Lettres de Nesselrode, IV, p
Au quartier général, le 21 octobre 1812.
Mon prince, le colonel Bertheiny que j'ai admis dans mon propre quartier, m'a remis la lettre dont Votre Altesse l'avait chargé pour moi. Tout ce qui fait l'objet de cettt^ nouvelle démarche a déjà été soumis immédiatement à l'Empereur, mon maître, et c'est, comme vous ne sauriez l'ignorer, mon prince, l'aide de camp général, prince Yolkonsky, qui en a été le porteur. Cependant, vu la distance des lieux et la difficulté des routes dans la saison actuelle, il est physiquement iiTipossible qu'il me soit déjà parvenu une réponse à cet égard. Je ne saurai donc que me référer personnellement à tout ce que j'ai eu l'honneur de dire à M. le général Laurislon sur la même matière. Je répéterai cependant ici une vérité dont vous apprécierez sans doute, mon prince, toute la force et, l'étendue. C'est qu'il est difficile d'arrêter, malgré tout le désir qu'on peut en avoir, un peuple aigri parce qu'il voit, un peuple qui depuis trois cents ans n'a point connu de guerre intérieure, qui est prêt à s'immoler pour sa patrie, et qui n'est point susceptible de ces distinctions entre ce qui est ou n'est pas d'usage dans les guerres ordinaires.
Quant aux armées que je commande, je me flatte, mon prince, que tout le monde reconnaîtra dans la manière dont elles agissent les principes qui caractérisent toute nation loyale, brave et généreuse; je n'en ai jamais connu d'autres dans ma longue carrière militaire et je me flatte que les ennemis que j'ai eus à combattre ont toujours rendu justice à mes maximes à cet égard.
Recevez, mon prince, l'assurance de ma plus haute considération.
Le maréchal commandant en chef les armées.
Prince Koutouzov.