‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 25 sur 125 · Oudinot à Berthler · texte numérisé non relu

Oudinot à Berthler

Chargé d'assurer le passage de la Bérésina, Oudinot opère des reconnaissances au-dessous et au-dessus de Borissov (pièces I et II). Il se décide pour Stoudienka et il en explique les raisons au major général. En même temps il envoie à Berthier le rapport du général de brigade Aubry qui commande son artillerie, et ce rapport n'est pas très rassurant (pièces III et IV). Mais il faut passer coûte que coûte et passer à Stoudienka, le seul point favorable. On prépare donc la construction des ponts à Stoudienka. Pendant ce temps Oudinot fait des démonstrations à Stakhov. à Borissov, à Oukhalody, et il envoie à Berthier de nouveaux renseignements (pièce V) ainsi qu'un itinéraire des routes qui conduisent à Stoudienka (pièce VI).

Borissov, 24 novembre 1812, 5 heures 1/2 du matin. Oudinot à Berthier.

Monseigneur, ainsi que j'ai eu l'honneur de l'annoncer à Votre Altesse Sérénissime, j'ai envoyé reconnaître le gué de Stuzianca qui était occupé par l'ennemi, ainsi qu'elle le verra par le rapport du général Gorbineau.

Il existe encore deux passages : l'un à Stadkof (^ic) à un mille au-dessus, l'autre à Oukholoda, à deux milles au-dessous de Borissov. Les mouvements qu'on a remarqués hier au soir sur les deux flancs de l'ennemi avaient pour objet l'occupation de ces passages qui tous sont gardés.

11 a été impossible de faire, durant la nuit, des reconnaissances assez exactes pour s'assurer quel est le point le plus favorable pour jeter un pont. Je me propose de faire aujourd'hui des démonstrations sur tous les points indiqués ci-dessus et de tenter le passage et de jeter mon pont dans la nuit sur celui que j'aurai choisi.

J^ai 20.000 hommes devant moi qui se porteront sans doute sur le point où je chercherai à effectuer mon passage. Je n'ose donc garantir le succès de cette entreprise, quoique bien résolu à tout tenter pour la faire réussir.

D'après les renseignements qu'on a recueillis ici, il paraît que les Russes sont persuadés que l'Empereur veut passer ici la Bérésina; qu'hier l'avant-garde de Langeron était arrivée, et qu'on annonça aussi l'arrivée de l'amiral Tchitchagov ; que Wittgenstein a fait annoncer sa prochaine jonction; que le prince de Schwarzenberg suit d'assez près le général Mûller qui commande les trois divisions que l'ennemi a laissées devant lui; que cette poursuite inquiète les Russes. On ajoute enfin que les troupes qui avaient d'abord été dirigées sur Yilna ont été rappelées.

I bis,

Borissov, 24 novembre 1812, 1 lieure après midi. Oudinot à Berthier.

Monseigneur, je me suis décidé pour le point de Stuzianca où je compte effectuer mon passage dans la nuit suivante, et demain matin je fais faire des démonstrations à Oukholoda etStakliov; l'ennemi ne les néglige pas de son côté; ses troupes sont devant nous dans un mouvement continuel. Il a même eu l'air de faire apporter des matériaux pour rétablir le

pont de Borissov ; mais celui de ses mouvements qui paraît être le plus prononcé, c'est celui qui se fait par sa droite dans la direction de Bérésino. Je le fais suivre et ne le perds pas de vue; mais nous pensons tous ici que ce mouvement, fait sous nos yeux avec affectation, cache quelque autre projet, et qu'il est toujours convenable d'en donner avis à Votre Altesse.

Quoi qu'il en soit, j'espère être demain sur l'autre rive, et je compte y tenir assez pour assurer le passage de ce que SaMajest»; jugera à propos de faire passer à ma suite. 11 n'est pourtant pas permis de douter que Wittgenstein et Steinlieil, qui ont l'éveil, no fassent tous leurs efforts pour nous contrarier. J'ai envoyé des officiers au duc de Bellune pour en avoir des nouvelles et l'informer de mes opérations; je n'en ai point encore obtenu de réponse. Je viens encore de lui envoyer un parti sur Barany pour lui faire connaître la marche que je me propose d'exécuter cette nuit.

Borissov, 24 novembre 1812, 5 heures moins un quart du soir. Ouditiot à Berthier.

Monseigneur, Votre Altesse Sérénissime verra par le rapport ci-joint de M. le général Aubry qui revenait de Stuzianca, au moment où j'ai reçu sa dernière dépêche, que le passage est encore loin d'être assuré. L'ennemi paraît ne point prendre le change, et il est certain que ce sont maintenant les troupes de Steinheil venues par Bérésino qui sont devant ce gué. Ceci explique le mouvement vers sa droite que l'ennemi a fait aujourd'hui. Un paysan qui avait hier servi de guide à une colonne d'environ 6.000 Russes qui s'étaient portés vers leur gauche, et qui s'est échappé

d'entre leurs mains, a déclaré que celle colonne avait fait aujourd'hui un mouvement inverse. Mais, malgré les obstacles que présente le passage à Stuzianca, je pense que nous parviendrions à les surmonter si j'étais promptement soutenu, car, en peu d'heures, je puis me trouver entre deux corps ennemis. J'avais, ordonné mon mouvement, et il devait commencer à 6 heures; mais ceci me paraît d'une conséquence trop sérieuse pour ne pas le différer et attendre les ordres de Sa Majesté, d'autant surtout qu'ils peuvent m'arriver encore à temps pour qu'il s'opère dans la nuit, puisque nous n'avons que trois lieues d'ici au point de passage.

Je joins à cette lettre un croquis de la reconnaissance qui a été faite à Oukholoda, village situé sur la route de Bérésino, à deux milles d'ici, et que j'ai occupé jusqu'à présent.

J'ai fait reconnaître par un parti le gué de Vessélo vo et on l'a trouvé également gardé par de la cavalerie et de l'infanterie. Ce gué n'est qu'à une lieue au-dessus de celui de Stuzianca.

Borissov, 24 novembre 1812. Aubry à Oudinot.

Monsieur le maréchal, j'ai tout disposé à Stuzianca pour rétablissement du pont projeté. Ce soir, à 9 heures, douze chevalets seront prêts et des bois rassemblés pour former le tablier.

La rivière a trente-cinq à quarante toises de largeur au gué qui était de trois pieds et demi au plus de profondeur il y a trois jours, mais qui est plus profond maintenant, si l'on s'en rapporte aux habitants qui assurent que les eaux ont crû. L'abord de ce côté-ci ne sera pas difficile. On débarque à l'autre

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rive sur une chaussée droite qui traverse un marais impraticable hors Je temps des fortes celées; encore est-elle ronipue en quelques endroits à cause de la nature même du terrain; ce qui nécessitera l'emploi de quelques fascines qu'on préparera d'avance.

J'ai trouvé ce gué gardé par quatre Cosaques en vedette. J'ai vu des mouvements de cavalerie et d'infanterie dans le village qui est à mi-côte sur l'autre rive et enfin j'ai vu établir du canon sur la chaussée même, ou du moins dans sa direction, et sur les flancs du village, pour battre le pont. La rive droite domine un peu celle-ci et a surtout l'avantage de bien découvrir nos travaux lorsqu'on les commencera. 11 n'y a pas de doute qu'elle ne soit, dans la journée, couverte d'une nombreuse artillerie qui rendra le passage très difficile à cause de l'impossibilité de se développer avant d'avoir franchi tous les défilés, puisque je me suis assuré par les rapports de gens dignes de foi et ensuite par celui du général Corbineau, que 8 à 9.000 hommes sont venus de Lepel hier soir faire leur jonction avec le corps qui est en face de Borissov. Le général Goi'bineau les a vus arriver et allumer leurs feux.

A la lettre d'Aubry est joint un croquis de sa reconnaissance de Stoudienka, et au-dessous, Aubry a écrit ces lignes :

Je n'ai pas pu juger de la direction que prend la chaussée; mais il y a du canon au bois dans le bas de la côte. Il y a aussi du canon à droite de la chaussée à mi-côte dans une êclaircie du bois, entre la chaussée et le village.

A gauche de la chaussée est un plateau bien découvert qui sera sûrement couvert d'artillerie et qui

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aura un peu d'avantage sur la position que nous serons obligés de prendre dans Stuzianca même.

23 novembre 1812.

Oudlnot à Berthi'er.

Monseigneur, j'ai fait essayer la glace et elle porte de petits chevaux. Par conséquent, nul doute que l'infanterie ne puisse agir et se développer sur les marais qui régnent des deux côtés du chemin, après le passage de la rivière.

Je souhaiterais donc que les troupes destinées à m'appuyer fussent à portée de déboucher en même temps que moi au moment où les ponts seront construits, de manière à couvrir ma droite pendant que je ferai attaquer le plateau qui est à gauche de la chaussée. Je prie Votre Altesse Sérénissime de donner des ordres en conséquence.

J'ai l'honneur de lui adresser ci-joint l'itinéraire des routes qui conduisent au point de passage.

Le général Gorbineau qui a ordre de se rendre diligemment près de Sa Majesté, ne pourra, je crois, indiquer d'autres chemins que celui qu'il a tenu, mais qui doit prendre aux environs de la poste Nochatz (sic)^ si ce n'est cependant celui indiqué dans l'état ci-joint. Du reste, si la Grande Armée prend le mien et que sa marche se fasse de nuit, elle arrivera sans éveil.

J'ai ordonné des démonstrations sur Oukholoda et sur la tête de pont de Borissov oii je laisse seulement 100 hommes de la division Maison.

Les prisonniers seront escortés par 100 Wurtembergeois qui appartenaient à Bronikowski et qui ne peuvent être mieux employés.

L'ordonnaleur du 2« corps a ordre de mettre 60 bœufs à la disposition de la garde impériale.

Itinéraires divers pour arriver sur Stuzianca : De Dorissov à Stuzianca.

Hors de la vue de la rivière.

Borissov.

Doubiénié 1 mille 1/2

Vouïisclié — 1/2

Stuzianca — 1/2

Le long de la rivière.

Borissov.

Staroï-Borissov.

Vouïtsché.

Stuzianca.

De Monitsa à Stuzianca.

Monitsa.

Koslritsa 2 milles

Giezkova — 1/2

Doubiénié 1 1/2

Vouïtsché — 1/2

Stuzianca — 1/2

De Lochnitsa à Stuzianca.

Locbnitsa.

Vovosiolki — 3/4

Kostritsa 1 mille 1/2

Giezkova — 1/2

Doubiénié 1 1/2

Vouïtscbé — 1/2

Stuzianca — 1/2

Borissov, 25 novembre 1812. 2 heures et demie du matin.

Monseigneur, le colonel Hulot était porteur d'une lettre par laquelle je rendais compte à Votre Altesse Sérénissime des motifs qui me déterminaient à suspendre le mouvement du 2*^ corps d'armée et à attendre vos ordres. Ce colonel m'^avait donné l'espoir qu'il serait de retour vers une heure ce matin; mais, ne le voyant pas paraître, cela me donne de l'inquiétude. Je prends le parti d'envoyer de nouveau prendre les ordres de Votre Altesse. En attendant, les troupes se tiennent toujours prêtes à marcher.

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