INTRODUCTION. XIII
LE COUP D ETAT
C'est aux Archives nationales, série AFiii, que sont empruntées presque toutes les pièces qui composent ce chapitre.
La première est le procès-verbal de la séance que, la veille du i8 fructidor, dans l'appartement de Reubell, tinrent les trois directeurs, Revellière-Lépeaux, Barras et Reubell, séparément et à l'insu de leurs deux autres collègues, Garnot et Barthélémy. Tous les ministres sont présents : avec eux, l'homme d'exécution, Augereau. Isoler la province de Paris, de manière à lui expédier un coup d'Etat terminé, auquel elle n'ait qu'à se soumettre : telle est la première mesure que prend le Directoire insurrectionnel, en interdisant au maître de la poste aux chevaux, à l'administration des messageries, à celle de la poste aux lettres, de délivrer des chevaux, de laisser partir aucune voiture ni aucun courrier, sans l'ordre exprès et par écrit du Directoire. En tout temps, cette interruption subite des grands services de communication a été pour la province l'indice des révolutions de Paris. Viennent ensuite les mesures militaires : on la déclare enfm, la vraie destination de ces troupes que, sous prétexte d'une expédition en Irlande, des ordres de source mystérieuse avaient détachées de l'armée de Sambre-et-Meuse : on les poste à Château- Thierry, à Dreux, en attendant de nouveaux ordres. On envoie à Marseille, à Lyon, à Dijon, à Soissons, à Cambrai, quelques milliers d'hommes enlevés aux armées d'Italie, de Rhin-et-Moselle et de Sambre-et-Meuse, pour tenir en respect des populations de qui l'on craint quelque agitation provoquée par le coup d'État.
A Paris, un arrêté, qu'on affiche, ordonne de fusiller à l'instant, « conformément à la loi » (quelle loi?) « tout individu qui se permettrait de rappeler la royauté, la Constitution de 1798