XXIV INTRODUCTION
dans quelque épais dossier. Les pièces mêmes, que les juges ont dû avoir sous les yeux, où sont-elles ? Sont-elles enfouies dans les greniers de quelques divisions militaires ? ont-elles été détruites ? Plusieurs de ces jugements furent imprimés en placards, tirés à 60, i5o, 200 exemplaires et destinés à l'affichage : à peine en a-t-on recueilli quelques-uns.
Un jour, je rencontrai un État des jugements rendus par les commissions militaires de Marseille, du i^"^ août au 7 décembre 1798, dressé par les ordres du général Quantin, commandant la division, en vertu d'une circulaire du ministre de la police du 7 novembre 1798 (17 brumaire an vu). J'en conçus aussitôt l'espoir que chaque commandant de division militaire, ou que chaque administration centrale aurait répondu au ministre avec la même exactitude que le général Quantin ; à la faveur de ces rapports, je recomposais déjà en pensée un ensemble de pièces, dont je n'avais jusque-là, et très péniblement, réuni que des fragments. Mais cette trouvaille (car c'en était une) est restée unique, et j'ai dû constater avec regret que le ministre n'avait pas dû être obéi.
Malgré ces difficultés et ces mécomptes, je crois être parvenu à établir que, du mois d'octobre 1797 au mois de mars 1799, c'est-à-dire dans l'espace de dix-huit mois, les commissions militaires ont siégé, en outre de Paris, dans TRENTE ET UNE viUcs, et pronoucé environ cent soixante condamnations à mort I.
Les documents dont je m'autorise sont assez divers de nature et d'origine. Au risque de monotonie, j'aurais souhaité de produire surtout les textes des jugements. J'en ai recueilli une vingtaine. Les uns proviennent des Archives nationales ou d'autres dépôts publics ; ils sont en minute, écrits de la
I. Il ne faut pas confondre les opérations des conseils de guerre avec celles des commissions militaires ; celles-ci n'avaient juridiction que sur les prévenus d'émigration, indépendamment de tout délit de droit commun: les conseils de guerre jugeaient les délits militaires, les pillages de grand'route, les faits de chouannage et de guerre civile. Je les ai laissés systématiquement de côté, comme étrangers à mon sujet.