XX INTRODUCTION
été dévastées par les chouans un ministère souvent rigoureux et sévère, » le renvoya devant un nouveau conseil de guerre : celui-ci siégeait à Paris, Dutertre fut acquitté (4 brumaire an v). « Il est toujours agréable pour un ami de la liberté, lui écrivait à cette occasion Merlin (de Douai), de voir un de ses défenseurs décharge honorablement des inculpations dirigées contre lui. »
Ce favori de Merlin (de Douai) et de Revellière-Lépeaux ne l'était pas moins d'Augereau. Celui-ci lui confia la garde du Temple, puis le transfèrement des déportés. S'il en faut croire ces derniers, dont nous reproduisons la correspondance, ils n'eurent pas à se plaindre de Dutertre. Il n'en fut pas de même du Directoire qui, après lui avoir fait d'abord témoigner sa satisfaction, le révoqua subitement de ses fonctions et le rappela à Paris. A son arrivée, il fut mis aux arrêts, mais il les rompit pour se rendre à l'armée de Rhin-et-Moselle, auprès de son protecteur Augereau. Faut-il ajouter foi aux témoignages que Dutertre se donne à lui-même ? Nous avons trouvé trois lettres émanant des autorités de la Vienne qui exposent la conduite scandaleuse que Dutertre avait tenue soit à Poitiers, soit dans les communes qu'il avait traversées ; comment il « recherchait tout ce qu'il y avait de plus méprisable parmi les habitants et en formait son cortège ; qu'il alla loger chez l'homme le plus immoral et le plus crapuleux. » A lire ces documents officiels, on se demande si les émeutes d'Etampes et de Blois, qui assaillirent les déportés à leur passage, peuvent être imputées, comme le suggère Dutertre, à ses adjudants généraux, ou s'il n'en fut pas lui-même l'instigateur, et l'on s'étonne que le Directoire ait confié à un tel homme une expédition aussi délicate.
C'est aux archives du ministère de la marine que nous avons emprunté tous les documents relatifs aux mesures préparatoires à la déportation comme à l'embarquement des déportés ; c'est du ministère de la guerre que proviennent tous ceux qui concernent la mission du général Dutertre ; les Archives nationales nous ont fourni la correspondance offi-