Il habitait à Metz, rue Mazel
2. Ces lignes font allusion à Tentrevue de M-^^ Barbé-Marbois avec son mari dans la prison de Blois. Bien qu'elle n'eût de permission ni du Directoire, ni du ministre de la police, le général Dutertre ne lui refusa pas la faveur qu'elle sollicitait. Ce pénible entretien amena dans sa santé et même dans sa raison un ébranlement dont elle ne se rétablit jamais. Elle mourut en i834. (Journal d'un déporté non jugé^ t. I, ch. m ; Départ du
LA DÉPORTATION. l4o
Poitiers, le 2« jour complém".
A la même.
Je n'ai pu vous écrire hier, ma chère Elise. Ma santé a été pendant deux jours très mauvaise. Le supplice de la cage de fer prolongé depuis dix jours est au-dessus de mes forces. Je suis mieux portant, mais j'ai toujours la bouche horriblement malade et mes digestions sont très mauvaises. Votre amitié soutiendra mieux votre santé. Faites-moi savoir de vos nouvelles et de celles de notre enfant à Rochefort. J'y serai dans 4 à cinq jours et je ferai tous mes efforts pour me soutenir jusque-là.
Adieu, mon amie. Je vous aime et vous embrasse tendrement.
Barbé-Marbois.
Depuis que ceci est écrit, j'ai éprouvé des douleurs si vives que je viens de demander un médecin.
Lusignan, 3« jour complém".
Au citoyen Péchsur, représentant du peuple, rue de l'Isle [Lille], à Paris.
Si ceci vous parvient, mon cher collègue, donnés de
Temple pour Cayenne^ par le général Dutertre, p. 36 ; Journal de l'adjudant général Hamel, 2« édition, Londres, 1799, p. 2^-28; Relation historique du voyage des quinze déportés, par un citoyen de l'escorte, Paris, an vi, p. i3- 16; Mémoires du comte Dufort de Cheverny, publiés par M. Robert de Crévecœur, t. II, p. 359-36o.)
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mes nouvelles à ma femme ; ma santé a été déplorable jusqu'ici. J'éprouve encore des douleurs violentes à la bouche ; j'ai peine à parler et à manger : mais j'ai été sans fièvre depuis hier au soir, et comme nos journées sont plus courtes, je puis prendre dans les gitées un repos dont j'ai grand besoin. Détournés ma femme de venir me joindre si elle en avait la pensée. Un tel voyage n'aurait aucun avantage qui pût en égaler les inconvénients, et sa présence à Paris m'est bien plus nécessaire. J'ai eu la satisfaction de la voir un moment à Blois. C'était un ange qui descendait dans ma prison, environné de consolations et de douceurs. Adieu, mon cher concitoyen, je voudrais bien savoir que le c^" Thibaut est rétabli et en parfaite santé i. Je vous salue de tout mon cœur.
Barbé-Marbois.
Saint-Maixant, 3« jour complém".
A Élise Bai'bé-Marbois.
Incertain, ma chère Elise, si mes lettres vous parviennent, je ne veux pourtant pas avoir à me reprocher d'avoir laissé passer un seul jour sans vous donner de mes nouvelles. Je ne vous cache pas que des secousses aussi longues et aussi fortes ont étrangement ébranlé une machine aussi frêle que la mienne. J'ignore combien de tems elle y pourra résister. Mais rien n'altère la tranquilité de mon âme et jamais je n'ai mieux cojinu le prix d'une vie sans reproches. Je ne vous indique aucun plan de conduite, ma chère amie, je m'en remets entièrement à
I. S'agit-il de Tliil>rtult, membre du Conseil des Cinq-Genls?
LA DEPORTATION. lOI
VOUS et je ne vous désavouerais que dans le cas où vous pourries descendre à la moindre humiliation dans la vue de mon intérêt. Je ne crois rien de semblable de votre part. Adieu, mon amie, je vous aime et vous embrasse tendrement.
Barbé-Marbois.
Lusignan, 3» jour complém".
A la même.
Dans l'incertitude ou je suis de notre destinée, ma chère Elise, je vous adresse des instructions dont vous ne devés faire usage que suivant les circonstances, et vos pleins pouvoirs illimités vous prouvent assés que je m'en rapporte pleinement à vous. Je vais néanmoins vous mander éventuellement ce qui me paraît devoir être ajouté à ce que je vous ai précédemment écrit.
[Suivent des recommandations détaillées sur ses affaires privées.]
J'espère trouver de vos nouvelles à Rochefort. Dirigés vos soins pour que Oléron ou la Suisse ou l'Allemagne ou l'Espagne ou d'autres pays neutres soient assignés pour retraites à ceux qui comme moi ne peuvent causer d'ombrage et sont reconnus irréprochables.
Ma santé est moins mauvaise, mais la bouche est toujours dans un état horrible. Adieu, ma chère Elise. Je vous embrasse tendrement. Je vous écris par 3 et 4 expéditions pour être sûr que mes lettres vous parviennent. Il me parait que cevix qu'on déportera outre-mer ne partiront pas de 20 ou 3o jours. Ainsi vous pouvés m'écrire et peutêtre encore [plusieurs] fois au delà de cette époque. Mais
mettes autant d'attention que vous pourrés à vous assurer que vos lettres nous parviendront.
M. Staircase peut les envoyer '.
Je vous embrasse tendrement.
Barbé-Marbois.
A la rade de Rochefort, i" vendémiaire. A la même.
Nous voilà embarqués, mon Élise, j'ignore pour quelle destination. Peut-être Tignorés-vous de même. Recevez mes bien tendres adieux. Conservés avec vos soins accoutumés notre Sophie. Votre excellent exemple me garantit qu'elle sera digne de vous. Ne l'attristés pas, ne vous affligés pas inutilement vous-même en l'entretenant trop souvent de moi. Je vous demande avec instance, et c'est la seule chose où je me permette d'avoir une volonté avec vous, je vous demande de distraire, d'égayer son enfance. J'ignore combien de temps l'état de ma santé me permettra de m'occuper de vous deux : mais si je puis être certain que vous donnés à notre enfant toutes les qualités dont sa situation est susceptible, je serai moins malheureux. Adieu, Élise, Sophie ; adieu, ma mère, mes sœurs, mes frères.
Mon courage n'est point abattu, mais j'éprouve un cruel dérangement d'estomach. Il me faudrait des secours que je crains de ne pouvoir recevoir à bord, même de l'humanité la plus attentive.
Barbé-Marbois.
I. Il s'agit sans doute de quelque Américain des États-Unis, ami de Barbé- INIarbois.
LA DÉPORTATION. l53
[Cette lettre clail accompagnée de la suivante, adressée au ministre de la marine :]
En rade à Rochefort, i" vendémiaire an vi.
Citoyen ministre,
Vous m'obligerés beaucoup, si vous voulés bien faire remettre cette lettre à ma femme. C'est une faveur que vous accorderés à quelqu'un qui, pendant plusieurs années, a servi avec quelque utilité dans votre département.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Barbé-Marbois ï.
Tronson du Goudray
D'Arpajon, le 23 f".
A la citoyenne Tronson Diicoudray> rue des Victoires nationales, n° ig, à Paris.
Recevés tous, mes très chers, ma femme, maman, mes enfants, mes amis, recevés tous mes adieux. Ce matin les
I. Il ne quitta la Guyane que le 21 janvier 1800, sur la Sirène, rappelé par un arrêté du Directoire du 2 septembre 1799, qu'avaient confirmé les consuls (26 décembre 1799). — On trouvera dans le Journal d'un déporté non jugé, t. I, ch. m, le récit circonstancié et quotidien de la translation des
l54 LA DÉPORTATION.
chariots de la République nous ont reçus et ils nous mènent tous en 16 ou 17 jours au port de Kochefort, pour aller de là à la destination de nôtre déportation. Nous sommes traités avec humanité et égards et bien nourris ; mais avec ma frêle machine vous sentes aisément que le cahot des chariots allant au pas, la nécessité de coucher souvent habillés quoique sur la paille fraîche ou sur un matelas, n'arrangera pas ma santé pendant i5 ou 16 jours.
Enfin il faut se soumettre à sa destinée. Il s'agit à présent que vous vous arrangiés si c'est possible pour me faire toucher à Rochefort les fonds nécessaires, tant pour me faire faire des draps, plus de linge, des habits, acheter des livres pour la traversée et avoir des moyens de fournir en arrivant à un travail, commerce, exploitation, industrie quelconque. M'envoyer mes effets et mes livres serait beaucoup trop long et je serais parti probablement avant que de les recevoir.
Je vous fais passer deux mandats quej'avais sur la tlirésorerie, pour que vous tachiés d'en avoir les fonds. J'ai mis mon pour aquit.
[Suivent des détails et des recommandations relativement à un procès en cours.]
Je remercie ma femme des soins et du zèle qu'elle a eus pour moi dans mon infortune. Je m'en remets à ses réflexions pour l'avenir et pour le bien de ses enfants, pour le sien même. Je ne lui en dis pas et ne veux pas lui en
déportés à Rochefort. Dans le tome II, in fine, Barbé-Marbois a publié luimême trois autres lettres à sa femme du 6 ventôse an vi — 24 février 1798, du 20 prairial — 8 juin, et du 29 ventôse an vu — 16 mars 1799. Ces lettres avaient été. dit-il, imprimées, peu après leur date, chez Giguet et C'% maison des Petits-Peres, près la Bourse, à Paris.
LA DÉPORTATION. l55
dire plus. Je vous embrasse tous et vous presse contre mon cœur. Doimés-moi de vos nouvelles à Rochefort.
Tronson Ducoudray I.
An citoyen Danchy, représentant du peuple au Conseil des Cinq-Cents, à Paris 2.
Mon cher Dauchy, si vous aviés des fonds à m'envoyer, faites-les moi passer à Rochefort par une Lettre de change. Nous y arriverons dans i5 jours. Je vous remercie de vos tendres soins et vous embrasse. Ma pauvre santé souffre du voyage. On a pour nous beaucoup d'égards, mais le
I. Barbé-Marbois raconte que Tronson du Coudray, la veille de sa mort, après lui avoir remis une Instruction écrite pour ses enfants, lui dit ensuite : « Tirez de cette poche un papier dont je n'ai voulu me séparer qu'à la mort, et lisez-le. » C'était un billet que sa femme lui avait écrit le 18 fructidor, le jour même qu'on nous avait conduits au Temple. Il était ainsi conçu :
« S'il m'était arrivé un très grand malheur, ce serait de vous que j'attendrais une lettre. J'espère qu'en ouvrant celle-ci, vous éprouverez un instant d'adoucissement à vos peines. Depuis ce matin, que je sais votre malheur, j'ai couru tout Paris, pour essayer d'y porter quelque remède. Je sors de chez Barras : je n'ai pas pu lui parler, mais je lui ai écrit, et j'espère avoir de lui la permission de vous voir. Puissé-je être la première qui vous apportera quelque consolation !
«N.... T.... Duc... »•
P.-S. « C'est moi-même qui vous apporte mon billet. J'en attends la réponse au guichet. »
Tronson ajouta : « Renvoyez ce billet à ma femme, après en avoir pris copie. Ne lui laissez pas ignorer avec quel soin je l'ai conservé. » {Journal d'un déporté non jugé, t. I, p. 28;-288.)
2. Député de l'Oise, arrêté le 18 fructidor; mis en liberté, par ordre du Directoire, le lendemain.
• Nau Tronson du Coudray. — Alexandrine-Françoise Nau, fille de M. Jean Nau, secrétaire du Roi ; elle avait épousé Tronson du Coudray le ; juin 1789.
l56 LA DÉPORTATION.
voyage est bien rude pour un homme frêle et maladif comme moi.
Arpajon, ce 23 fructidor.
Tronson Dugoudray.
A la citoyenne Tronson Ducoudray.
Voulés-Yous bien, ma chère amie, m'envoïer à Rochefort par la diligence le plutôt possible une malle composée de linge, habits et livres essentiels parmi lesquels je désire pardessus tout que vous envoies chercher à ma campagne tous mes livres d'agriculture in-4° et in-8°; quant aux autres, Féval choisira ce qu'il sentira me convenir. Qu'il n'oublie pas l'atlas de Delille ; n'oubliés pas non plus les bandages pour mon cautère. Si cette malle ne suffît pas, ayés en deux, mais ne perdes pas de temps. Il parait que j'aurai le temps de recevoir le tout. Je vous embrasse ainsi que tous nos amis et vos frères. Embrassés p"^ moi Minette et Alexandre ï.
Ce 24 fructidor.
Tronson Dugoudray.
Il me faut des chaussons de laine et tout mon tabac.
I. Minette, n'est-ce pas sa fille Euphrosine, qui épousa M. Hardouin Michelin, conseiller référendaire à la Cour des comptes? Alexandre, c'est son fils aîné, qui mourut dans la campagne de Russie. Son autre fils, Emile, capitaine au ôi" de ligne et chevalier de la Légion d'honneur, fit les campagnes de i8i3 et de 1814.
A la même.
Je vous ai écrit, ma chère amie, deux lettres. Vous sont-elles parvenues, je l'ignore ?
J'ai laissé au Temple ma cassette et des effets et linge dont le concierge a la notte.
Envoiés-moi à Rocliefort par les diligences et tout de suite deux malles contenant tous effets, linge et livres (au choix de Féval) que vous pourrés. Songes aux moyens de me faire parvenir des ressources.
Embrassés mes enfants, ma pauvre maman, mes frères et dites à Féval d'écrire à ma famille.
Je vous embrasse.
T. DU GOUDRAY 1.
Ce 25 fructidor.
[Suivent quelques lignes sur le procès dont il a été question dans une lettre précédente.]
Au citoyen Dauchj-, membre du Conseil des Cinq-Cents,
à Paris.
Mon cher Dauchy, vous m'avés promis dans la prison que vous avés un instant partagée avec moi de tacher
I. Sic. On voit qu'il signait indifféremment en deux mots ou en un seul. — Je trouve encore le billet autographe suivant: « Je supplie le citoyen général de faire partir promptement ces deux lettres. L'une surtout écrite au citoyen Féval, mon fondé de pouvoir, contient des détails pour un procès que j'ai avec le citoyen Jaraart, mon fermier, et dont le retard ferait
l58 LA DÉPORTATION.
d'emprunter pour moi quelque argent. Je vous ai déjà écrit pour que vous vous occupassiez de m'envoyer des fonds; je vous prie devons en occuper, au moins pour une cinquantaine de louis, car enfin il faut avoir des nippes et des moyens d'existence, quelque part qu'on nous envoie.
Je me porte assés bien, quoique horriblement tourmenté par la voiture.
Consolés ma femme; lextrême modicité de ma fortune lui laissera peu de ressources et elle ne pourra pas m'envoyer beaucoup de secours, mais sa famille ne la laissera pas manquer non plus que nos enfants.
Je vous embrasse.
De Tours, ce 28 fructidor.
Tronson Dugoudray.
Il nous est dû au moins la quinzaine de fructidor, voulés-vous la recevoir pour moi à la Commission du Conseil des Anciens ?
Tronson Dugoudray.
Lusignan, ce a» j. c".
Au citoyen Damans, à Laval.
Je suis passé, mon cher ami, non loin de Laval, et j'ay regretté de ne pouvoir m'approcher de vous avant mon départ de France. Me voilà déporté, et probablement
beaucoup de tort à ma famille et à ma femme. — Tronson Dugoudray. » — Cette lettre « au citoyen Féval » ne se trouvant pas aux Archives, on peut supposer qu'elle aura été envoyée immédiatement à son adresse, comme le demandait le signataire.
LA DEPORTATION. lOf)
lions ne nons rcvciTons pins. C'est nne de mes donlenrs, je Yons aime antant qne je vons estime, et vons savés combien j'ai peine à me résigner sur le chapitre de mes aflcctions. Il faut prendre son parti pourtant. Mon arrêt tient à des haines personnelles, car en vérité il n'y a pas le sens commun à me supposer quelque part dans les intrigues, s'il y en a eu. Vous me connoissés : j'ai été droit mon chemin; j'ai voulu la constitution; mes discours le prouvent; ma conduite le démontre. J'ai vivement souffert pendant quelques jours. S'arrachera sa patrie, à ses enfants, à ses amis, est un malheur affreux, mais j'ay fait de bonne heure provision de morale et de philosophie ; je la retrouve et je suis aujourd'huy beaucoup plus calme.
Je prie votre excellente femme de ne pas m'oublier, je ne vous oublierai jamais ni l'un ni l'autre.
Tronson Ducoudray I.
Laffon de Ladkbat
D'Arpajon, 23 fructidor an v.
A la citoyenne Laffon- Ladébat, rue Neuve du Luxembourg,
71» i/fi, à Paris.
Nous sommes partis, ma chère amie, ce matin, du
I. Il mourut à Sinnamary, le aS juin 1798. C'est lui, dit-on, qui appliqua à la déportation à la Guyane le nom de guillotine sèche. Son fils et son
l6o LA DÉPORTATION;
Temple sur trois chariots. Nous sommes arrivés vers deux heures ici. Nous sommes venus tout d'une traite.
D'abord, nous avons craint d'y être fort mal; mais tout cela s'est arrangé et on nous a donné une chambre haute dans la prison qui est assez aérée, où nous avons de bonne paille et où nous dormirons, j'espère.
Nous allons décidément à Rochefort et à très petites journées. Voici notre ordre de route pour que tu puisses me donner des nouvelles de ta santé et de celle de mes enfants. Le 24, nous couchons à Etampes ; le 25 à Angerville, le 26 à Arthenay, le 27 à Orléans, le 28 à Beaugency, le 29 à Blois, le 3o à Amboise, le i^"" complémentaire à Tours, le 2 à Saint-Maure, le 3 à Ghatellerault, le 4 à Lusignan, le 5 à Saint-Maixant; le 1^^ vendémiaire à Niort, le 2 à Surgères, le 3 à Rochefort '. D'après cela, tu peux juger des lieux où tu peux m'écrire.
D'après ce que tu m'avais dit, je ne m'attendais pas à partir cette nuit, et il m'a été impossible de rédiger une instruction que j'avais à donner encore pour mes malheureuses affaires. Je gémis pour toi, pour mes enfants, pour mes créanciers, des embarras où elles vont être plongées, et j'avais cru avoir encore quelques jours pour te donner des éclaircissements.
Nous sommes reconnaissants des soins qu'on a ici, notre escorte s'est conduite avec beaucoup d'égards et le général a donné des ordres très précis.
Je manque de tout ; il faut aviser aux moyens de m'envoyer ce qui est indispensable pour un voyage de long cours. Il faudrait tâcher de m'y faire avoir un crédit un
gendre publièrent, en 1829 (2 vol. in-8), les Œuvres choisies de Tronson du Coudray^divec une dédicace au Roi et un portrait. Les éditeurs y ont inséré (t. II, p. S61-382) les Instructions de Tronson du Coudray à ses enfants. I. La phi'ase qui suit est en renvoi.
peu fort dont je disposerais suivant les circonstances pour moi et mes amis. Noire destination est vraisemblablement pour Gayenne ou pour Madagascar, mais nous l'ignorons absolument encore. Tous nos amis doivent s'employer pour que nous y soyions logés le mieux possible et le plus sainement. C'est le temps des fièvres dans ce port, et il faut, s'il est possible, nous en préserver. Il faut ensuite faire presser le plus possible Texpédition du bateau qui doit nous emporter. J'avais eu d'autres espérances : elles sont toutes évanouies. Je me livre à mon sort. J'emporte ton image, celle de mes enfants et mes vœux pour le bonheur de ma patrie. Je compte sur mes amis. Ce qu'ils feront pour toi, pour mes enfants, sera plus, beaucoup plus cher à mon cœur que tout ce qu'ils pourraient faire pour moi. Je les embrasse tous.... j'embrasse mes enfants...., toi et mes enfants. Quelles images pour mon cœur.... Adieu....
A.-D. Laffon I.
Angerville, 24 fructidor an v.
Je reçois ta lettre, ma bonne amie Julie, à sept heures du soir. Je suis fâché que tu aies envoyé. J'aurai[s] pu attendre à Rochefort ce que tu m'envoies ; mais cependant ce sont des lignes de toi et elles me consolent. Je t'ai écrit hier au soir une longue lettre. Nous sommes arrivés ici ce soir, nous y couchons et nous comptons aller demain à Orléans. Si nous n'étions pas brisés par les voitures, nous serions bien et nous ne pouvons que nous louer des soins