Un placard allemand
L'Allemagne s'agite dès le mois de novembre. Le 10, à Varel, dans le département français des Bouches du Weser, à l'endroit même où sont affichés les bulletins officiels de l'armée, les habitants lisent un avis d'une main inconnue, et le général Carra Saint-Cyr, qui commande la division militaire, envoie au ministre de la guerre la traduction littérale de ce placard qui annonce la retraite de la Grande Armée réduite de moitié par le froid et les Cosaques.
Carra Saint-Cyr au duc de Feltre.
Hambourg-, 14 novembre 1812.
Voici, Monseigneur, la traduction littérale d^un placard en allemand qui a été affiché à Varel (Bouches du Weser) le 10 de ce mois, et qui m'a été transmis par le chef de bataillon commandant l'arrondissement des côtes de la Jahde. Votre Excellence remarquera que c'est le 10 que les ennemis du gouvernement ont placé ce placard dans les lieux mêmes où Ton affiche tous les bulletins officiels de Tarmée, et que ce n'est que le 12 que nous avons reçu à Hambourg, par l'estafette de Berlin, la nouvelle de l'évacuation de Moscou. Ce n'est que par les Anglais ou les Suédois que cet écrit a pu être colporté sur la côte et répandu sur beaucoup d'autres points, ainsi que me Ta assuré M. le directeur général de police, et cela, malgré la plus grande surveillance de la police, de la douane, de la gendarmerie et du commandant militaire de terre et de mer.
Traduction littérale.
J'ai reçu hier par un témoin oculaire à la Grande Armée la nouvelle que la situation de l'armée Française est très triste et que l'on peut attendre par le premier courrier que le quartier général aura été transféré à Vilna. L'on écrit que la soif, la faim et Je mauvais temps nous forcent de faire place aux Russes. D'un autre côté, notre armée est fondue à moitié; à quoi les Cosaques ont particulièrement contribué.