Chansons françaises
Nous avons parlé précéderDmènt (tome II, p. 358) des chansons que cliantait l'armée française/Elle ne chanta <uicune de celles qui furent fabriquées pour l'expédition de Russie. On envoya de Paris à Smolensk quelques milliers d'exemplaires d'une chanson à boire de Désaug-iers; elle se chantait sur Tair Malgré la bataille rjuon livre demain; mais, dit un de nos officiers, elle était fort médiocre et elle manquait d'à propos : une chanson à boire en un pays où allait manquer, où manquait le strict nécessaire, eut paru ridicule. L'armée chanta donc les chansons qu'elle connaissait déjà. « Chaque contrée apportait alors son tribut. Ce qui était chanté une ou deux fois était bientôt su par toute la troupe, et d'ordinaire, un ou deux vers étaient chantés en solo^ puis répétés en chœur par le reste de la colonne. Au 5® régiment des tirailleurs de la garde, les chansons languedociennes, provençales ou picardes alternaient avec celles de Paris, du Piémont et des autres parties de l'empire. Comme les autres corps de l'armée impériale, il comptait dans ses rangs des Français de Gènes, d'Amsterdam, de Mayence et d'Erfurt; on y chantait dans toutes les langues et dans tous les patois. Naturellement, les chansons françaises dominaient. En voici une qui avait été composée exprès pour le S*' tirailleurs et dont je ne citerai que le refrain :
Les tirailleurs sans souci,
Oii sont-ils? Les voici!
Où sont-ils? Les voici!
Les couplets étaient, suivant i'usage, répétés en chœur après avoir été chantés par le plus habile ténor de la compagnie qui marchait en tète, et la question Où sont-ils? adressée par la forte voix du premier chanteur et à laquelle répondait deux fois, très au loin, toute la longue file du bataillon, était empreinte d'une gaîté fort originale*. »
Les étrangers de la Grande Armée chantaient également, et Brandt nous a raconté (cf. notre tome II, p. 36) comment il entendit au matin de la bataille de la Moskova, les hussards prussiens chanter le Reiterlied à\x « Camp de Wallenstein » de Schiller.
On chanta jusqu'aux premiers jours de la retraite; Je 29 et le 30 octobre, par un temps superbe encore, Griois entend un régiment qui passe près de lui, chanter de joyeuses chansons; « j'en fus frappé, dit-il, depuis bien longtemps elles étaient bannies de nos bivouacs et ce furent aussi les dernières. »