‹ 1812, la guerre de Russie, notes et documentsChapitre 98 sur 125 · Ze général Gomez Freyre · texte numérisé non relu

Ze général Gomez Freyre

Gomez Freyrc de Andrade, fils d'un ambassadeur de Portugal en Autriche, no à Vienne en 1757, enseigne dans sa patrie en 1782, lieutenant et capitaine cinq ans plus tard en 1787, passé au service de Russie oii il devint la même année (1790) colonel et lieutenant-colonel, revenu en Portugal o\x il fut nommé maréchal de camp en 1796 et lieutenant général en 1807, devint général de division au service de France en 1808.

Le duc deFeltre le regardait comme le plus habile, le plus ferme et le meilleur des chefs portugais, celui dont la bravoure et le talent étaient le plus remarquables. « Mais, disait le duc de Feltre, il fallait employer Gomez Freyre, le prendre par l'amour-propre, le traiter avec confiance ; il serait peut-être dangereux si on négligeait de se Tattacher. » Aussi le ministre fît-il confier à Freyre en 1809 le commandement de la Légion portugaise et en 1810 celui des régiments portugais en Allemagne.

Au commencement de Tannée 1812, Freyre demanda la faveur de prendre part à la guerre qui se préparait dans le Nord, et le 5 avril, de Grenoble où il avait repris le commandement de la Légion portugaise, il écrivait au duc de Feltre cette lettre qui, dans ses phrases un peu longues, respire une ardeur martiale et Tenthousiasme pour Napoléon :

(( Monseigneur, la majeure partie des corps de la Légion portugaise se trouvant en marche pour se rendre aux armées d'Allemagne, la bienveillance avec

laquelle V. E. a toujours dngné accueillir ce que je pouvais avoir Tlionneur de lui exposer, m'eng-age à la supplier de vouloir faire parvenir jusqu'à S. M. rKrnpereur que l'espoir seul, et nulle autre vue que de pouvoir combattre un jour sous ses aigles, m'a fait quitter ma patrie, et que je serais heureux, si je voyais réaliser cet espoir en obtenant la permission de me rendre à l'armée, ne fût-ce que pour y servir comme simple soldat. Ayant depuis ma jeunesse fait la guerre dans différentes armées et combattu soit par mer, soit par terre, depuis les côtes d'Afrique jusqu'aux plaines de la Bessarabie, il serait bien pénible et douloureux pour moi, si, au moment oii toutes les armées de l'Europe vont combattre pour le bonheur du continent, je me voyais condamné à l'oisiveté, à la suite d'un dépôt de troupes composées d'individus que leurs infirmités mettent dans l'impossibilité de montrer par un service actif leur dévouement pour la personne de S. M. l'Empereur. J'ose donc espérer des bontés de V. E. qu'elle voudra bien protéger ma demande que le désir seul de partager la gloire des braves, qui vont avoir le bonheur de combattre sous les drapeaux victorieux du plus grand des capitaines, me porte à lui faire, et qu'elle agréera l'hommage de mes sentiments de profond respect. »

Le 15 avril 1812;, Gomez Freyre reçut l'ordre de se jendre par Berlin au quartier général de la Grande Armée. Il fut, du 21 juillet au 6 octobre^ employé à Gloubokoïé comme gouverneur du district de Dsjisna en Lithuanie — et il ne devait toucher qu'à la fin de février 1814 son traitement de gouverneur qui fut^ pour ces trois mois, de 5.066 fr. — Appelé, au mois d'octobre, à Moscou, il rencontra l'armée à Smolensk et rebroussa chemin avec elle jusqu'à Kônigsberg.

Prisonnier l'année suivante à Dresde oii il était commandant supérieur de la ville, et conduit à Tirnau en Hongrie, il regagna la France en 1814 et le Portug-al

en 1815. Mais il était libéral, il était grand maître de la franc-maçonnerie du Portugal, il conspira, il fut accusé du crime de lèse-majesté et condamné à la peine de mort qu'il subit à Lisbonne le 18 octobre 1817.

Page 1