J. Aymé, arrêtés plus tard, furent déportés à la Guyane; aucun ne fut envoyé à l'île de Ré.

INTRODUCTION. XTX

que des hommes décidés à ne pas quitter le pouvoir devaient trouver dangereuse. Encore un peu de temps, et le Directoire eût succombé, non pas sous le poignard des assassins, mais sous le poids d'une majorité constitutionnelle qui l'eût, tranquillement et légalement, évincé du pouvoir. Ce fut la vraie raison du coup d'État : il s'agissait de sauver, non la Constitution ni la république, mais les Barras, les Merlin, les Reubell, les Revellière-Lépeaux et tant d'autres, qui craignaient justement d'avoir trop de comptes à rendre.

Pour conduire à Rochefort tous ces personnages, on choisit Dutertre. C'était, paraît-il, un général. Il a pris soin de nous donner lui-même des indications sur sa carrière. Né à Mayenne, ayant quelque aisance par son mariage, il avait servi dans le régiment de Royal-Vaisseau de 1781 à 1783 ; au 10 août, il avait reçu, dit-il, plusieurs blessures, comme souslieutenant des fédérés nationaux. Comment lui advinrent les autres grades ? Il avait servi en Vendée. « C'est au champ de bataille, en face de l'ennemi, que j'ai reçu dix-neuf blessures, dont trois presque mortelles.... Je fus élevé au grade d'adjudant général le i5 pluviôse an 11, et proclamé sur le champ de bataille i. » Le Comité de salut public, par décision du 9 brumaire an III, approuva sa nomination ; mais il n'en reçut le brevet que du Directoire, le 22 fructidor an v, c'est-à-dire après le coup d'Etat. Entre sa proclamation sur le champ de bataille le 3 février 1794? sa nomination par le Comité de salut public le 3o octobre suivant, et sa promotion définitive le 8 septembre 1797, c'est-à-dire le jour même où il était investi du commandement de l'escorte, que s'était-il passé ? Le 19 germinal an IV, il avait été condamné à une année de fers par un conseil de guerre de Mayenne « pour complicité de dilapidation de deux voitures de bois appartenant à la République. » Sur un rapport de Merlin (de Douai), le Directoh'e, appréciant que Dutertre avait « rempli dans toutes les contrées qui ont

I. Départ du Temple pour Cayenne des déportés des i^ et 18 fructidor anV, p. 5 et suiv.

Page 1