‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 67 sur 139 · Le 26 novembre · texte numérisé non relu

Le 26 novembre

la position et, arrivé au bord de Teau, je l'aperçus de fort près, adossé contre des chevalets qui se trouvaient sur la rive, les bras croisés, dans sa capote^ silencieux, n'ayant pas Fair de s'occuper de ce qui se passait autour de lui, fixant seulement de temps en temps ses regards sur les pontonniers qu'il avait en lace et à quelques pas de lui, dans la rivière parfois jusqu^au cou et parmi les glaçons, occupés à ajuster des chevalets qu'ils paraissaient avoir beaucoup de peine à assujettir au fond, tandis que d'autres plaçaient des planches sur eux à mesure qu'ils étaient fixés.

Les seules paroles que j'ai entendues sortir de la bouche de l'Empereur pendant un assez long- espace de temps étaient une allocution faite d'un ton d'humeur et d'impatience au chef chargé de la direction des travaux. Il lui faisait observer que cela allait trop lentement. Mais le premier lui répondit avec vivacité et assurance, en lui montrant la position de ses gens plongés depuis longtemps dans ces flots glacés sans avoir quoi que ce fût pour se fortifier et se restaurer : position, en effet, horrible à voir. L'Empereur, sans rien répliquer, reprit sa première attitude, avec son air taciturne, pensif et soucieux.

Je rejoignis ma troupe, je passai encore un certain temps dans cette position, et nous reçûmes de nouveau plusieurs injonctions de tenir nos gens réunis et prêts à marcher.

Tout d'un coup, un bruit s'éleva du côté de la rivière, et je vis un détachement s'engager sur le pont,^ aux cris de Vive V Empereur l

Au même instant, nous reçûmes l'ordre du départ et nous nous trouvâmes nous-mêmes dans un moment à l'entrée du pont, de ce frêle pont, où je revis Napoléon dans la position où je l'avais laissé, avec sa même taciturnité, son même air pensif, et ne faisant pas la moindre attention à nous, quoique nous répé-

lions tous, en arrivant près de lui, les mômes vivats, dont il n'avait pas l'air de se soucier le moins du monde....

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