I.A CllKKIU: DE RUSSIR
à la gauche du Niémen ; il me rendit compte que le Roi en avait retiré quatre pièces pour sa garde, et je dois présumer que le reste aura suivi le mouvement; car, an moment où l'ennemi passait le Niémen, j'envoyai, pour faii'e jouer cette batterie, un de mes aides de camp, qui trouva les Cosa(jues à la place oij elle était établie, et je me trouvai ainsi privé dtî ce moyen de défendre la ville et de protéger ma retraite. J'ordonnai sur-le-champ au général Marchand de s'emparer de la hauteur, d'où l'ennemi commençait à tirer à mitraille sur le pont, avec ce qui restait de troupes du 3*^ corps et ce qu'il pourrait ramasser d'hommes armés; ce mouvement s'exécuta bien; cependant on y perdit du monde, et on ne put parvenir ({u'à se loger dans les granges qui se trouvent au connnencement du plateau.
Dans le même temps, l'ennemi canonnait la tête du pont sur la droite de la Vilia et menaçait demporter de vive force les ouvrages de la porte de Vilna, qui, comme je l'ai déjà dit, se trouvait privée de ses canons par l'incroyable maladresse de roffîcier d'arlillerie. Le bataillon de la Lippe, après avoir un peu souffert de l'artillerie ennemie, prit la fuite en entier en jetant ses armes, à l'exception d'un seul sergent, dont je regrette de ne pas savoir le nom. Ma position devint alors tiès alarmante, et ce n'est qu'après les plus grands efforts que je parvins à faire mettre en batterie quelques pièces de la 34'^ division et à les faire protéger par des détachements du 29^ régiment, seul corps qui me restât. Cette apparence de résistance commença à contenir l'ennemi, et en redoublant d'activité, en sollicitant le zèle de chacun, homme par homme, je parvins à gagner la chute du jour sans que la ville fût enlevée de vive force, comme elle y avait été exposée pendant trois heures.
A 9 heures du soir, je commençai ma retraite. Le
feu fut mis aux extrémités des ponts de la Vilia et du Niémen; le matériel de Tartillerie de l'arsenal fut détruit et le feu mis aux poudres. Dans ce moment, il ne me restait tout au plus que 200 hommes. Persistant néanmoins dans ma résolution de me retirer sur Gumhinnen par Skrauce,et espérant pouvoir Texécuter à la laveur de la nuit qui cachait la faiblesse de mes moyens, jeg-ravîsla hauteur qui domine la ville. Je trouvai l'ennemi en bataille sur la route avec du canon. Le soldat refusa obstinément de s'ouvrir le passage de vive force. Je fis avancer quelques tirailleurs ; les deux tiers des fusils ne partaient pas.
Forcé dès lors de renoncer à l'espoir de suivre mon projet, je me déterminai à descendre le Niémen et à diriger la marche des troupi s et de Tartillerie sur Neustadt par Zapiesiszki et Griszkabudzie. Je m'arrêtai quelques heures à Zapiesiszki et, au point du jour, je me remis en marche avec le 3*^ corps et la 3^"" division, qui, réunis, ne présentaient pas loO hommes sous les armes. L'artillerie fut abandonnée dans la forêt, à la hauteur qui se trouve au-dessus de Zapiesiszki, (ju'il fut impossible de lui faire gravir.
Je remets au général Marchand le commandement du faible détachement qui reste et auquel il serait impossible de faire tirer un coup de fusil. Il se dirigera sur Elbing. Il a le dépôt de toutes les aigles du 3*^ corps, auquel il n'en manque pas une seule.
Je me rendrai demain au quartier général, à Gumhinnen, pour rendre compte plus particulièrement des circonstances qui m'omit forcé de quitter Kovno plus tôt que je n'en avais le projet.
Les officiers seuls ont montré quelque énergie ; le soldat, en général, s'est mal battu. Le 2d'' de ligne est le seul corps qui soit resté à son poste sur la rive dioite du Niémen; le reste de la garnison a pris la fuite. Les débris du 3*^ corps gardaient la tête de pont et les hauteurs sur la rive gauche. Le général
Gt'rard s'est dislinj^ué par son activité et par des exemples de dévouement trop mal suivis; sa conduite est digne des plus grands éloges dans un moment si crilique, où chacun ne songe qu'à sa propre sûreté. J'ai beaucoup à me plaindre des officiers d'artillerie employés à Kovno.
Gérard à Berthier.
Stallupônen, 16 décembre 1812.
Monseigneur, conformément aux ordres de V. A. S., je suis resté à Kovno pour y prendre le commandement de la 34*^ division destinée à former l'arrièregarde sous la direction de S. E. M. le maréchal duc d'Elchingen.
Le 13 au matin, M. le général Loison me remit toutes les troupes qui étaient à sa disposition et qui consistaient en 300 hommes du 29** régiment de ligne et 80 hommes d'un bataillon de la Lippe. 11 me fut impossible de réunir deux hommes des autres corps de cette division.
Malgré le peu de monde qui nous restait, M. le duc d'Elchingen m'ordonna de prendre des mesures pour garder la ville, en cas d'attaque de l'ennemi. Je remplis de suite ses intentions.
Vers midi, la cavalerie ennemie s'approcha avec quelques pièces d'artiJleiie et commença à tirer surles ouvrages qui se trouvent à droite et à gauche de la porte de Vilna. Ces ouvrages étaient armés de quatre bouches à feu, qui, après avoir riposté quelques coups, furent enclouées par l'ineptie du commandant de cette artillerie. Dès lors, l'infanterie de la Lippe, qui se trouvait là, ayant reçu quelques boulets dans ses rangs, se débanda et lâcha pied sans
qu'il fut possible à M. le maréchal ni à moi d'en retenir un. Il y eut un tel moment de terreur que tout le monde nous abandonna et que nous fûmes obligés de faire le coup de fusil pour arrêter les Cosaques qui s'approcliaient de plus en plus de la ville. M. le maréchal ht venir de suite trois pièces qui se trouvaient sur la place et une centaine d'hommes du 29®, qui arrivèrent à temps pour repousser l'atlaque de 200 Cosaques qui avaient mis pied à terre pour entrer en ville, dans la persuasion où ils étaient qu'ils ne rencontreraient aucun obstacle. Une fois cette infanterie placée dans les ouvrag-es, nous tînmes l'ennemi en échec jusqu'au soir.
Pendant que ceci se passait à la porte de Yilna^ l'ennemi avait fait porter sur la rive gauche du Niémen plusieurs centaines de chevaux et quelques bouches à feu qui forcèrent les pièces que nous avions sur la hauteur de se retirer. Par cette manœuvre, nous nous trouvions presque enveloppés; il ne nous restait que la route de Tilsit. M. le maréchal, après avait reconnu toutes les forces ennemies qui nous séparaient de l'armée, crut devoir la faire suivre avec d'autant plus de raison qu'il ne restait, au moment du départ, que 130 hommes de la 34'' division.
Nous avons quitté Kovno à 8 heures du soir après avoir détruit et brûlé tous les magasins, arsenaux et ponts; nous avons suivi la route de Tilsit à peu près quatre lieues; nous avons fait ensuite un à-gauche pour nous diriger sur Neustadt, où nous avons couché hier.
La Si'' division étant réduite à 12 ou 15 hommes et quelques officiers avec l'aigle du 29*^, M. le maréchal duc d'Elchingen m'a autorisé à rejoindre le 1'''' corps et a donné à cette faible troupe la même direction qu'au '^^ corps.
Je me serais abstenu, Monseigneur, de vous faire
ce rapport si je n'avais la certitude que M. le maréchal est parti pour Gurnbinnen dans l'espoir d'y trouver S. M. le roi d« Naples; mais la crainte qu'un relard n'entraîne quelques inconvénients Fn'a déterminé à faire parvenir de suite ces détails à V. A. S.