L'affaire Malet
De qui est cette lettre envoyée de Paris et sans doute adressée à Duroc? Nous ne savons; mais elle mérite d'être connue, et elle a été lue durant la retraite et, sans doute, le 6 novembre, à Mikhaïlevska, lorsqu'arriva l'estafette,, la première que l'armée rencontrait depuis dix jours.
Le 23 octobre 1812.
Monseigneur, un événement inimaginable vient de se passer à Paris, je veux vous en rendre compte.
Je suis sorti ce matin à 8 heures. Je voulais entrer aux Tuileries par la grille en face de la rue Napoléon. On n'entrait point. Je crois que le factionnaire ne sait pas sa consigne. On me répond qu'il la connaît bien, mais qu'il y a du nouveau, que le général Hulin est assassiné, que tous les ministres sont arrêtés et qu'il règne un bruit sourd que l'Empereur est mort. Pendant que j'écoute, arrive Etienne qui me dit la même chose. Nous allons ensemble au ministère de la police. Un garde était à la porte. Je rencontre M. de Rémusat. Mêmes discours. Je vais chez le général Dériot. J'apprends alors que trois exgénéraux ont voulu faire une révolution à Paris. Le général Malet, qui a été enfermé longtemps, avait dans la nuit parcouru les casernes des gardes nationales du 2® ban et, muni de faux sénatus-consultes, disait qu'il y avait un gouvernement provisoire dont le chef était le général Moreau. Il a obtenu ainsi des détachements. Il a fait sortir de la
Force où ils étaient, les généraux Laliorie et Guidai, les a chargés de s'emparer du ministère de la police ei du baron Pasquier, et s'est rendu de sa [)ersonne chez le général Hulin, est entré chez lui vers 3 heures du matin, lui a tiré un coup de pistolet qui l'a blessé grièvement dans son lit et après, a été à l'état-major. Ils avaient fait l'adjudant commandant Doucet général commandant de la place. Celui-ci, à la lecture de la proclamation, n'a pas été maître de •contenir son indignation, s'est jeté sur le général Malet et l'a arrêté, aidé de M. Laborde. Pendant ce temps, l'ex-général Lahorie, avec un détachement, s'emparait du ministre de la police. Il fait enfoncer les portes à coups de hache, le fait saisir, lui dit qu'il n'est plus ministre et le fait monter dans une petite voiture qui le conduit avec un détachement à la Force. Il paraît que d'après ce qui s'était passé à l'état-major, on a donné des ordres; des détachements ont été envoyés pour dégager le ministre de la police.