Fain
n semble, en efîet, que le capitaine l'emportait décidément sur le souverain. Napoléon, du moins depuis le lo mars, s'était résigné à sacrifier Paris. Il conservait néann^oins l'espoir de n'avoir point à faire un si dangereux sacrifice. L'heure en avait inopinément sonné, et il se reprenait à hésiter. Tout porte à croire cependant que si Napoléon n'eût pris alors conseil que de lui-même, il eût persisté dans sa résolution. Mais il y a son entourage! il y a son état-major dont le mécontentement et le découragement, qui se sont déjà manifestés à la nouvelle de la rupture du congrès, vont s'accroître à Tannonce de ce parti désespéré. Il y a les ducs de Vicence et de Bassano qui jugent la question au point de vue politique. Il y a Berihier, il y a Ney, il y a Lefebvre, il y a vingt généraux qui ont leur famille, leur hôtel dans Paris menacé, qui sont las de combattre et qui comprennent que manœuvrer en Lorraine c'est éterniser la gaerre. T/cmpereur cède *. A onze heures du soir, le major -cnéral expédie les ordres. Il est décidé que les troupes se mettront en marche le lendemain vers Paris par Bar-sur-Aube, Troyes et Fontainebleau*. Cette route, un peu plus longue que celle de Sézanne, donne aux troupes le double avantage de n'avoir pas à forcer le passage de la Marne àMeauxetde cheminer constamment le flanc droit couvert parla Seine.
Dans la matinée du 28 mars, le mouvement commença. A dix heures, l'empereur prêta quitter Saint-
1. Fain, 303. Cf. Koch (II, 554-5^), contemporain des événements et dont la récit supplée aux discrètes réticences du secrétaire de l'empereur.
Oadinot qui était à Bar-sur-Omain, Macdonald qui était à Perihes ne furent point consultés. D'après la lettre précitée du duc de Reggio, il semble qu'il eîit conseillé de rester en Lorraine. Quant au duc de Tareate, sa lettre da 30 mars témoigne pour lui. Il déclare à Berthier qu'il est trop tard pour sauver Paris et qu'il faut, ou se concentrer à Sens ou tenir la campagne en Alsac*- Lorraine. (Arch. de la guerre.)
2. Registre de Berthier (ordres et lettres du 17 mars, 11 heures du soir), Arch. de la gaerre.
Dizier se mettait à table, lorsque des paysans de Samt- Thiébauf amcnoront sur des charrettes, au quartier impérial, des prisonniers d'importance qu'ils avaient faits sur la route de Nancy à Langres. Il y avait parmi ces prisonniers le comte de Weissenberg, ambassadeur d'Autriche à Londres. Le baron de Vitrolles voyageait avec lui, mais bien que très glorieux d'avoir été reçu à Châtiilon parle comte de Stadion, à Troyes par le czar et le prince de Metternich, et à Nancy par le comte d'Artois, il s'était abstenu de décliner ses noms et qualités. Il avait de l'esprit, il comprenait que la mission de traître et d'espion qu'il venait de remplir ne serait point trop payée par douze balles dans la tête. Ce personnage endossa la livrée d'un domestique de l'ambassadeur autrichien et parvint à s'évader*.
L'empereur qui croyait à la Destinée vit peut-être sa main dans l'arrestation de Weissenberg. Il fit déjeuner l'ambassadeur avec lui, et à la suite d'un long entretien, il le chargea d'une mission confidentielle pour l'empereur d'Autriche, s'engageant de nouveau, sans doute, à accéder aux conditions des Alliés ^. Le duc de|Vicence remit à Weissenberg, qui partit incontinent dans une voiture donnée par l'empereur, une lettre adressée au prince de Metternich^. Cette lettre et ces paroles, comme d'ailleurs les lettres du 25 mars, devaient rester sans réponse. Metternich, qui conspirait depuis Prague la chute de Napoléon, avait désormais tout à fait levé le masque.
1. Fain, 205. Mémoires de Vitrolles, l, 256,266. — Pire, dans sa lettre du iC mars (Chaumont), disait qu'il envoyait un peloton de chasseurs à la poursuite de personnages de considération. Les paysa2» avaient devancé nos cavaliers, et iaformés que des relais avaient été commandés sur cette route pour le Comte d'Artois, ils avaient cru prendre le prince et avaient voulu amener eux-mêmes à l'empereur cette précieuse capture.
2. Cf. Caulaincourt à Metternich, 25 mars, et à Hauterive, 28 mars. Arch. des affaires étrangères, fonds France, 668 et 670.
3. Fain, 200; Caulaincourt à Metternich, 29 mars, et à Hauterive, 28 mars. Arch. des affaires étrangères, 668 et 670.