Mieux : Bourlatier
Le 2 brumaire, Tan vu de la République française une et indivisible.
Le général Pille au ministre de la justice.
Citoyen ministre,
Je VOUS envoyé une expédition du jugement rendu le 26 vendémiaire au Puy (Haute-Loire), par la commission militaire que j'ai nommée en exécution de la loi du 19 brumaire -an V. Par ce jugement, le nommé Jacques-Louis- Amant Tallard, ex-marquis de Surville, ci-devant capitaine au i^^ régiment d'infanterie, domicilié avant la Révolution à Viviers (Ardèche), a été condamné à la peine de mort. 11 a été exécuté le lendemain 27, à onze heures du matin, en présence de la garnison et de tous les habitants du Puy.
Ce condamné ayant dit à la commission que, si l'on voulait le conduire à Paris pour qu'il pût parler au directeur Barras ou à tout autre directeur seul, il lui dévoilerait des objets très intéressants pour la France, le commandant de la place, accompagné d'un administrateur municipal et de l'officier de garde, se sont transportés à sa prison pour recueillir son exposé. Je joins ici copie du procès-verbal qui en a été dressé pour constater son refus de le donner ^. Le soir, à huit heures, il demanda le président de la commission qui l'avait jugé pour lui parler seul, mais il ne s'y rendit qu'accompagné des deux admi-
I. D'après le procès-verbal, c'est Schobert, comniandant de la place du Puy, qui se présenta à la prison, accompagné de Pierre André, administrateur municipal, « tous deux assistés de notre secrétaire, » et un officier de garde.
4oO COMMISSIONS MILITAIRES.
ïiistratioiis (sic) et du général de brigade, et il n'y eut qn'un entretien très insignifiant pour la cliose publique. Quelques instants avant sa mort, il écrivit les trois lettres dont je joints (sic) ici copie. J'en enverrai également copie au ministre de la police générale. Vous verrez quel usage vous en ferez. Quant à moi, je ne puis prendre des renseignements sur le Journal de Laiizannes, mais je charge le commandant de la place de Lyon d'en recueillir sur les citoyens auxquels les deux autres lettres sont adressées i.
Salut et fraternité, L.-A. Pille.
P. -S. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que ce marquis de Surville, dans la correspondance qui a été saisie lors de son arrestation avec Dominique Allier, se qualifiait colonel légionnaire et commissaire départi par Sa Majesté T. G. dans l'intérieur du royaume près des Français amis du trône et de l'autel. P.
19» Division militaire liberté égalité
AU NOM DU PEUPLE FRAxNGAIS.
Cejourd'hui 26 vendémiaire an vu de la République française une et indivisible, onze heures du matin.
I. Ces trois lettres, ou plutôt ces trois billets, étaient adressés : i" à M°'<' la chanoinesse de Polier, rédacteur du Journal de Lausanne, où, depuis le mois de juillet 1797, le marquis de Surville publiait des articles sur sa glorieuse aïeule, Glotilde de Surville; 2° au citoyen Mesnard, ci-devant commissaire de police, place Groslier, à Lyon ; 3" au citoyen Levrat, tenant l'Hôtel national, ci-devant Palais-Royal, à Lyon. — J'ai publié ces trois billets dans la Revue de la Révolution, juillet i885, p. 20-21, d'après les textes conservés aux Archives nationales. Ils sont signés : Lionne.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^)ï
La commission militaire séante au Puy, département de la Haute-Loire, établie près la 19^ division militaire, composée conformément à l'article 17 de la même loi i, assemblée par ordre du général divisionnaire Pille dans l'une des salles du palais de justice au Puy, à l'effet de juger le nommé Jacques-Louis-Amaiid Tallard, fils de Jacques Tallard et de Charlotte Mayon, âgé de trentehuit ans, natif de l'Isle-de-France, quartier Williams, taille de cinq pieds trois pouces, cheveux et sourcils châtains bruns, front rond, yeux bruns, nez un peu allongé, bouche moyenne, menton rond, visage rond, figure agréable, ayant la barbe forte et une cicatrice à la tempe droite, ex-capitaine au régiment de Pondichéry, présumé être l'ex-marquis de Surville prévenu d'émigration.
La séance ayant été ouverte, le président a fait apporter devant lui et poser sur le bureau des exemplaires des lois des 25 brumaire an m et 19 fructidor an v, et a ensuite ordonné au greffier de donner lecture de toutes les pièces tant à charge qu'à décharge envers l'accusé au nom de Surville.
Cette lecture terminée, le président a ordonné à la garde d'amener l'accusé, lequel a été introduit devant la commission militaire, libre et sans fers.
Interrogé de ses nom, prénoms, âge, lieu de naissance, profession et demeure,
A répondu se nommer Jacques-Louis-Amand Tallard, âgé de trente-huit ans, ci-devant capitaine au régiment de Pondichéry.
Après avoir donné connaissance à l'accusé des faits à sa charge, la commission a procédé à l'audition des citoyens ^