Le contingent hadois
11 n'est pas inutile de connaître ces quelques réflexion» de Zech sur le continjj^ent badois [Oeslerreichîsche militàrische Zeitschrift, 1821, tome I, p. 301-309), et certainement le jçrand-duché a fait en 181 :î, comme dit l'auteur, de« remarquables elForts )),a, « à grands frais et par la perte de ses troupes et de tout leur armement et équipement, rempli les devoirs que lui imposait sa situation dans la Confédération du Rhin*. »
La France n'avait supporté que pour une petite moitié les armements vraiment gigantesques que l'Empereur déploya pour faire la guerre à la Russie. La plus grosse moitié se composa des moyens fournis par ses nombreux alliés et surtout par la Confédération du Rhin qui fît des elïbrts jusqu'alors inouïs. Lorsqu'on jette un coup d'œil sur l'ensemble de la campagne, on craint de voir disparaître la part qui appartient à chacun des petits Etats sous la masse colossale des armées et sous le grand et terrible caractère des événements. Les 7.000 hommes que le grand-duché de Bade mit sur pied se perdent en effet dans la foule des 600.000 combattants. Pourtant, ce mince contingent était beaucoup pour le pays et lui coûta de lourds sacrifices, puisque Bade 'entretenait déjà depuis quatre ans 2.000 hommes en Espagne et que les troupes envoyées sous l'âpre climat du Nord avaient besoin d'un équipement tout
1. Cf. A. Ghuquet. Mémoires du comte de Hochberg, margrave de Bade.
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à fait extraordinaire. Le gouvernement tâcha constamment, avec un infatigable zèle, non seulement de satisfaire les exigences extravagantes de l'Empereur, mais, par de volontaires efforts, de pourvoir se& troupes de tout ce qui pouvait leur être utile et leur assurer une part honorable dans l'expédition. 11 était réservé aux Badois de prouver, dans les circonstances les plus difficiles, combien ils méritaient de pareils soins et combien ils étaient dignes de porter leurs drapeaux aux premiers rangs de la Grande Armée. La bataille de la Bérésina est un point lumineux danscette sombre époque et elle brille parmi toutes les actions de guerre qui fondèrent le renom des troupes badoises en notre siècle.
Si l'on observe la marche de la brigade badoise en 1812, le tableau qui s'offre aux regards n'est nullement agréable. Dans le moment oii la Grande Armée remportait des victoires et conquérait de lointaines provinces, on trouve le plus grand nombre des troupes badoises condamnées à une^ obscure inaction et prodiguant ses forces dans une forteresse éloignée du théâtre de la guerre, tandis qu'un très petit nombre suit les pas rapides de l'armée sans partager avec elle l'honneur des combats. C'est lorsque Napoléon s'avance au delà de Smolensk, lorsque de nouvelles espérances germent dans l'empire russe ébranlé en son centre, lorsqu'un séjour de six semaines à Moscou livre les Français à un inévitable destin, c'est alors seulement que les troupes badoises touchent le sol ennemi, non plus pour voir leur bravoure couronnée par d'heureux succès, mais pour aider par leur propre sacrifice à retarder de quelques jours la commune destruction et pour périr ensuite dans le tourbillon qui entraîne loin de Moscou avec une meurtrière puissance une armée désorganisée et dissoute. Saisies par ce tourbillon, toutes les troupes succombent, et celles de renfort, et le 9® corps, et une
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parlie du 11*", et même les fiers soldats de la vieille p^arde impériale qui n'ont pourtant pas tire un coup de feu dans toute la campagne et n'ont jamais éprouvé le dénûment (jui ruine Tarmée.
La part des Badois aux hostilités a donc été de courte durée et peut-être se serait-elle perdue dans l'extraordinaire des événements, si un rare degré de discipline et d'instruction militaire ne leur avait permis de faire presque l'impossible à un instant où un nombre considérable de leurs compagnons d'armes ne se battait plus et oij le grand coup depuis longtemps préparé par l'ennemi — l'entier anéantissement de l'armée qui avait pénétré en Russie — allait se produire.
Si les Badois, au moment de la misère générale, montrèrent une glorieuse endurance, c'est tout d'abord parce que la plupart des officiers et des soldats s'étaient formés dans les campagnes précédentes et accoutumés à la guerre; c'est aussi à cause de la personnalité et de Finfatigable effort de leur chef* qui anima, perfectionna toujours de plus en plus ces qualités et qui, par le crédit, par l'estime <ju'il obtint des généraux français, sut faire valoir la bonne renommée et les mérites de ses troupes.
Déjà, en de pareilles circonstances, une confiance mutuelle ne pouvait manquer entre le chef et ses soldats. Elle fut ici rehaussée encore, et admirablennent, par les liens qui unissent un peuple à la maison de ses princes. L'estime qu'inspiraient les qualités personnelles du margrave se nouait étroitement au fidèle attachement que les Badois avaient voué à son père. Enfin, l'ancien et si naturel usage <jui donnait aux princes le commandement de leur peuple dans le combat prouva, une fois de plus, sa force magique, car le grossier soldat sentait bien que
1, Guillaume de Hochberg.
ce chef prenait à son destin un intérêt plus vif et plus proche que n'en prend un supérieur.
Un concours de circonstances si avantageuses rendait le succès certain : le bon état dans lequel la brigade sut se maintenir en toute conjoncture et l'excellent esprit qui animait l'officier comme le soldat, étaient les sûrs garants d'unepart glorieuse aux événements de la guerre et avaient, longtemps avant la campagne, valu aux troupes une confiance publiquement reconnue. Le maréchal, sous les ordres duquel ils servaient, ne cessa pas de leur en donner les plus honorables preuves. Dans le voisinage de l'ennemi il choisissait sa garde de préférence parmi les troupes badoises et il ne manqua pas une occasion de déclarer qu'il se reposait entièrement sur elles.
Les troupes badoises, en effet, avaient atteint, si l'on peut dire, le plus haut point d'utilité, parce que les heureuses campagnes de 1806, de 1807 et de 1809 leur avaient fait peu à peu connaître la guerre. Au siège de Danzig, oii il y eut de nombreux combats, elles essayèrent leurs premières forces, et dans les batailles d'Aspern, de Raab, de Wagram et de Znaïm, elles se familiarisèrent avec la guerre en rase campagne. Elles ne firent que des pertes médiocres, elles ne subirent en l'ensemble aucune influence nuisible, et des périodes suffisantes de repos entre les campagnes donnèrent l'inestimable occasion de mettre en pratique, pour l'instruction des troupes, l'expérience recueillie.
L'armée française avait, dans les années 1805 et 1806, atteint son point culminant et elle en descendit lorsqu'elle fit ses pertes en Pologne dans l'année 1807. De même, les troupes de la Confédération du Rhin, formées par ces campagnes, avaient atteint en 1812 leur point culminant. Certes, arrivées à ce point, même si la guerre russe avait eu une heureuse issue, elles n'auraient pu s'y maintenir à la longue. —
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Car riininuable loi de la nature qui ne permet pas de temps d'arrêt, qui ne permet que croissance et décroissance, (jue progrès et déclin, n'exerce ses effets sur aucune institution humaine aussi vite et aussi puissamment que sur la machine compliquée d'une armée, et même dans un état qui prend les mesures les plus propres à l'instruction en temps de paix, peu d'années suffisent pour que des soldats, d'ailleurs aguerris, paraissent sur le. champ de bataille comme des recrues inexpérimentées; il ne faut, au début, qu'un accident insignifiant en soi pour diminuer la valeur des troupes pendant toute la campagne et perdre le fruit des travaux du passé. — Certes, dis-je, et en vertu de cette loi, on pouvait prévoir que les troupes badoises tomberaient tôt ou tard de ce degré de perfection. Mais c'était un grand malheur qu'arrivées au sommet avec tant de peine^ elles en fussent soudain précipitées et comme détruites fout d'un coup. C'était d'autant plus un malheur que la durée de la guerre rendit une prompte levée nécessaire et qu'on n'avait même plus assez de débris des vieux régiments pour faciliter la formation des nouveaux et pour éveiller et propager en peu de temps, chez ces bataillons de fraîche date, le bon esprit des bataillons d'antan.
Sur 7.000 hommes, 1.500 au plus revinrent dans la patrie, et la plupart étaient si malades et misérables qu'il fallut les congédier.