‹ 1814Chapitre 122 sur 178 · Bourrienne, IX · texte numérisé non relu

Bourrienne, IX

t. Rovigo, VI, 393-396. Cf. Correspondance de Napoléon, 21375 : « ... La Pnuice serait tont entière soas les armes dans la pasillanimité des ministres. » 21356 : « ... Si j'avais écoaié mes ministres, je n'aurais pas formé de garde nationale et je me serais défié de Paris. » Rapport de police, 22 janvier •t lettre de Pasquier à Uontalivet, 16 mars. Arch. nat., F. 7, 6603 et F. 9, 753. — C'est Traisemblablement pour maintenir à la garde nationale ■>n recrutement homogène et afin qn'aacone brebis galease ne paisse se pisser dans le troopeaa, que le décret du 8 janvier porta : « Nul ne pourra M faire remplacer daoB le service de la garde nationale si ce n'est le père par le fils, la beau-père par le gendre, l'onde par le neveu, le frère par ■on frère. » Cette exception est spéciale à Paris; dans toutes les autres Tilles de l'Empire, on pouvait se faire remplacer par qui on Toolait ou, à mieux dire, par qui voulait.

3. « La classe marchande qui va en partie composer la garde nationale est eelle oà il 7 a le plus de mécontents. » Rapport de police, 22 janvier. Arch. Mt., F. T, 6603. CL Rovigo, VI, 294; et lettre de Pasquier à Montalivet, !S mars. Arch. n«t., F. 9, 7d3.

classe la moins nombreuse de la population, la milice allait se trouver réduite au tiers de ce qu'elle aurait pu être. En un pareil moment, c'était une faute capitale que de dédaigner quarante mille bras d'ouvriers dont beaucoup avaient porté le fusil*. D'après les calculs, la garde nationale censitaire, formée à douze légions, devait donner un effectif minimum de 24000 baïonnettes. Déjà ce n'était point assez pour défendre Paris, mais il s'en fallut de la moitié que ce chiffre fût atteint. Le 11 février, la garde nationale comptait 6000 hommes, le 27 février 8 000 et le 16 mars 11 500 dont 3 000 armés de piques ^ D'ailleurs, si multipliées qu'eussent été les demandes d'exemption, si ingénieux les moyens employés parles mécontents du faubourg Saint-Germain pour se dérober « au ridicule de monter la garde ' » , ce n'étaient pas tant les hommes qui manquaient que les armes et les effets d'habillement qui faisaient défaut*. Les gardes des compagnies d'élite, chasseurs et grenadiers,étaient tenus de s'armer et de s'habiller à leurs frais. Ils se présentèrent avec des fusils de chasse, des carabines et des mousquetons de divers calibres. C'était un petit

1. Rovigo, VI, 294. — Comme on le verra plus loin, les fasils manquaient pour armer ces quarante mille bras. Il semble donc qu'on soit fondé à dire qu'il n'y avait pas faute à ne pas s'en servir puisqu'il y avait impossibilité. Mais au conseil tenu dans les premiers jours de janvier, on ne parla point des difficultés de l'armement. La question de principe fut seule posée, et de l'avis de Rovigo et du nôtre, elle fut mal résolue.

2. Corresp. de Joseph, X, 92, 164, 201 (lettres à Napoléon, 11 février, 27 février et 16 mars). Cf. Joseph à Montalivet, 15 février. Arch. nat-, F. 9, 753.

3. Lettres diverses à Montalivet, Clarke, Pasquier, etc., du 1" février au 5 mars. Arch. nat., F. 7, 6 605, et F. 9, 753; et Montalivet à Rovigo, 25 mars. Arch. nat., F. 7, 4290.

4. « Tout le monde montre du zèle, mais les armes sont rares. » « Votre Majesté sait que ce qui manque malheureusement aux troupes ce sont des fusils. La garde nationale éprouve le même besoin. »« Je harcèle sans cesse Clarke pour les fusils. Les fusils manquent et même les fusil» de chasse. » u L'invincible difficulté du manque d'armes existe toujours. » Joseph à Napoléon, 2 février, 7 février, 8 février, 22 février, 3 mars {Corresp. de Joseph, X, 43, 61, ^5, 152, 175). Cf. Correspondance de Napoléon, 21134 : u La grande difficulté pour la garde nationale est le manque d'armes. » 24 janvier.

noyau de combattants*. Mais comment habiller, équiper, armer les fusiliers des compagnies du centre? La Ville ni l'Intérieur n'avaient de budget pour cela, et d'ailleurs l'argent manquait au Trésor comme dans la caisse municipale. Plusieurs crédits, dont l'un de 60 000 francs, furent ouverts successivement en jan- \ier et en février^. Ces sommes étaient insuffisantes, dérisoires môme, si l'on songe que seuls l'habillement et l'équipement d'un garde était évalué à 157 fr. 22 et l'armement à 100 francs^.

Les arsenaux étaient vides. On a vu que dans la plupart des dépôts on comptait un fusil pour trois hommes*. A Paris, au commencement de février, il y avait 11 000 fusils en état. Clarke les conservait pour la ligne et la jeune garde. Il y avait en outre 30 000 fusils au fort de Vincennes, mais tous étaient hors de service. Des ouvriers de la manufacture de Charleville arrivèrent pour les réparer, escortant huit cents voitures chargées de pièces de monture. A mesure que ces fusils sortaient des ateliers, le ministre de la guerre les distribuait dans les dépôts'. Il était plus naturel, en effet, de donner des fusils aux troupes de ligne, qui atlendaient^d'être armées pour aller combattre, que de les réserver pour la garde nationale, destinée, tout le monde l'espérait et elle surtout, à un service pacifique.

1. Moniteur, 9 janvier. Billets de service. Arc*, nat., P. 7, 6605. Rapport de Peyre k HuUin, Paris, 4 mars. Arch. de la guerre.

;. Procès-verbaux du conseil des ministres. Arch. nat., AF.'rv, 99. Bapportt et projets de décret* relatif* aux paiement* des dépenses de la garde nationale, br. in-8*, 1814. — D'après les diverses pièces reproduites dans cette brochure, les dépenses du premier établissement de la garde nationale ne paraissent pas •'être élevées à 500000 francs, crédits qu'on voulut dépasser en mars et qu'on essaya de couvrir par la taxe extraordinaire de 750000 francs, votée par le conseil municipal le 8 mars, mais non perçue.

3. Montalivet à Mal:uet, 8 janvier. Arch. de Laon. Corretp. de Joseph, X, 187

5. Corresp. de Joseph, 1^ 66, 67, Rapport de Pasqoier, 3 tévrier. Arch. naC, AF. nr, 1 S34.

Cette question de l'armement de la milice était la constante préoccupation du roi Josepii, de Montalivet, de Chabrol, de Rovigo, du maréchal Moncey. On mit tout en œuvre, on eut recours à tous les expédients pour se procurer des fusils. On commença par retirer des lycées les fusils d'exercice. Puis on voulut prendre ceux des élèves de l'École polytechnique, sous prétexte que ces jeunes gens, servant dans l'artillerie, n'avaient pas besoin d'être armés. Le commandant de l'école réclama; les polytechniciens gardèrent leurs fusils*. Informé qu'il y avait des fusils dans les magasins du commerce de Nantes et du Havre, Rovigo pensa aies faire acheter; mais c'étaient des fusils de traite qui risquaient d'éclater à chaque coup^.LelSfévrier, l'empereur écrivit à Joseph que les paysans ayant ramassé sur les champs de bataille 40 000 fusils abandonnés par l'ennemi, il fallait envoyer des commissaires pour les leur reprendre. Le lendemain, Chabrol sur l'ordre du roi dépêcha à cet effet en Champagne un premier commissaire, M. de Froidefonds, auditeur au conseil d'Etat'. Mais quelques jours après, on ditaux Tuileries que cette recherche des fusils aurait l'air d'un désarmement, qu'on paralyserait la défense en enlevant aux paysans les moyens de résister aux Cosaques. Onarrêtale départ des autres commissaires; M. Froidefonds, seul envoyé, revint le 6 mars, rapportant 480 fusils ; encore ces armes ne furent-elles point distribuées à la garde nationale, Clarke les retint pour l'armée*.

1. Lettre de Fontanes, Chabrol, Cessac, du 2 au 10 février. Arch. nat., F. 9 734. Rovigo à Clarke, 10 février. Arch. nat., F. 7, 4 291.

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