‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 65 sur 139 · Glaparéde · texte numérisé non relu

Glaparéde

Le 26, nous marclions sur Borissov. A Loclinitsa, à moitié clicmin, a été le quartier général impérial qui, lui aussi, sest déjà porté sur Borissov. Nous faisons cette marche en un temps extrêmement court, et c'est une joie de se retrouver parmi des troupes organisées. Durant le trajet, le colonel vient à différentes reprises auprès de ma voiture et nous lui exposons la situation de Borissov. Il pense que l'Empereur tentei'a d'y forcer le passage coûte que coûte. Je ne combats pas son opinion ; je crois qu'il est possible de forcer le pont; mais, après avoir vu Tétat de l'armée, je regarde comme absolument impossible de déboucher par là. Nous arrivons à Borissov et on assigne à la division un bivouac au sud de la ville. Il n'est pas très éloigné de notre ancienne demeure et nous nous disposons aussitôt à nous en saisir, si la chose peut se faire. Hélas! elle est vide^ pillée; les portes et les fenêtres ont été enlevées, sans doute brûlées; nous ne voyons ni notre hôte ni sa femme et nous ne savons ce qu'ils sont devenus. Pourtant, nous nous logeons aussi bien que possible dans la maison.

Mais dès le soir nous apprenons qu'il faut partir de nouveau à 10 heures, qu'il faut aller plus loin. Où ? Nous partons en nous attendant à ce qu'il y a de pire au monde. J'échange au bivouac une belle pelisse, mais qui est trop lourde pour être traînée par un faible piéton, contre un caftan russe qui appartient au lieutenant-colonel Regulski et je reçois, par-dessus le marché, trois napoléons. J'achète à un soldat une grande écharpe de coton que j'enroule plusieurs fois autour de la tête, et du cou, puis de la poitrine, et que je serre dans h^ dos par un nœud. Des soldats ont garni mes béquilles de petits morceaux de peau de mouton. Bref, je finis mes petits arrangements pt je pense faire un très bon somme. Et voilà qu'arrive Tordre du départ! En même temps commence à tom-

ber une neige épaisse qui dure presque toute la nuit. Nous traversons sans bruit Borissov^ nous suivons le cours de la Bérésina, et après des haltes, des empêchements infinis, nous arrivons dans un village non loin de la rivière. De l'autre côté, nous voyons les feux des bivouacs russes. Nous nous reposons plus de quatre heures^ je crois, dans le plus profond silence. Puis nous reprenons notre marche; nouvelles haltes, nouveaux empêchements. La neige est haute déjà. Heureusement le plus grand calme règne dans l'atmosphère ; autrement, toute marche serait impossible.

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