Journal d'un prisonnier anglais
1. Relation historique de ee qid s'est passé à Paris à la mémorable époqwe é* la déchéance de Buonaparte (Paris, 181 i, in-8), p. 22.
3. Voir le Moniteur de jauvier à mars, on plutôt les rapports de Pasqaier et les bulletins de pc'.ice de ces mêmes mois (Arch. nat., AP., iv, 1534, et F. 7, 3737), où sont rapportées en détail les ditférentes causes attribuées à la Bourse même aux moavemeots de hausse : espi^rances de pais, victoires d« Tempereur, arrivée ilu duc de Vioence à Chàullon. brait d'armUtic», Blftcbav coupé et l'empereur dirigeant loi-m6me les opératiens, etc.
des Alliés, c'est-à-dire la paix. Comme la France entière, la Bourse voulait la paix ; mais cette paix, comme tous les Français, elle l'espérait glorieuse; comme tous les Français, elle la voyait déjà imposée à Fennemi par l'empereur victorieux.
Tandis que ces batailles gagnées élevaient les cœurs et ranimaient les esprits à Paris et en province*, dans les départements envahis, les forfaits des Cosaques et des Prussiens^ excitaient les colères vengeresses. En franchissantle Rhin, les Alliésavaientlancélesplusrassurantes proclamations, et, aux premiers jours de l'invasion, ils avaient en eiïet maintenu la discipline. Mais déjà la jactance des officiers, leurs propos blessants, leurs façons de dire qu'ils étaient venus pour « museler » la France^, offensaient les habitants, exaspérés d'aiîio'irs par l'énormité des réquisitions.
A Langres, outre les denrées nécessaires à la nourriture des troupes, on dut livrer, dans le délai de deux jours, 1 000 chemises, 4 000 paires de guêtres, 800 manteaux de drap blanc pour la cavalerie, 500 manteaux de drap brun pour l'infanterie et
1. Bien que moins impressionnable et moins mobile dans ses sentiments que Paris, la province recouvra le calme et la confiance à la nouvelle des victoires de l'empereur. Le bruit courut dans plusieurs provinces que l'ennemi se disposait à évacuer la France. Rapports de préfets, commissaires de police et auditeurs en mission, et rapports du comte Krançois, du 14 février au 6 mars. Arch. nat., AF., iv, 1G68; F. 7, 3043, 3 772, 4 290 et 4291. Piéfet de l'Aube à Clarke, 6 mars: préfet de l'Yonne à Clarke, 2 mars; général Allix à Clarke, Noyers, 2 mars, etc. Arch. de la guerre.
2. Selon les traditions locales, les Prussiens auraient commis plus d'atrocités encore que les Cosaques eux-mêmes. Mais, d'après l'ensemijle des documents authentiques, ils se valaient. Pour le pillage et les violences, les Pru siens et les Cosaques doivent avoir le premier prix {ex xquo) ; les Bavarois et les Wunenibergeois, le second. Les Russes réguliers et les Autrichiens n'ont droit qu'à un accessit, mais bien mérité.
3. Canlaincourt à Napoléon, Lunéville, 8 et 24 janvier. Arch. des affaires étran «-ères, fonds France, 668; lettres de Dardeu ne , professeur au collège de Chaumont, citées par Steenackers, 192. — Les habitants ne craignaient pas de riposter à ces paroles. A Bourg-en- Bresse, une jeune femme chez qui logeait un colonel autrichien, lui dit en voyant son drapeau : « Je le connais, j'en ai vu beaucoup de pareils aux Invalides. » Rapport de poliee, Lyon, 26 février. Arch. nat., F. 7, 4 290.
LA FRANCE AU COMMENCEMENT DE l8i«. 4»
5200 culottes, dont 1 000 de drap bleu de ciel. Trois semaines après, les arrondissements de Langres, de Chaumont et de Vassy étaient de nouveau taxés à 26 000 aunes de drap et à 50 000 aunes de toile; cela sans préjudice des réquisitions particulières imposées aux communes*. Vicq, qui comptait à peine 1 000 âmes, fournit en huit jours aux Russes 560 000 livres de pain, 28 000 livret de viande, 360 pièces de vin et d'eaude-vie, 40 000 livres de pommes de terre, de l'avoine et du fourraije à proportion, enfin 650 cordes de bois sec et 500 livres de chandelles ^ Sur tout le territoire occupé, c'étaient les mêmes réquisitions : dans la Meurthe, dans la Côte-d'Or, dans l'Yonne, dans Seine-et-Marne, dans l'Aube, où Troyes fut taxée par le prince de Ilohenlohe à 150 000 francs argent, et à 18 000 quintaux de farine, 12 000 pièces de vin, 3 000 pièces d'eau-de-vie, 1000 bœufs, 18 000 quintaux de foin, 344 000 rations d'avoine; dans la Marne, où les caves furent vidées; dans l'Aisne, où l'ennemi prit 6 000 chevaux, 7 000 bêtes à cornes et 40 000 moutons'. Par surcroît, les Alliés prétendaient faire payer à leur profit les contributions arriérées de 1813 et les contributions échues de l'année courante. Les percepteurs, ainsi du reste que tous les fonctionnaires publics, étaient tenus de servir les Alliés comme ils avaient servi le gouvernement français. Nombre d'a-
1. Docaments des archives de LaDgres, citéspar Steenackers, 285.
2. Tribune littéraire de la Haute-Marne, n» du 23 août 1855. — A Chaumont, le fameux RaJetzky, alors major général, avait laissé la renommée d'uo ogre. 11 lui fallait chaque jour, pour sa cable, trente livres de b<jeut, un mouton, un demi-veau, six dindons, oies et poulets, dix bouteilles de vin de Champagne, dix de vin de Bourgogne, trois de liqueurs hnes, des tourtes, pâtes, etc.
3. Rapport de police, It marn. Arch. nat., F. 7, 4 590. Dépositions des maires et auditeurs en mission. Moniteur des 28 février, 5 mars; lettre du maire de Moret, 27 février. Journal de l'Empire, du 3 mars; Annaairt d» T Aisne pour 1821, p. 45; Pougiat, le Département de tAuin en 1814 ; nt Fleorj. U Département de CXitne en 1814, ptunwu
gents d(^ l'administration étant en fuite, les généraux nommaient à leur place d'autres personnes qui dejaient, sous peine de déportation immédiate, accepter les fonctions qu'on leur attribuait*.
Les réquisitions, c'était bien pour faire vivre et même pour habiller Tarmée à peu de frais; ce n'était pas assez pour contenter les soldats. A mesure que les coalisés pénétrèrent plus avant dans le pays * et surtout à leurs premiers revers, ils marchèrent avec le pillage, le viol et l'incendie. — « Je croyais, dit un jour le général York à ses divisionnaires et brigadiers, avoir rhonneur de commander un corps d'armée prussien; je ne commande qu'une bande de brigands^. » Souvent, il faut le reconnaître, la soldatesque agissait à l'en-
1. Arrêtés et nominations du 27 février au 3 mars. Arch. de Laon ; AUix k Clarke, Étivey, 3 mars : « Les percepteurs de l'arrondissement de Dijon ont fui en emportant les rôles. » Arch. de la guerre. Caulaincourt à Napoléon. Châtillon, 16 février. Arch. des affaires étrangères.
« Dispositions générales concernant l'administration des départements conquis ou à conquérir par le feld-maréchal Bliicher : Pour préserver les départements de l'anarchie, anarchie produite par l'éloignement des autorités, ordonné par l'empereur Napoléon, et qui pourrait [devenir dangereuse, arrête : Les fonctionnaires qui auront pris la fuite seront remplacés; ceux qui resteront administreront avec l'intendant prussien. » Signé Ribbentropp, commissaire général des guerres des armées prussiennes. Nancy, 17 janvier. — Rileyew, gouverneur général de Laon, ajoute : « Tout habitant qui, appelé à remplir une place, n'entrerait pas en fonctions dans les vingt-quatre heures, serait transporté dans une forteresse au delà de la Vistule pour y expier l'anarchie dont il serait considéré comme fauteur. » — A Troyes, le prince de Hohenlohe menaçait les récalcitrante non pas de « la déportation au delà de la Vistule», mais tout simplement de la peine de mort. — Voici le serment qui était exigé de ces fonctionnaires malgré eux : « Je promets fidèlement et légalement de ne rien faiie publiquement, ni clandestinement, ni directement, vL indirectement, qui soit contraire à la sûreté des puissances alliées. Je promets, de même, do suivre avec zèle et activité les ordres qui me parviendront du quartier général sans restriction ni réserves quelconque », Arch. de Laon.
2. D'après la déposition du maire de Montereau {Moniteur du 28 février), les Alliés disaient : « Nous n'avons commencé le pillage qu'à Chaumont, parce que c'est là que nous voulons reculer les frontières de la France. ■ Cf. Dardenne, cité par Steenackers, 191-192. — Sur ce projet ou prétendu projet des Alliés, en décembre 1813, d'annexer à l'Allemagne une partie de l'ancien territoire français, voir général Napier, Guerre de la péninsule, XII| 281 et la proclamation de Justus Griidner, Dusseldorf, 13 avril 1815.