AU GÉNÉRAL MOREAU
COMMANDANT DE l'aRMÉE DU RHIN ï
Paris, 3o messidor an 5= — i8 juillet 1797.
Mathieu Dumas, membre du Conseil des Anciens, au général
M or eau.
De la main de Dumas :
Veuillez biea m'excuser, mon cher général, si, pendant ma trop longue convalescence, je me sers encore d'une main fidelle, et prends la liberté de dicter ce que je voudrais écrire de la mienne :
I. Ces lettres, réunies aux archives de la guerre, dépendaient de la succession de M. Frosté, intendant militaire, mort en 1801 ; après son décès, elles furent retirées par l'État. Dans ses Mémoires, Souvenirs du lieutenant général comte Dumas, de Tj"o à i836, publiés par son fils, 3 vol in-8, Mathieu Dumas se borne à rappeler qu'il était en correspondance avec Moreau et Desaix, mais il ne cite aucune de ces lettres. Il en manque au moins deux : nous n'avons pas celles du général Moreau. — J'ai reproduit l'orthographe de Mathieu Dumas : tous les mots en italique sont soulignés dans l'original.
D'une autre main :
J'espère, mon cher général, que ma dernière lettre vous sera parvenue i, mais je ne veux point laisser échapper cette occasion de rappeler à votre souvenir vos obligeantes invitations et le vif désir que j'ai moi-même de m'affermir dans votre confiance et de cultiver votre amitié. Je laisse à mon beau-frère le soin de vous convaincre du prix que tous les miens y attachent et du plaisir qu'ils trouveront toujours à vous en donner des preuves.
Nos espérances de paix extérieure mûrissent chaque jour, et quant à celles de l'intérieur, il n'a tenu qu'au Directoire (malgré les faux prétextes dont il colore sa résistance au vœu de la nation) de la fonder d'une manière inébranlable. Malheureusement, l'esprit de faction et d'intrigue a prévalu sur l'intérêt de la République. Au lieu d'éloigner de ses conseils des hommes pervers et dont la seule politique est de prolonger nos agitations, la majorité du Directoire (Rewbell, Barras et Laréveillière) contre Carnot et Barthélémy, sont parvenus à chasser les ministres de la police et de la guerre 2, pendant qu'ils conservent Merlin. Cette injure à la Nation esl profondéinent ressentie par tous les vrais républicains. Je laisse à mon beau-frère le soin de vous dire les détails de cette intrigue qui ont pu parvenir à ma connaissance. Le renvoi de notre ami Petiet au moment où il se concertait avec Pichegru et moi, et plusieurs autres de vos braves amis, pour la revision des loix militaires et pour tout ce qui pouvait être honorable et avantageux à l'armée, est une véritable calamité.