‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 126 sur 139 · Marchand à Ney · texte numérisé non relu

Marchand à Ney

Voilà Marchand avec sa division à Frauenbourg-. Il a dû marcher toute la journée du 6 pour venir occuper cette position. Et dans quel état sont ses troupes! Depuis Konigsberg^, la moitié des hommes ont disparu, ils sont partis en abandonnant leurs armes, et c'étaient tous, non pas des maling-res et des éclopés, mais des gaillards pleins de santé! Un mauvais esprit qu'on ne peut dompter règne dans cette division, et Marchand, ainsi que son lieutenant Devilliers, est désespéré : jamais il n'a vu de plus mauvais soldats!

Frauenbourg, 7 janvier 1813.

Monsieur le maréchal, je suis retourné hier à Frauenbourg- avec la Si'' division. Je n'ai reçu l'ordre que V. E. m'avait adressé à ce sujet que lorsque je n'étais plus qu'à trois lieues d'Elbinj?; ce qui nous a fait faire une journée bien fatigante.

J'ai riionneur de vous adresser l'état de situation de l'artillerie que V. E. m'a demandé. Je vous envoie également une situation des présents sous les armes de ma division à l'appel de midi. Il manque déjà la moitié des soldats depuis notre départ de Konigsberg et malheureusement c'est le mauvais esprit qui règne dans cette division qui occasionne cette perte énorme. Ses chefs annoncent qu'ils ne peuvent nettement répondre de pouvoir retenir leurs soldats s'ils entendent le canon. Déjà on en a rencontré une grande quantité qui s'en vont sans armes, quoique très bien portants.

Je ne cache point à V. E. que je suis désespéré de

commander une pareille troupe, et je vois avec regret arriver de nouveaux bataillons qui auraient besoin de puiser de l'énergie à une meilleure source; je crains bien qu'ils ne se gâtent totalement ici.

Le général Devilliers que je regarde comme un très brave homme et qui, parlant allemand, a l'occasion de se convaincre de ce mauvais esprit, est désespéré de son côté.

La troupe française qui fait partie de la division ne me donne pas plus de confiance que la troupe allemande, et, au total, je ne crois pas avoir jamais rencontré sous mes pas une plus mauvaise espèce de soldats.

LA GUKRRE DE RUSSIi: 347

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