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Le général Gautherin

Pierre-Edrne Gautherin, général de brig-ade du 21 septembre 1809, et comme dit le colonel Combe (Mém.^ p. 133), brave et ancien militaire, fît la campagne de Russie et y obtint le grade de général de division. Mais ce grade ne lui fut définitivement reconnu que le 23 mai 1823. Dans une lettre datée de Troyes, le 8 mai 1833, Gautherin raconte comment et pourquoi ce grade lui fut conféré si tardivement.

« J'ai suivi toute ma vie la carrière des armes, je suis passé successivement par tous les grades. J'ai fait toutes les campagnes jusqu'à Waterloo.

En 1812, j'étais à l'armée de Russie. La brigade que je commandais faisait partie de l'une des divisions du 3*^ corps de cavalerie.

J'ose dire que ma conduite militaire dans cette campagne fut remarquable. J'eus, à la tête de ma brigade, plusieurs faits d'armes qui lixèrent l'attention de mes chefs, principalement à Vinkovo le 18 octobre.

Au moment oii la retraite était décidée, le corps de cavalerie, commandé parle roi deNaples, fut surpris et tourné par sa gauche. J'étais de la division Chastel, placée à l'extrême droite. Elle couvrait une division de dragons, lorsque, ce même jour 18 octobre, j'entendis une forte canonnade à la gauche de la ligne. Aucun ordre n'était arrivé à la division et le corps d'armée était menacé d^un désastre irréparable, lorsqu'avec la rapidité de l'inspiration, je fis monter à cheval ma brigade. A peine y fut-elle, qu'elle dut

fournir des charges multipliées pour repousser les nombreuses colonnes russes (jui se présenlaient et pour donner le temps aux dragons de se mettre en mesure de combattre.

Cette manœuvre empêcha notre aile droite d'éprouver le même revers que la gauche; sans quoi la perte de cette journée était incalculable.

Le roi de Naples rendit compte à l'Empereur de ma conduite et me proposa pour général de division : proposition qui déjà avait été faite par M. le général Grouchy^ mon général en chef.

L'Empereur me nomma général de division, et Sa Majesté chargea M. le comte de Lobau, son aide de camp, de m'annoncer aussitôt ma promotion. Le comte de Lobau vint en effet, lui-môme, me trouver à la tête de ma brigade et, en présence de M. le colonel Vallin, aujourd'hui lieutenant général, il me lit connaître la décision de Sa Majesté, ajoutant que le brevet me serait expédié au premier repos du quartier général.

Mais la victoire commençait à nous être infidèle et nos revers se succédèrent rapidement. Quelques jours s'étaient à peine écoulés que, malade et presque mourant, je tombai au pouvoir de l'ennemi qui m^entraîna prisonnier dans la province de Saratov. En perdant la liberté, je perdais la possibilité de recevoir ma récompense. J'emportais toutefois dans ma captivité le caractère indélébile de général de divivision; ce grade m'avait été assez publiquement et ofTiciellement conféré.

Sorti des prisons de Russie, je revins en France en 1814.

Ma nomination de commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur, à la date du 11 octobre 1812, ne laissait pas plus de traces que ma promotion au grade de général de division. Le courrier, porteur du décret, avait été fait prisonnier. Cependant je m'em-

pressai de réclamer, et, sur la simple affirmation de feu le prince Berthier, je fus confirmé sans difficulté, avec rappel de mon traitement du jour de ma nomination.

J'allais m'occuper de me faire confirmer de même dans le grade de lieutenant général; mais le mouvement rapide qui emporta la première Restauration, ne me laissa pas le temps de recueillir les pièces authentiques que j'ai réunies plus tard.

Lorsque l'Empereur fut remonté sur le trône, dans l'intime confiance que mon grade de général de division m'était désormais assuré, j'attendais pour rappeler à S. M. ma nomination de J812, qu'elle vînt passer en revue les régiments dont elle m'avait confié le commandement depuis son retour.

Mais TEmpereur ne put inspecter toutes les troupes, et moi-même je n'eus l'honneur de le revoir que le jour de la bataille de Waterloo, dont les funestes résultats ne me permirent plus d'exécuter mon projet.

Après les Cent-Jours et le licenciement de l'armée de la Loire, il ne me fut plus permis d'invoquer avec quelques chances de succès le témoignage de MM. Lobau et Grouchy tombés en disgrâce. La seconde Restauration, d'ailleurs, loin de songer à me rendre justice, avait l'intention de m^exiler de mon département. Il fallait laisser s'assoupir les haines politiques. En gardant un silence de plusieurs années, j'obéissais aux conseils de la prudence.

Au mois de décembre 1825, époque de ma première mise à la retraite, je sentis la nécessité de protester pour faire régler ma pension suivant mon grade de lieutenant général. M. de Clermont-Tonnerre était alors ministre de la guerre. II prit, conformément à une décision royale, l'avis du Comité de la guerre du Conseil d'Etat, et ne tarda pas à me faire savoir que, ne produisant d'autre témoignage

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que le mien, ma rt'clamation ne pouvait être jugée admissible. Seulement, il m'envoya, pour adoucir la rigueur du parti pris à mon égard, un brevet de lieutenant général honoraire. Je dois me bâter de dire qu'à cette époque les pièces que je produis aujourd'hui n'étaient point en ma possession. »

Ces pièces consistent en trois certificats :

1° Certificat de Grouchy, daté de La Perrière, 19 mai 1832 : « Je soussigné, certifie que le général Gautherin a fait la campagne de Russie, étant employé à cette époque dans l'une des divisions du 3® corps de cavalerie que je commandais en chef. Les services distingués de cet officier général me firent demander pour lui le grade de général de division que lui accorda l'Empereur, mais donl le brevet ne lui fut point expédié, soit à raison des désastreux événements de la retraite ou de sa captivité en Russie. »

2° Certificat de Lobau, daté de Paris, 26 septembre 1831 : « Je soussigné, certifie qu'il est à ma connaissance que pendant la campagne de 1812 et la retraite qui eut lieu à cette époque, M. Gautherin, aujourd'hui maréchal de camp, et alors général de brigade, fut promu par l'Empereur au grade de général de division, sur la proposition qui en avait été faite par le roi de Naples. Je certifie en outre que je vins moi-même, en ma qualité d'aide de camp de l'Empereur, donner avis de cette décision à M. le général Gautherin, en lui annonçant qu'elle serait définitivement expédiée au premier repos du quartier général, circonstance qui ne put se réaliser, attendu que cet officier général tomba malade dans l'intervalle et fut fait prisonnier. »

3° Certificat de Vallin, daté de Paris, 16 mai 1832 : « Me trouvant sous les ordres de M. le général de brigade Gautherin dans la campagne de 1812, comme

colonel du 6^ régiment de hussards, il est à ma connaissance que sa nomination de général de division lui fut annoncée officiellement et que, si elle n& fut point alors expédiée, c'est que peu de jours après cet officier général fut fait prisonnier à Orcha. »

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