INTRODUCTION. XXI
ciellc, malheureusement incomplète (nous n'avons, en effet, que les lettres des autorités de la Vienne, celles des autres administrations nous manquent), qui nous éclaire sur les agissements de Dutertrc. C'est là encore (AFiii, 44) c[ue nous avons rencontré la correspondance des déportés.
Ces lettres sont conservées en original. Il est probable que les familles en eurent des copies ou des extraits. Confiées soit au chef de l'escorte, soit à la municipalité de Poitiers, soit au commandant des armes, elles ne pouvaient contenir ni des révélations historiques ni même des épanchements intimes : elles n'étaient écrites que pour la nécessité. Ce qui en constitue l'intérêt, c'est leur simplicité même. Elles reflètent naïvement et sans apprêt littéraire le trouble qu'apportent dans les relations de famille et dans les affaires les plus urgentes ces arrestations inattendues. Bourdon (de l'Oise) veille de loin sur la vente de ses bêtes espagnoles et de ses laines ; d'Ossonville s'inquiète de l'avenir de son fils et des couches prochaines de sa l'emme ; le Tellier, en bon valet de chambre, fait des recommandations d'ordre domestique; Willot règle avec le sien ses petites affaires de célibataire. C'est avec leurs femmes que correspondent Barbé-Marbois, Laflbn de Ladébat, Tronson du Coudray, de la Rue, Murinais : il n'y a dans leurs lettres aucun effort de style ; tout y est uni et franc ; on y respire les bonnes mœurs, l'aft'ection réciproque, la loyauté. Sans me faire illusion sur l'importance ou sur le mérite littéraire de ces documents, il m'a semblé qu'au milieu de toutes les pièces ofiicielles, il ne serait pas sans intérêt de recueillir une note humaine et sensible ; jusqu'ici, les proscripteurs avaient eu seuls la parole : après eux, je l'ai accordée aux proscrits.
Tous n'ont pas écrit, ou, du moins, nous n'avons pas de lettres de Brotier et de Rovère; d'Aubry, de Raniel et de Pichegru. Il y a, aux Archives nationales, trois lettres de la Villeurnoy, qui, avec dix autres, écrites soit en mer, soit de Cayenne et de Sinnamary, composent, de septembre 1797 à avril 1798, une sorte de journal de la déportation. La Villeurnoy avait l'habitude de transcrire sa correspondance sur un