Un bulletin russe
Ce bulletin russe a été, paraît-il, envoyé de Brzesc- Litowski à Brody le 4i-23 octobre 1812. C'est sans doute un des bulletins rédig-és au quartier général de Tarmée russe par l'infatigable Anstett ou par quelque autre scribe. On y trouvera de curieux détails sur Tentrevue de Koutouzov et de Lauriston qui eut lieu à Taroutino le 5 octobre. Koutouzov s'était mis en frais pour recevoir l'envoyé de Napoléon : il avait, pour la première fois depuis qu'il était à l'armée, revêtu son uniforme et emprunté à Konovnilsyne une paire d'épaulettes parce que les siennes étaient défraîchies.
Les nouvelles officielles du général Koutouzov portent que l'Empereur Napoléon a fait une démarche, qui prouve sans contredit qu'il se trouve dans le plus grand embarras avec son armée, dont la position est aujourd'hui trop aventurée. Il le sentira davantage, quand il verra augmenter le froid qui déjà l'accable, ainsi que le manque de vivres et les difficultés des communications. Le 5 octobre il écrivit une lettre au général Koutouzov, dans laquelle il lui demandait une conférence aux avant-postes avec le général Lauriston chargé de se concerter sur des objets d'importance et sur les moyens de rétablir Tamitié entre les deux puissances. Koutouzov ne voulut point se rendre à l'entrevue au lieu indiqué et, dans cette vue, il envoya aux avant-postes le prince Volkonsky, aide de camp de l'Empereur. Le général Lauriston refusa d'entrer en conférence avec le prince, disant qu'il ne
pouvait traiter qu'avec le général Koutouzov luimême. Ce dernier consentit enfin à voir le général Lauriston dans son quartier général où celui-ci arriva à 11 heures. Il se plaignit de la cruauté qu'exercent les paysans contre les Français qui tombent entre leurs mains. Koutouzov répondit avec ironie : « Il est impossible de civiliser en trois mois une nation que les Français traitent comme si c'étaient des hordes de Gengis Khan. »
Lauriston observa que la nature mettrait bientôt un terme aux opérations militaires et que, pour cette raison, il serait à souhaiter qu'on pût s'entendre sur quelques points relatifs à une suspension d'armes.
Koutouzov répondit : « Je ne suis point autorisé à traiter là-dessus. »
Lauriston assura Koutouzov que ce n'étaient point les Français qui avaient brûlé Moscou, qu'un pareil forfait ne s'accorde point avec leur caractère et qu'ils ne se souilleraient pas d'une pareille action, lors môme qu'ils occuperaient Londres.
Koutouzov répliqua : « Je sais bien que ce furent les Russes, qui, pénétrés d'amour et de dévouement pour leur patrie, mirent le feu à la ville. »
Lauriston s'étendit sur Tacharnement avec lequel se faisait la guerre actuelhî et reprocha aux Cosaques qu'ils avaient tiré sur le roi de Naples au moment où des parleinentaires se trouvaient aux avant-postes.
Koutouzov répartit : « Mais l'armistice n'existe pas encore. »
Lauriston, en insistant sur un armistice, se servait de ces termes : « N'allez pas croire. Monsieur, que nous sommes réduit» à l'extrémité, nos armées sont égales en force; vous êtes, à la vérité, plus à portée de vous renforcer. Mais nous recevons aussi des renforts; peut-être avez- vous entendu quelques nouvelles moins favorables à l'égard de nos affaires en Espagne. »
KouTOUzov : Il est vrai que j'en ai été instruit par Sir Robert Wilson qui vient de sortir de chez moi.
Laurisïon : Wilson a sans doute ses raisons pour exagérer les clioses.
Koutouzov le nia.
Lauriston : Le fait est que par la folie de Marniont nous avons éprouvé un petit échec, et Madrid se trouve maintenant entre les mains des Anglais; mais les corps nombreux qui sont en marche pour ces contrées vont bientôt changer l'état des afl'aires.
Le reste de la conférence roula sur des choses vagues et insignifiantes, et Lauriston, voyant qu'il ne saurait atteindre un armistice, quitta le général Koutouzov sans pouvoir cacher son extrême mécontentement.
Le roi de Naples eut le même jour une conférence avec le général Bennigsen et lui déclara qu'il désirait la paix, en ajoutant que son royaume avait besoin de sa présence et de ses soins.
Le général Korff eut à cette occasion un court entretien avec un général français, qui lit entendre les mêmes désirs de paix, disant expressément que les Français seraient heureux s'ils parvenaient à retourner tranquillement dans leurs foyers. Il s'étendit sur ce que les Français aiment les Russes. A quoi Korff répondit que, quoique les Russes soient jaloux de cette estime, il croit cependant de son côté que le retour des Français éprouvera quelque difficulté.
On a intercepté sur la route de Moscou à Mojaïsk deux courriers français dont un de cabinet, sur lequel ou a trouvé une quantité de licences signées par rL'mpereur Napoléon et beaucoup de lettres particulièi ^s dans lesquelles les Français se plaignent amèremen' de la situation de leur armée, du froid qui les accable déjà, et sont fort inquiets sur leur retour. Le courrier avait à sa suite deux voitures chargées
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d'argent fondu provenant du pillage des églises de Moscou.
Outre la force actuelle des Cosaques, le général Platov en aura eticore 26 régiments, dont 12 s'étaient déjà réunis à lui au moment du départ du présent rapport, et le reste le rejoindra incessamment. Les Cosaques sont destinés à agir sur les derrières et les flancs de l'ennemi, qui bientôt n'aura plus ni vivres, ni fourrages, dont le manque se fait déjà sentir, et,sa cavalerie, déjà affaiblie, sera bientôt anéantie.
Cette guerre est devenue nationale et a pris un caractère semblable à celui de l'Espagne. Les paysans russes, armés de piques, tombent de tous côtés sur les Français qui les excitent eux-mêmes par leur pillage et la profanation des églises.
Un de ces paysans a fait avec sa troupe un nombre assez considérable de prisonniers français. Sa valeur a été récompensée par une médaille d'or, ornée du ruban de saint Georges.
L'armée russe est placée très favorablement derrière le fleuve Nara avec 662 canons.
Le général Wintzingerode commande un corps d^armée à Klin sur la route de Moscou à Pétersbourg. Il avait fait dernièrement 4.500 prisonniers.
Le général Galitzine commande un autre corps auprès de Vladimir.
Le général Dorokbov se trouve à Mojaïsk à la tête d'un corps considérable.