‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documents (volume 2)Chapitre 99 sur 139 · Macdonald à Berthier · texte numérisé non relu

Macdonald à Berthier

Cinq lettres de Macdonald h Berthier, du 17 au 20 décembre. Si Murât et Berthier sont inquiets de Macdonald et de son 10® corps, Macdonald est inquiet de la Grande Armée. Yorck, a le successeur de Grawert, » lui donne des nouvelles; mais le maréchal n'a, depuis le 3 décembre, reçu aucun message direct, aucun ordre qui lui prescrit de battre en retraite, et le 17 décembre (n° I), dans son impatience, il écrit à Berthier. Naturellement, il reçoit aussitôt — le 18, à une heure du matin — les ordres qu'il attendait datés du 9 décembre (Voir pièce 72). A cette lettre du 9 décembre, il répond aussitôt (n^ III). Pourquoi vient-elle si tard? Le major prussien Schenk qui l'apporta n'est parti de Vilna que le 12, et, comme on l'a su plus tard, il a passé par Tilsit pour voir sa fiancée ! Le duc de Tarente prend ses mesures de départ qu'il communique à Yorck (N° II). Le 19, il est en pleine marche et il jure qu'il fera plus que l'impossible pour sauver le 10*^ corps (N° IV), qu'il fera tout ce que l'honneur et le devoir commandent. Il veut s'acheminer de telle sorte que son avantgarde soit à Ghavli le 21 et son arrière-garde, le 23 (N° V),

Macdonald à Berthier.

Stalgen, 17 décembre 1812.

L'épouvante s'est de nouveau répandue dans la Sanio^^itie. Tout y est en désordre et en confusion; on fuit de toutes parts à l'apparition de simples partis de Cosaques vrais ou faux, ce dont je n'ai encore pu in'èclairer. Tous ceux que j'envoie aux nouvelles reviennent aussi effrayés que les fuyards. J'ignore si

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quelqu'un de mes messagers a pu arriver. J'en ai beaucoup envoyé à Voire Altesse. Je n'ai aucune nouvelle de Vilna ni du quartier impérial, ni de la Grande Armée depuis le 3 de ce mois. Beaucoup de gens ict regardent en arrière, mais personne ne bougera sans ordre de Votre Altesse. Les Russes avaient envoyé des troupes à Boldam. On a marché sur eux, ils ont pris aussitôt la fuite. La veille, un de leurs détachements, commandé par un officier d'artillerie, a été enlevé.

Le successeur du général de Grawert recueille des dépositions vraies ou fausses de déserteurs et voyageurs sur les grandes forces de l'ennemi qui s'avance «le Riga poursauver Mitau et couper les troupes qui sont en avant.

J'ai notifié qu'on ne bougerait pas et que Ton sebattrait.

P. -S. — Au lieu de quatre lettres, j'en joins six; deux autres sont portées par des officiers du 10% par les soins du colonel Kaminski. 11 faut absolument que nous sachions ce qui se passe à Vilna et Kovno.

Le général comte jNieselovvski m'écrit de je ne sais oii (il ne date point sa lettre). Il dit que toutes les levées lithuaniennes ont l'ordre de se rallier en Prusse. Il ajoute que le 9, à 4 heures du soir, les Cosaques ont attaqué Vilna avec du canon; qu'il en est sorti à 6 heures du soir; qu'enlin, on dit que cette ville a été évacuée le 1 1 , que les Cosaques ont fait un hourra sur Kovno et qu'il se rend à Tilsit.

Macdonald à Yorck.

Stalg:en, 18 décembre 1812, \ h. 30 du matin.

Je reçois dans le momenC la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire. Il n'y a qu'un

quart d'heure que le major Schenk est arrivé de Vilna avec les ordres du major général. Ils sont datés du 9, il prétend n'être parti que le 12 à 3 heures du malin; cet extrême retard peut avoir des conséquences.

Quoique j'ai ordre de manœuvrer lentement, cependant, il ne faut pas que les frontières prussiennes soient insultées. Faites partir vos hag-ag-es pour Memel parla route ordinaire de poste, en douhlant les petites étapes, et en répandant le hruit à Mitau qu'ils vont seulement cantonner à deux ou trois marches, pour faire place aux troupes qui entreront après-demain dans la ville et le château.

Veuillez hien m'envoyer à l'instant le colonel de Rôder pour concerter h's marches des colonnes.

Je préviens Vot-re Excellence que je donne l'ordre au régiment n*' 2 et à l'escadron de dragons de se rendre aujourd'hui à Gross-Dessau, et demain à Janijki, oii il recevra de nouveaux ordres. Les troupes du général Grandjean, les 10^ et 11% arrivent aujourd'hui à Bauske et à Salaty.

A l'instant m'arrive un second ofïicier du quartier général de Kovno.

Macdonald à Berthler.

Stalgen, 18 décembre I8I2, 3 heures du matin.

Je reçois seulement à une demi-heure de distance les ordres de Votre Altesse, datés de Vilna le 9 et de Kovno le 12. Le major, porteur du premier, a passé par Olitfa, et je ne sais où. Demain je serai en mouvement. Mais il est delà plus haute conséquence que Votre Altesse fasse sur-le-champ un grand mouvement sur Tilsit, et de là sur Rossiena. L'ennemi occupe >déjà cette petite ville, à ce que j'apprends, et ses partis' sont sur Telch et Chavli.

Je ne fais ici aucune réflexion. Depuis quinze jours,

j'attends des ordres. Cinquante messagers sont rentrés pour la plupart en rapportant toutes les exagérations que Ton a débitées par anticipation en Sarnogitie.

J'ai pour quatorze ou quinze jours de marche sans obstacles et, les rencontrant, je ne puis plus calculer.

Macdonald à Bcrthier.

Gross Elley, 19 décembre 1812.

Monseigneur, je reçois à 4 heures après midi les deux lettres que V. A. m'a fait l'honneur de m'écrire d'Antonovo le 14 de ce mois.

Je suis en pleine marche. La tête de mes troupes sera demain soir à Meschkouts en même temps que l'arrière-garde quittera la position de l'Eckau en avant de Mitau.

J'ai mandé à Votre Altesse que son premier ordre du 9 m'était seulement parvenu hier matin par M. de Scdenk, major prussien. Cet ordre était assez important pour qu'on se donnât la peine d'avertir cet officier combien il élait urgent qu'il arrivât promptement. Comme on ne lui a rien dit, suivant son dire, il a pris sadirection de Vilna par Olitta, Insterbourg et Tilsit. Comment dans de pareilles circonstances m'envoie-t-on pas dix, vingt, (-ent duplicata? Au reste, Votre Altesse voit que je n'ai pas perdu de temps.

Je serai demain, de ma personne^ entre Janijki et Meschkouts. Je lui répète ce que je lui ai mandé dans mes réponses d'hier. Je ferai plus que Timpossible pour sauver le 10^ corps.

Je lui demande de faire faire pour la Grande Armée tout ce qui sera possible pour favoriser mon passage en portant des corps dans la direction de

Georg-en bourg et de Tilsit, sur Tauroggen et dans la direction de Rossieiia.

En supposant que je ne trouve que de légers obstacles, je ne puis être à Tilsit avec tout mon corps avant le 30 de ce mois.

Macdonald à Berthier.

Janijki, 20 décembre 1812.

Monseigneur, j'ai répondu liier aux deux lettres que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m 'écrire le 14. J'enjoins ici un duplicata. Je n'ai à y ajouter que la prière de ne point abandonner à lui-même un corps composé de tant d'éléments. Votre Altesse peut juger de l'eiFet que produira la connaissance des malheureux désastres de la Grande Armée, et apprenant en outre que le pays est de nouveau ravagé, en proie à l'ennemi, et eux-mêmes peut-être victimes [aie).

Je suis accablé de douleur en pensant que le 10*^ corps, averti à temps, pouvait servir de noyau et flanquer l'armée avant l'évacuation de Kovno, dont il pouvait même prendre l'arrière-garde.

Les débris de la Grande Armée ne peuvent-ils laire un effort pour retarder les progrès de l'ennemi et me faciliter le passage du Niémen?

La moitié du lO*^ corps arrivera demain avec moi à Ghavli ; la queue n'y sera que le 23.

Il y a toute apparence qu'une partie des équipages sera sacrifiée, si, comme je n'en doute pas, le corps de Livonie poursuit vivement; je n'en ai point de nouvelles ; ce n'est que ce soir que Mitau sera évacué et la ligne de l'Aa. Croyez, au surplus, Monseigneur, que je ferai tout ce que l'honneur commande et le devoir prescrit. Veuillez en assurer Sa Majesté.

8o. Eblé à Berthier et Berthler à Eblé.

Il suffît de publier ces deux lettres qui se passent de tout commentaire : les idées d'Eblé sont si claires et si pratiques que Berthier donne sur-le-champ son adhésion.

Eblé à Berthier.

Konigsberg, 20 décembre 1812,

D'après l'état que j'ai eu l'honneur de remettre ce matin à V. A. S., Elle a pu prendre une idée de l'immense quantité d'artillerie, projectiles, munitions, etc., faisant partie des approvisionnements de siège qui ont été rassemblés à l'ouverture de la campag^ne et qui se trouvent aujourd'hui dissénn'nés dans différentes places et exposés à tomber entre les mains (le l'ennemi si l'armée découvrait ces places. V. A. S. désire connaître quel serait le moyen le plus prompt de faire rentrer tous ces objets à Danzig-. Je pense que la voie de l'entreprise serait la seule à employer : 1° parce que la réquisition des chevaux serait illusoire dans les circonstances actuelles et que quand elle pourrait avoir lieu, il ne se trouve pas assez de canonniers réunis pour les travaux et l'escorte des nombreux convois qui auraient lieu. 2^ parce que, des 530 chesaux qui se trouvent à Kunij^^sberg-, il n'y en a guère que la moitié de harnachés, que la division Heudelet en exige cent, et que quand même la totalité de ces chevaux pourrait être employée, elle mettrait

peut-être plus de trois mois à évacuer ce qui se trouve à Kônigsberg et environs.

J'ai l'honneur de prier V. A. S. de me donner ses ordres à l'égard de l'artillerie dont il est question.

Agréez, je vous prie, Monseigneur, l'assurance de mon respect.

Eblé.

Berthier à Eblé.

Kônigsberg, 21 décembre 1812.

Monsieur le général Eblé, il est si important de ne pas perdre un instant pour évacuer l'équipage de siège sur Danzig que le Roi vous a déjà autorisé et vous autorise de nouveau à prendre toutes les mesures les plus promptes et que vous jugerez les plus convenables pour reirjplir ce but. E[i conséquence, vous pouvez passer les marchés que vous proposerez.

Le major général

Alexandre.

Eblé à Berthier.

11 doit se faire aujourd'hui à Kônigsber» la dernière livraison de chevaux destinés pour l'artillerie et qui sont fournis sur un marché passé par M. le général Loison d'après les ordres de V. A. S. Je pense qu'il serait extrêmement avantageux de faire continuer ce marché, dût-on en augmenter le prix, parce que la rareté des chevaux le fera nécessairement élever, et que ceux de ce pays-ci sont d'une très bonne espèce.

LA GUKRRE Dl-; RUSSIE 28'

H6. Le général Biilow.

Le général prussien Bûlow qui commandait à Graudenz^ était un patriote et il avait, disait Davout, les mêmes opinions personnelles que Yorck. Dès qu'il sut la retraite de la Grande Armée, il fit venir à Graudenz tous les détachements de marche et, sur l'ordre de son g-ouvernement, il annonçait à Murât, comme on le voit par la lettre suivante, qu'il voulait former dans le voisinage de cette place un corps de réserve, retirer par conséquent de Kônigsberg tous les militaires capables de porter les armes, renforcer la garnison de Pillau et prendre dans cette forteresse des Tusils et des canons pour son corps de réserve. Murât consent à tout.

Bàlow à Berlhter.

Kônigsber^, 2o décembre 1812.

Monseigneur, j'ai l'honneur de notifier respectueu-

se

ment à Votre Altesse Sérénissime que le Roi, mon auguste maître, vient de me donner les ordres suivants :

Comme le Roi a à cœur le bien-être et la conservation de cette province, et que, d'un autre côté. Il voudrait contribuer selon ses forces et son pouvoir à favoriser le grand but, celui de la prospérité et de la réussite du bien général. Il a Tintention de former près de la Vistule dans le voisinage de Graudenz un corps de réserve. Pour cet effet j'ai l'ordre de faire partir de Kônigsberg tous les militaires capables de

porter les armes et dont je pourrai me passer pour le moment.

Comme la place de Memel est ouverte et ne saurait par conséquent faire résistance, d'autant moins <jue les rivières sont con^^elées et peuvent être passées facilement, je dois en retirer les troupes qui s'y trouvent pour en former la hase dudit corps.

De plus, il m'est ordonné de renforcer de deux compagnies la garnison de Pillau : bien entendu qu'elles ne pourront être composées que des militaires hors d'état de combattre dans les rangs et sur le champ de bataille, mais bien propres à défendre une forleresse.

Comme d'ailleurs il y a à Pillau 30 à 40 pièces de canon à trois et six livres de calibre et qui, par conséquent, sont inutiles pour la défense d'une place forte, Sa Majesté, mon Roi, m'a ordonné de retirer €es pièces de Pillau et de les envoyer à la Yistule pour former l'artillerie du corps de réserve.

Il se trouve, en outre, dans cette forteresse trois mille fusils, inutiles à la garnison de cette place, que je dois prendre également pour en armer une partie* du corps de réserve. Ces fusils nous sont d'autant plus indispensables que ceux que les autorités françaises impériales avaient été chargées de nous rendre ne nous sont point encore parvenus.

Je sens. Monseigneur, que pour réussir dans l'exécution des ordres de mon souverain, j'ai besoin du secours de Votre Altesse Sérénissime, persuadé qu'animé des mêmes efforts pour contribuer au même but, celui de la prospérité d'une province importante sous tous les rapports, Elle voudra bien seconder mes démarches et en instruire Sa Majesté le Roi de Naples qui ne pourra qu'approuver des arrangements <lictés par la prudence, nécessités par les circonstances actuelles, et bien propres à favoriser les intentions des deux monarques alliés.

Daignez, Monseigneur, agréer l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur,

de Votre Altesse Sérénissinie

le très humble serviteur,

le général gouverneur de la forteresse

de Graudenz,

DE BÛLOW.

Berthier à Murât.

Kôaig'sberg', 26 décembre 1812.

Sire, j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté une lettre que je reçois de M. le général de Biilow, gouverneur de la forteresse de Graudenz. Il est important que Votre Majesté veuille bien me faire connaître celles de ces propositions qu'elle approuve.

Le prince de Neuchâtel, major général,

Alexandre.

Apostille de Murât à la lettre de Berthier.

J'approuve toutes les demandes de M. le gouverneur prussien, excepté celle d'évacuer Memel qui doit continuer à être occupé jusqu'à ce que nous ayons des nouvelles que le 10^ corps est en communication avec cette place.

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