XII INTRODUCTION
aisé de reconnaître que Moreau, Dumas et Pichegru étaient d'accord. Mais jusqu'à quel point ? Quel était, des trois, l'homme hardi et décidé ? La prudence de Moreau, l'esprit temporisateur de Pichegru, les scrupules constitutionnels de Dumas enchaînaient en chacun d'eux l'initiative ; dans les lettres du dernier, on trouve un tableau pris au vif de la conduite insultante du Directoire ; on n'y trouve la trace d'aucunes menées qui donnent l'idée d'une conspiration dans les Conseils. D'après lui, il y eut « des discussions impolitiques, mais pas une atteinte réelle, pas même un projet alarmant par rapport à la Constitution » (p. 39).
Y eut-il, en effet, parallèlement au complot, celui-ci incontestable, du Directoire contre la majorité des Conseils, un complot de cette majorité contre le Directoire ? Quel que soit, sur ce point, notre sentiment, les documents que nous pubUons sont trop peu nombreux pour nous permettre d'éclaircir ce problème. Il y eut assez de paroles violentes pour laisser croire à des projets qui eussent le même caractère ; il n'y eut pas d'actes qui témoignassent d'un complot, que la hâte du parti contraire eût empêché d'aboutir. Laissons les légendes, dont il n'a pas été apporté de preuve, et les jactances d'après coup, qui ne se produisirent qu'à une époque où il était avantageux de paraître avoir conspiré. Ces prétendus conspirateurs non seulement n'ont pas agi, mais rien ne prouve qu'ils fussent organisés pour agir. La correspondance de Mathieu Dumas, tout intime, secrète, d'une authenticité sans conteste, non pas publiée par son auteur, mais surprise pour ainsi dire par l'État, formera, nous l'espérons, un élément sérieux et nouveau d'appréciation pour contribuer à établir, dans cette grande querelle, les reponsabilités des deux partis.
chargé hier de vous dire mille amitiés » (p. 38). — « Il ne fallait pas moins que Tardeur qu'inspire un tel compagnon (Pichegru).... » (p. 89).