‹ 18 fructidor: documents pour la plupart inéditsChapitre 65 sur 180 · CONSIGNE · texte numérisé non relu

CONSIGNE

Conformément aux ordres du ministre de la marine,

Copie de la consigne à observer par le lieutenant d'artillerie de la marine embarqué sur la corvette la Vaillante, chargé spécialement de la surveillance des déportés embarqués sur cette corvette, destinés à être conduits à Cayenne.

Article i^'". — Un détachement de 20 hommes en supplément à la garnison sera embarqué sur la Vaillante, sous les ordres du citoyen Hurteaud, lieutenant d'artillerie de la marine, pour être chargé particulièrement de la garde des déportés, sous la surveillance immédiate et sous la responsabilité de ce citoyen.

Article 2. — Aussitôt l'arrivée de ces déportés à bord, le citoyen Hurteaud s'en fera remettre une liste nominative, et s'assurera par lui-môme, par un appel, si elle est conforme.

Article 3. — Ces déportés devront être séparés de l'équipage de la corvette par une cloison ; le citoyen Hurteaud demandera au capitaine qu'elle soit établie aussitôt l'arrivée de ces prisonniers à bord, et ce local devra être assez considérable pour les contenir sans être trop gênés.

Article 4- — H y aura toujours une sentinelle et un sousofficier de planton à la porte de ce logement, et aucun des déportés ne pourra en sortir que d'après l'ordre de l'officier commandant le détachement, qui en préviendra lui-même le capitaine de la corvette.

satisfaction, je dois vous dire que la disposition qui vous a privé du coni' mandement de la Vaillante tient à des mesures particulières que le Directoire a jugé convenable de prendre, et que vous avez toujours les mêmes droits à son estime et à sa bienveillance. J'espère qu'il se présentera bientôt une occasion de vous dédommager et de vous mettre à portée de donner de nouvelles preuves de votre talent et de votre dévouement à la République. » Il fut, en effet, nommé capitaine de frégate quatre mois après (i4 janvier 1798). — Archives de la marine, dossier Jurien de la Gravière. Cf. Souvenirs d'un amiral, t. II, où le vice-amiral de la Gravière a raconté en détail ce trait de la vie de son père.

Article 5. — Le planton de consigne à la porte des déportés leur empochera toute conversation particulière avec aucune des personnes de l'équipage, y compris même les officiers du bâtiment, sans qu'au préalable l'officier chargé de les surveiller ne soit présent.

Article 6. — Les déportés ne pourront prendre l'air tous ensemble. Chaque jour, une portion, à tour de rôle, montera sur le pont ; elle sera alors gardée à vue par dix hommes en armes. L'officier commandant le détachement sera toujours sur le pont pendant que ces déportés y seront, et deux heures par jour leur seront accordées pour prendre l'air, une heure le matin et une heure le soir à tour de rôle. Pendant ce temps, le commandant du détachement empêchera toute conversation particulière entre les déportés et les hommes de l'équipage. Il empêchera également qu'ils ne soient insultés par personne, et provoquera la punition de ceux qui se porteront à quelques excès envers ces déportés i.

Article 7. — Le détachement sous les ordres du citoyen Hurteaud ne fera d'autre service à bord de la corvette que la garde nécessaire pour la surveillance qui est ordonnée au commandant du détachement.

Article 8. — Le commandant du détachement remplira, en outre, à bord de la corvette, les fonctions attribuées aux officiers chargés de l'artillerie, et par conséquent le détachement embarqué comme garnison sera sous ses ordres, sous l'inspection immédiate du commandant de la corvette 2.

Article 9. — Il est prescrit au commandant du détachement la surveillance la plus active relativement aux déportés ; il prendra chaquç jour les ordres du commandant de la corvette à ce sujet, et se concertera avec lui sur les circonstances qui ne peuvent être prévues. Je m'en rapporte d'ailleurs au zèle et à l'activité des citoyens Hurteaud et La Porte 3, et suis assuré d'avance qu'ils rempliront l'un et l'autre les ordres qui leur sont prescrits.

Article 10. — La présente consigne sera adressée au ci-

1. V. Infra^ XXV, les observations du ministre sur la rigueur de cet article, et, XXVII, la réponse du commandant des armes.

Page 1